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Les personnes qui ne supportent pas d’entendre les autres mâcher partagent souvent ces 5 traits, selon la recherche

Les personnes qui ne supportent pas d'entendre les autres mâcher partagent souvent ces 5 traits, selon la recherche

Des chercheurs, notamment aux Pays-Bas, se sont penchés sur ces personnes que le bruit d’une mastication ou d’un stylo cliquetant rend littéralement dingues.

Ce trouble porte un nom, la misophonie, et ne se résume pas à une simple intolérance aux mauvaises manières. Comme l’explique le site américain YourTango, qui relaie plusieurs travaux récents menés notamment à l’université d’Amsterdam, cette sensibilité extrême à certains bruits s’accompagne souvent de traits psychologiques bien particuliers.

La misophonie, quand certains sons déclenchent une véritable tempête intérieure

La misophonie désigne une réaction émotionnelle intense provoquée par des sons du quotidien généralement anodins pour la plupart des gens : mastication, respiration un peu forte, reniflements, clic d’un stylo, tapotements de doigts, tic-tac d’une horloge.

Les personnes concernées ne parlent pas d’agacement banal, mais décrivent une irritation brutale, parfois de la colère ou une envie de fuir immédiatement la situation.

Dans l’article rapporté par YourTango, l’auteur évoque par exemple son incapacité totale à supporter le bruit d’une horloge qui tourne, au point de retirer systématiquement les piles quand il en a l’occasion. Ce type de réaction disproportionnée par rapport au stimulus sonore est typique de la misophonie.

Des équipes de recherche néerlandaises se sont penchées sur ce phénomène. Le psychiatre Dirk Smit, de l’université d’Amsterdam, a participé à plusieurs études comparant, grâce à la génétique et à des questionnaires, les personnes se déclarant misophoniques aux autres. Objectif : comprendre quels profils y sont plus exposés et quels mécanismes cérébraux pourraient être en cause.

PTSD, anxiété, culpabilité : cinq traits souvent associés à la misophonie

1. Un terrain génétique lié au stress post-traumatique

Une étude néerlandaise de 2023 a mis en évidence une corrélation notable entre certains marqueurs génétiques associés au trouble de stress post-traumatique (PTSD) et la misophonie.

Selon le Dr Dirk Smit, « les gènes qui donnent une sensibilité au PTSD augmentent aussi la probabilité de misophonie », ce qui suggère « un système neurobiologique commun ».

Autrement dit, des personnes génétiquement plus vulnérables à développer un PTSD après un traumatisme semblent aussi plus à risque de réagir très fortement à certains sons. Les chercheurs avancent une piste encourageante : des techniques déjà utilisées dans le traitement du PTSD pourraient, en théorie, être adaptées pour soulager la misophonie.

2. Dépression et anxiété, un terrain mental déjà saturé

Les travaux cités par YourTango montrent aussi un lien fréquent entre misophonie, dépression et anxiété. Dans la population américaine, environ une personne sur cinq connaît au cours de sa vie un épisode dépressif ou anxieux. Ces troubles laissent le cerveau en état de vigilance accrue et de fatigue émotionnelle.

Dans ce contexte, le moindre bruit répétitif peut être ressenti comme une agression. Quand l’esprit est déjà saturé par les ruminations, le besoin de silence devient vital. Le collègue qui clique son stylo à longueur de journée ou la voisine qui renifle dans le train peuvent alors déclencher une réaction disproportionnée, non pas parce que le son est objectivement insupportable, mais parce que la réserve de tolérance mentale est déjà épuisée.

3. Inquiétude, solitude et tendance à « tout garder pour soi »

Une autre étude, publiée en 2020 et également co-signée par le Dr Smit, s’est intéressée au fonctionnement émotionnel des personnes se disant misophoniques. Les chercheurs ont observé qu’elles ont davantage tendance à intérioriser leurs émotions.

  • Elles parlent peu de ce qu’elles ressentent.
  • Elles évitent d’affronter les situations qui les dérangent.
  • Elles sollicitent rarement de l’aide.

Cette manière de « tout garder à l’intérieur » s’accompagne fréquemment de trois sentiments : l’inquiétude, la solitude et une forme de névrosisme, c’est-à-dire une sensibilité particulière au stress et aux émotions négatives.

Lorsque ces émotions restent bloquées, le moindre bruit intrusif peut devenir la goutte d’eau sonore qui fait déborder le vase.

Une mastication un peu trop bruyante, un chewing-gum mâché la bouche ouverte, un voisin qui respire fort : ces sons, chez une personne déjà remplie de tensions non exprimées, peuvent déclencher une réaction explosive intérieurement, même si rien ne se voit de l’extérieur.

