Dans la Grande pyramide de Khéops, en Égypte, seuls trois artefacts humains ont été mis au jour. L’un d’eux a mystérieusement disparu avant de réapparaître au bout de plusieurs décennies.
Symbole majeur de l’Égypte antique, la Grande pyramide de Gizeh fascine autant par son immensité que par le mystère qui entoure encore son intérieur. Comme le rappelle l’article du média américain CNN, seuls trois objets fabriqués par l’être humain y ont été retrouvés, les « reliques Dixon », dont un fragment de bois de cèdre resté introuvable durant des dizaines d’années avant une redécouverte inattendue en Écosse.
Dans la Grande pyramide, un vide presque total
Construite sur le plateau de Gizeh, près du Caire, la Grande pyramide de Khéops n’a cessé d’être étudiée depuis l’Antiquité. Son extérieur est largement documenté, mais ses galeries internes restent étonnamment vides. Aucun trésor, aucune accumulation d’offrandes ne s’y étale, à la différence d’autres tombes royales égyptiennes.
Selon CNN, les historiens n’ont recensé que trois objets façonnés par l’homme retrouvés dans les conduits internes, au cœur du monument : un crochet en cuivre, une boule en pierre et un petit fragment de bois de cèdre. Ces pièces sont connues sous le nom de « reliques Dixon », d’après l’homme qui les a exhumées au XIXe siècle.
Les seules traces matérielles humaines mises au jour dans la Grande pyramide sont un crochet en cuivre, une boule en granit et des éclats de bois de cèdre, les « reliques Dixon ».
Ce très faible nombre d’artefacts renforce l’aura de mystère qui entoure encore l’intérieur de la pyramide de Khéops, pourtant l’une des structures les plus étudiées au monde.
Les reliques Dixon, trois objets perdus dans les conduits de la « chambre de la reine »
Les trois objets ont été découverts en 1872 par un explorateur britannique, Waynman Dixon. Celui-ci travaillait alors dans la partie dite « chambre de la reine », une salle interne située sous la chambre du roi, dont partent de fins conduits souvent désignés comme des « conduits d’aération ».
En inspectant ces conduits, Dixon met la main sur :
- un crochet en cuivre, probablement un outil ou un élément rituel ;
- une petite boule en pierre, décrite comme une boule de granit et rapprochée visuellement de marteaux archaïques ;
- un fragment de bois de cèdre, alors jugé secondaire mais en réalité capital pour la datation scientifique.
Très vite, ces reliques intriguent. Des chercheurs imaginent que la boule et le crochet auraient pu servir d’outils de construction. D’autres penchent pour un usage liturgique. Certains spécialistes évoquent une possible association du crochet avec un rituel funéraire connu en égyptologie sous le nom d’« ouverture de la bouche », destiné à rendre au défunt sa capacité à manger et à boire dans l’au-delà.
La suite de l’histoire complique encore les choses : les trois reliques se retrouvent séparées. La boule et le crochet finissent au British Museum, à Londres. Le fragment de bois, lui, disparaît des radars.
Un bois de cèdre plus précieux qu’il n’en a l’air
Pour les archéologues, le petit morceau de cèdre avait une valeur scientifique déterminante. Le bois peut être daté par radiocarbone, une méthode qui permet d’obtenir un âge estimé du matériau organique. À partir de là, il devient possible de mieux cerner la chronologie de certains aménagements de la pyramide.
Or, ce fragment disparaît. Selon CNN, il reste introuvable pendant plus de 70 ans. Les chercheurs savent qu’il a existé, qu’il a été collecté par Dixon, mais son emplacement se perd au fil des déménagements et des reclassements de collections. L’objet semble tout simplement égaré.
Pendant plus de sept décennies, le fragment de bois de cèdre lié à la Grande pyramide est considéré comme perdu, privant les chercheurs d’un précieux support de datation.
La disparition de cette pièce complique la compréhension fine du calendrier de construction de la pyramide, édifiée sous le règne de Khéops, souverain de l’Ancien Empire égyptien.
Une redécouverte inattendue dans une université écossaise
Le tournant intervient en 2019 à l’université d’Aberdeen, en Écosse. Abeer Eladany, assistante de conservation d’origine égyptienne, y mène un travail d’inventaire sur la collection consacrée à l’Asie. Elle tombe sur une petite boîte à cigare en métal, décorée d’un ancien drapeau égyptien.
Intriguée, elle ouvre la boîte et y trouve de minuscules éclats de bois. Forte de son expérience passée au musée égyptien du Caire, elle pressent l’importance potentielle de ce qu’elle a sous les yeux. Elle se plonge alors dans les archives de la collection égyptienne de l’université pour vérifier son intuition.
Les numéros d’inventaire finissent par lever le doute : ces éclats correspondent au fragment de cèdre lié à la Grande pyramide de Khéops, disparu depuis des décennies. Dans un communiqué de l’université, Abeer Eladany raconte sa réaction en comprenant ce qu’elle vient de retrouver. Elle explique que l’objet se trouvait en réalité « à la vue de tous », mais rangé dans la mauvaise collection au sein d’un ensemble de plusieurs centaines de milliers de pièces.
