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À 102 ans, il apprend Windows et le smartphone à des personnes bien plus jeunes : « L’âge n’a jamais été un critère »

À 102 ans, il apprend Windows et le smartphone à des personnes bien plus jeunes : « L'âge n'a jamais été un critère »

La scène se passe dans une petite salle municipale, un mardi après-midi.

Sur les tables, des ordinateurs un peu fatigués, des câbles en vrac, des smartphones aux coques colorées. On remarque tout de suite la silhouette voûtée de Marcel, chemise soigneusement boutonnée, mains légèrement tremblantes. Il a 102 ans, un regard bleu d’une précision étonnante, et c’est lui qui écrit au tableau : « Aujourd’hui : découvrir Windows 11 ». Devant lui, une dizaine d’élèves. La plupart ont entre 35 et 60 ans, parfois un adolescent traîné là par sa mère. Les rôles semblent inversés, et pourtant tout le monde l’écoute religieusement. Quand Marcel dit « Ne paniquez pas, on va cliquer ensemble », un silence concentré s’installe. On sent qu’il se passe quelque chose de rare. Une forme de renversement discret qui donne envie de rester là, juste pour voir jusqu’où il va aller.

Un centenaire au tableau, des quadragénaires en rang serré

Le premier choc vient souvent au moment où les nouveaux arrivants poussent la porte. Ils cherchent du regard « le prof en informatique » et ne voient qu’un monsieur minuscule qui referme lentement son portable. Quand la responsable de l’atelier annonce : « Voici Marcel, notre formateur », un léger flottement traverse la pièce. Puis les sourires arrivent. Un homme de 44 ans, cadre commercial, se surprend lui-même à dire : « C’est vous qui allez m’apprendre à utiliser Teams ? ». Marcel hoche la tête, lance Windows avec la précision d’un pianiste. En trois clics, il projette son écran sur le mur. Les épaules se détendent. Le cours peut commencer.

Marcel anime trois ateliers numériques par semaine dans sa petite ville, soit près de 9 heures de cours cumulées, sans compter les coups de fil qu’il reçoit quand « le téléphone de Madame Dupont fait encore des siennes ». Sur l’année dernière, la mairie a compté plus de 160 personnes passées par ses sessions. Certaines n’avaient jamais touché un ordinateur. D’autres avaient « peur de tout casser » sur leur smartphone. Un jour, une aide-soignante de 28 ans lui a demandé comment installer une application bancaire. Elle en est repartie avec un compte sécurisé, mais aussi un sourire un peu différent. « Je croyais que j’étais nulle, en fait j’avais juste besoin qu’on me parle normalement », a-t-elle soufflé en rangeant son téléphone.

Ce qui surprend le plus, ce n’est pas qu’un centenaire sache utiliser Windows ou paramétrer un smartphone Android. Après tout, la technologie s’apprend. Ce qui frappe, c’est la manière dont Marcel balaie la question de l’âge. Pour lui, **l’âge n’a jamais été un critère**, ni pour apprendre ni pour enseigner. Il répète à ses élèves que le cerveau a horreur du vide, qu’il aime les défis, même après 90 ans. *On sent qu’il parle de lui autant que d’eux.* Lorsqu’un participant lâche un « à mon âge, c’est fichu », il lève un sourcil amusé : « Moi, je dis ça depuis que j’ai 80 ans, et j’ai toujours tort. Alors, on continue ? ». Le message passe mieux que n’importe quelle campagne officielle.

Comment il apprend… et comment il fait apprendre

Marcel a sa méthode, forgée au fil des années et des petites galères. Il commence toujours par un geste très simple : demander à chacun ce qu’il veut vraiment faire avec l’ordinateur ou le téléphone. « Pas en général, hein, concrètement. » Envoyer des photos à ses petits-enfants, classer ses factures, installer WhatsApp, payer ses impôts. Une fois les envies posées, il installe un chemin clair. « On va faire ça, puis ça, puis ça. » Pas de jargon inutile, pas de discours moralisateur sur « le numérique, c’est l’avenir ». Juste des actions concrètes, une à la fois. Et surtout, un droit absolu à poser la même question trois fois sans se faire juger.