4. Un fort sentiment de culpabilité face à sa propre irritation

Les études citées soulignent un aspect souvent méconnu : la culpabilité. Beaucoup de personnes concernées savent que leur réaction est « excessive » par rapport au bruit en lui-même. Elles se reprochent leur irritabilité, voire leurs pensées agressives.

Dans leur travail publié en 2023, le Dr Smit et ses collègues résument ainsi une piste fréquemment avancée par la recherche : la misophonie « serait fondée sur les sentiments de culpabilité à propos de l’irritation et de la colère ressenties, plutôt que sur l’expression extérieure de cette colère ».

Ce n’est pas seulement la personne qui respire bruyamment ou mâche trop fort qui pose problème, c’est aussi la honte de se sentir hors de soi pour quelque chose d’aussi banal.

Ce décalage entre le niveau sonore réel et l’intensité de la réaction émotionnelle nourrit un cercle vicieux : plus la personne se sent coupable d’être irritée, plus elle va redouter ces situations, et plus son attention se focalise sur les bruits déclencheurs.

5. Un lien étroit avec les acouphènes

Les chercheurs ont enfin mis en avant un lien marqué entre misophonie et acouphènes. Les acouphènes se manifestent par la perception d’un bourdonnement, d’un sifflement ou d’un cliquetis persistant dans une oreille ou les deux, sans source sonore extérieure.

Les données citées par YourTango montrent que :

  • Le PTSD, la dépression et l’anxiété sont souvent associés aux acouphènes.
  • Les acouphènes, à leur tour, sont fortement corrélés à la misophonie.

Ce trouble auditif agit donc comme une sorte de carrefour entre plusieurs pathologies psychiques et cette intolérance aux sons du quotidien. Une personne confrontée en permanence à un bourdonnement interne supporte moins bien les bruits extérieurs, surtout s’ils sont répétitifs ou imprévisibles.

Comment la misophonie est-elle abordée en France ?

En France, la misophonie reste peu connue du grand public et n’apparaît pas comme diagnostic distinct dans les principaux manuels internationaux. Les psychiatres et les psychologues la rattachent souvent à des troubles anxieux, à des troubles obsessionnels ou à des difficultés de régulation émotionnelle.

Les approches utilisées s’inspirent de thérapies déjà reconnues : thérapies cognitivo-comportementales, travail sur les pensées automatiques, techniques de relaxation ou de désensibilisation progressive.

Les personnes concernées s’adressent principalement :

  • à un médecin généraliste, qui peut orienter vers un psychiatre ou un psychologue ;
  • à un ORL en cas d’acouphènes associés ;
  • à des centres spécialisés dans les troubles anxieux ou les acouphènes.

En France comme aux Pays-Bas ou aux États-Unis, le principe reste le même : il ne s’agit pas d’« éduquer » quelqu’un qui serait trop à cheval sur les bonnes manières, mais de prendre en compte une souffrance réelle, liée au fonctionnement du cerveau et de la gestion des émotions.

Vivre avec la misophonie : quelques repères utiles

Les travaux relayés par YourTango insistent sur le fait que la misophonie ne relève pas d’un simple caprice. Elle s’inscrit dans un ensemble plus large :

  • Vulnérabilité au stress (PTSD, anxiété, dépression).
  • Tendance à intérioriser ses émotions.
  • Culpabilité liée à la colère ressentie.
  • Présence fréquente d’acouphènes.
  • Pour un lecteur français qui se reconnaîtrait dans ces descriptions, plusieurs pistes peuvent être envisagées avec un professionnel de santé :

    • apprendre à repérer les situations déclenchantes et préparer des solutions de secours (bouchons d’oreille, écouteurs, changement de place quand c’est possible) ;
    • travailler sur la gestion des émotions et la manière de les exprimer plutôt que de les garder systématiquement pour soi ;
    • consulter en cas de symptômes de dépression, d’anxiété ou de PTSD, même anciens, qui peuvent alimenter cette hypersensibilité sonore ;
    • faire évaluer d’éventuels acouphènes, qui peuvent aggraver le ressenti des bruits extérieurs.

    Les études menées aux Pays-Bas ouvrent la voie à une reconnaissance plus claire de ce trouble et à des traitements mieux ciblés. Elles rappellent surtout que derrière l’agacement envers « ceux qui mâchent trop fort », il peut y avoir un cerveau en surréaction, pris entre stress, culpabilité et bruits envahissants.

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