Pour Abeer Eladany, retrouver ce fragment issu du patrimoine égyptien dans une simple boîte à cigare au nord de l’Écosse revient à repérer une aiguille dans une botte de foin.
Cette redécouverte permet enfin aux scientifiques de procéder aux analyses radiocarbone longtemps espérées.
Une datation qui bouscule le calendrier de Khéops
Une fois le bois retrouvé, des tests de datation par radiocarbone sont menés. Selon les informations relayées par CNN, les résultats situent l’âge du bois entre 3341 et 3094 avant notre ère.
Cette fourchette surprend les spécialistes. Elle précède d’environ cinq siècles le règne du pharaon Khéops, traditionnellement associé à la construction de la Grande pyramide. L’échantillon semble ainsi plus ancien que le monument lui-même.
Pour Neil Curtis, responsable des musées et collections spéciales de l’université d’Aberdeen, cette discordance n’invalide pas l’association avec la pyramide. Il avance deux explications possibles :
- le bois pourrait provenir du cœur d’un arbre particulièrement vieux, ce qui allongerait son âge apparent ;
- dans l’Égypte ancienne, le bois, ressource rare, faisait l’objet d’un usage très prolongé, de soins particuliers et d’un recyclage constant.
Dans un contexte où les arbres étaient peu abondants, un morceau de cèdre pouvait circuler longtemps, être retravaillé, puis finalement déposé dans un monument bien après l’abattage initial de l’arbre.
Que nous apprennent ces reliques sur la Grande pyramide ?
Les trois objets restent modestes par leur taille, mais leur intérêt historique est notable. Leur présence dans les conduits de la chambre dite de la reine apporte plusieurs pistes aux chercheurs :
- ils pourraient constituer des vestiges d’outils utilisés au moment de la construction, oubliés ou abandonnés dans les conduits ;
- ils peuvent aussi témoigner d’un geste rituel, lié à la préparation de la chambre funéraire du souverain ;
- la datation du bois, plus ancienne que le règne de Khéops, alimente l’hypothèse d’un réemploi de matériaux précieux dans la pyramide.
Ces reliques rappellent aussi une réalité matérielle : contrairement à l’image de tombeau rempli d’or popularisée par certaines découvertes comme celle de Toutânkhamon, la pyramide de Khéops ne livre presque aucun objet. Cette absence interroge les archéologues sur les pratiques funéraires de l’Ancien Empire et sur les possibles interventions ultérieures dans le monument, qu’il s’agisse de pillages anciens ou de réaménagements.
Comment ces questions sont abordées en France
Pour un lecteur français, cette affaire illustre la façon dont les musées européens gèrent et redécouvrent en continu des pièces anciennes issues d’expéditions du XIXe siècle. En France, le musée du Louvre, à Paris, abrite l’une des plus importantes collections d’antiquités égyptiennes au monde, constituée en grande partie à partir de fouilles et d’acquisitions anciennes.
Comme à l’université d’Aberdeen, les institutions françaises mènent régulièrement des campagnes de récolement et de reclassification de leurs réserves. Ces opérations consistent à :
- vérifier la concordance entre les objets physiques et les inventaires ;
- mettre à jour les informations de provenance et de datation ;
- repréciser le contexte archéologique lorsque les archives le permettent.
Les découvertes fortuites lors de ces chantiers d’inventaire ne sont pas rares. Sans toujours concerner des pièces aussi emblématiques qu’un fragment lié à la Grande pyramide, elles permettent de corriger des erreurs d’attribution, de reconstituer des ensembles dispersés et, parfois, de remettre en lumière des objets oubliés depuis des décennies dans des réserves.
La radiodatation, un outil délicat à interpréter
Le cas du bois de cèdre retrouvé à Aberdeen illustre aussi les limites d’interprétation de la datation par radiocarbone. Cette méthode s’applique au matériau lui-même, non à l’usage qui en est fait, ni au moment de son dépôt dans un monument.
Dans le cas présent, la datation renvoie à la mort de l’arbre dont provient le bois, pas à la construction précise de la pyramide de Khéops. Un matériau ancien peut avoir été conservé, travaillé, puis intégré à un édifice bien plus tard. Ce type de décalage temporel impose une lecture prudente des résultats.
En égyptologie comme dans d’autres domaines, les chercheurs confrontent donc les datations radiocarbone à d’autres sources : chronologie des règnes, inscriptions, comparaisons architecturales ou encore analyses stylistiques. L’objectif n’est pas de remplacer ces approches, mais de les compléter pour affiner une histoire déjà en partie connue par les textes et les vestiges.
L’histoire des reliques Dixon, et en particulier du fragment de cèdre réapparu en Écosse, montre enfin combien les collections universitaires et muséales continuent d’alimenter la recherche, parfois longtemps après l’entrée d’un objet dans leurs réserves. Un simple changement de boîte, un drapeau oublié sur un couvercle ou un numéro d’inventaire recoupé peuvent suffire à raviver un pan entier du passé de la Grande pyramide de Gizeh.