Nous connaissons tous ce moment où l’on bloque sur un bouton. Impossible de le retrouver, on a l’impression que l’écran entier se moque de nous. Marcel l’a compris. Il raconte souvent l’histoire de Jeanine, 73 ans, qui n’osait plus ouvrir son mail par peur de « faire une bêtise ». Sous ses airs tranquilles, cette peur de mal faire est la grande ennemie de ses ateliers. Un après-midi, il lui a fait cliquer volontairement sur la mauvaise icône. Puis sur une autre. Puis encore une autre. À la fin, elle riait : « En fait, je peux me tromper et ça ne tue personne ». *Soyons honnêtes : personne ne fait vraiment cet exercice-là tous les jours chez soi.* C’est pourtant ce genre de petit entraînement qui libère vraiment.

Quand il analyse son propre parcours, Marcel résume son secret en une phrase : « Je n’ai jamais accepté l’idée que quelque chose n’était “pas de mon âge” ». À 70 ans, il s’est mis à l’informatique parce qu’il en avait assez d’attendre qu’on tape ses lettres. À 85 ans, il a découvert les vidéos tutoriels sur YouTube. À 97 ans, il s’est acheté son premier smartphone. Cette continuité dans l’apprentissage crée un effet boule de neige : chaque nouvelle compétence s’appuie sur la précédente. **Le cerveau s’habitue à ne pas rester tranquille.** Et autour de lui, ses élèves s’autorisent à faire pareil. L’analyse est simple, presque brutale : l’argument « je suis trop vieux pour ça » sert surtout à éviter la peur d’être débutant.

Ce que son exemple change, très concrètement, pour nous

Face à quelqu’un comme Marcel, on ne peut pas se contenter de sourire et de dire « quel bel exemple ». Son quotidien donne presque une petite claque amicale. Une façon très directe de nous dire : *tu peux apprendre un truc nouveau, maintenant, pas demain*. Que ce soit Windows, la retouche photo, un logiciel de montage ou une simple application de notes, la méthode reste la même : commencer petit. Choisir une seule tâche à maîtriser cette semaine, et la répéter. Chaque jour 10 minutes, pas plus. Ouvrir, tenter, se tromper, recommencer. La régularité gagne toujours contre l’âge sur ce terrain-là.

Marcel le répète souvent : le plus grand piège, ce n’est pas la complexité des menus ou des mises à jour, c’est la honte. La honte de lever la main en disant « je ne comprends rien ». La honte de demander pour la quatrième fois où se trouve le bouton « Démarrer ». Cette émotion-là, beaucoup la traînent en silence, bien plus que leur propre ordinateur. Dans ses ateliers, il prend le temps de désamorcer ce malaise. Il raconte ses propres oublis, ses erreurs, son premier mot de passe perdu. Il a cette phrase qui fait sourire tout le monde : **« J’ai 102 ans, j’oublie des trucs toute la journée. C’est vous qui me rassurez ! »** À partir de là, le ton change. L’écran redevient un outil, pas un juge.

Un après-midi d’hiver, une journaliste lui a demandé ce qui le motive encore à se déplacer trois fois par semaine pour expliquer Windows, les mises à jour de sécurité et la sauvegarde sur clé USB. Il a pris le temps de réfléchir, puis il a répondu quelque chose qu’on devrait afficher dans toutes les salles de formation :

« On m’a longtemps répété que je devais me reposer, que c’était “plus de mon âge”. Alors j’ai décidé de faire l’inverse. Tant que je peux transmettre, je ne suis pas vieux. Je suis juste en service. »

Autour de lui, beaucoup repartent avec une idée claire en tête :

  • l’âge ne définit pas ce qu’on a le droit d’essayer ;
  • l’erreur n’est pas un échec, c’est une étape de réglage ;
  • apprendre en public, c’est moins douloureux que d’angoisser seul ;
  • un objectif concret (envoyer une photo, écrire un CV, installer une appli) vaut mieux qu’une grande théorie sur le numérique ;
  • le plaisir de comprendre une nouvelle fonction efface souvent des années d’autocensure.

Quand un prof de 102 ans nous oblige à revoir nos excuses

En écoutant Marcel, une évidence un peu inconfortable surgit : l’argument de l’âge sert souvent de paravent à tout le reste. Le manque de temps, la fatigue, la peur d’avoir l’air ridicule. Nous connaissons tous ce moment où l’on se dit « j’aimerais bien apprendre ça », juste avant d’ajouter mentalement « mais bon, maintenant c’est trop tard ». Sa simple présence contredit cette petite voix. *Ce n’est pas un slogan, c’est un corps très vieux qui bouge encore, qui clique, qui rit, qui s’énerve parfois devant un bug.* Il ne nie pas les limites, il les contourne centimètre par centimètre.

Dans la petite salle où il donne ses cours, quelque chose de plus grand se joue. Les corps vieillissent, les logiciels changent, les interfaces se transforment tous les deux ans. Et au milieu de ce flux permanent, un centenaire vient rappeler que la curiosité peut durer plus longtemps qu’une garantie constructeur. On peut débattre pendant des heures sur « la fracture numérique », sur les politiques publiques, sur les plateformes trop compliquées. Lui, il pose une question plus simple : qu’est-ce qu’on fait, aujourd’hui, pour ne pas renoncer ? Pas dans dix ans. Maintenant. Quel nouvel onglet on ouvre, quelle mise à jour intérieure on accepte.

Peut-être que c’est cela, au fond, la vraie leçon de cette histoire : la prochaine fois qu’on s’entendra dire « à mon âge, c’est trop tard », penser à ce petit professeur de 102 ans qui tape son mot de passe avec application. Se rappeler qu’il a lui aussi eu peur, qu’il s’est lui aussi trompé de bouton, qu’il a pesté contre des installations qui duraient une éternité. Et qu’il a continué. L’âge n’a jamais été un critère. La seule vraie question reste presque enfantine : est-ce que j’ai encore envie d’apprendre quelque chose aujourd’hui ? Le reste, Windows et les smartphones compris, finira par suivre.

Point essentiel Détail Valeur ajoutée pour le lecteur
L’âge n’empêche pas d’apprendre L’exemple d’un formateur de 102 ans qui enseigne Windows et le smartphone à des adultes plus jeunes Casse l’excuse « je suis trop vieux pour ça » et redonne confiance à ceux qui se sentent en retard
Commencer par un objectif concret Focaliser chaque apprentissage numérique sur une action précise : envoyer une photo, installer une appli, gérer ses mails Évite la dispersion, rend la progression tangible et donc plus motivante
Apprivoiser la peur de se tromper Autoriser les erreurs, poser plusieurs fois la même question, s’exercer sans pression Réduit la honte, libère l’envie d’essayer et facilite les premiers pas avec les outils numériques

Questions fréquentes

Quel âge a Marcel et depuis quand enseigne-t-il l'informatique?

Marcel a 102 ans. Il s'est mis à l'informatique vers 70 ans parce qu'il en avait assez d'attendre qu'on tape ses lettres, et il enseigne maintenant trois ateliers par semaine.

Combien de personnes a-t-il formées et quel est leur profil?

La mairie a compté plus de 160 personnes l'année dernière, incluant des personnes de 28 à 60 ans, certaines sans expérience informatique et d'autres ayant peur de casser leur matériel.

Quelle est sa méthode d'enseignement principale?

Marcel demande d'abord à chaque élève ce qu'il veut concrètement faire (envoyer des photos, payer ses impôts, etc.), puis pose un chemin clair sans jargon inutile. Il normalise l'erreur en racontant ses propres oublis.

À quel moment a-t-il découvert les nouvelles technologies?

À 70 ans pour l'informatique, à 85 ans pour YouTube, et à 97 ans pour son premier smartphone, prouvant une continuité d'apprentissage tout au long de sa vie.

Qu'est-ce qui motive Marcel à continuer à enseigner à son âge?

Il dit que tant qu'il peut transmettre, il n'est pas vieux mais « juste en service ». Il refuse l'idée que quelque chose ne serait « pas de son âge ».

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