Depuis Manchester, une voyageuse a relié l’Allemagne au nord de l’Espagne en train, sur plusieurs semaines, pour moins qu’un simple aller‑retour Manchester‑Londres.
Son récit, publié par le quotidien britannique i, montre comment un pass Interrail bien utilisé peut réduire la facture tout en offrant un long périple à travers la France et l’Espagne, jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle.
Un pass Interrail moins cher qu’un simple Manchester‑Londres
Tout commence au départ de Manchester, un matin de forte affluence. La voyageuse s’installe en première classe, café et cream tea offerts, en route vers Londres pour attraper l’Eurostar. Ce billet n’est pas un simple aller simple vers la capitale britannique : il fait déjà partie d’un pass Interrail.
Son pass Interrail de cinq jours en première classe, valable dans 33 pays européens sur un mois, lui a coûté 359 livres, contre 386 livres pour un aller‑retour « anytime » Manchester‑Londres au tarif standard.
En clair, son titre de transport lui permet d’effectuer cinq journées complètes de voyages en train, sur quasiment tout le continent, pour moins cher qu’un simple aller‑retour national au Royaume‑Uni. Dans ce budget, le trajet jusqu’à Londres et l’Eurostar sont déjà inclus, ce qui fait mécaniquement baisser le coût moyen par jour de déplacement.
Le déclencheur de ce projet ferroviaire : une invitation à donner une conférence à Düsseldorf, en Allemagne, et un concert de Bruce Springsteen programmé à Saint‑Sébatien, au Pays basque espagnol. L’objectif devient alors double : rejoindre l’Espagne depuis l’Allemagne de manière à la fois économique et sobre en carbone.
De Düsseldorf à la côte nord de l’Espagne, via Paris et le Pays basque
Depuis Manchester, la voyageuse rejoint d’abord Bruxelles, puis prend un train vers Düsseldorf. Sur place, elle découvre le parc Hofgarten, sa verdure en pleine ville, et profite d’une promenade au coucher du soleil au bord du Rhin.
Son itinéraire la ramène ensuite en Belgique, pour une nuit à Anvers. Elle tient à voir de ses propres yeux la gare centrale, célèbre bâtiment néo‑baroque considéré comme l’une des plus belles gares du monde. Là encore, tout se fait en train grâce au même pass.
Cap ensuite sur Paris, pour une halte urbaine et un peu de tourisme. Puis elle embarque à bord d’un train à grande vitesse vers Hendaye, tout au sud‑ouest de la France, à la frontière avec l’Espagne. C’est là que commence une nouvelle phase de son périple : le chemin de Saint‑Jacques.
Elle traverse à pied le pont de Saint‑Jacques au‑dessus de la Bidassoa, entre Hendaye et Irun, un passage de frontière symbolique qui marque le début du Camino del Norte.
Arrivée à Irun, elle gagne Saint‑Sébatien en bus, le long de la rivière Urumea, jusqu’au stade Reale, où se tient le concert de Bruce Springsteen. L’escale prend alors des airs de double pèlerinage : musical et spirituel.
Sur le Camino del Norte, entre plages, villes portuaires et musées
Après la ferveur du concert, l’envie de calme reprend le dessus. Elle se rend sur la plage d’Ondarreta, à l’extrémité ouest de la baie de la Concha, à Saint‑Sébatien. La plage, moins fréquentée, lui offre un moment de silence face à l’océan.
Puis elle poursuit son itinéraire vers l’ouest jusqu’à Bilbao. Là, elle longe la rivière Nervión pour admirer l’architecture de titane du musée Guggenheim, signé Frank Gehry, devenu un symbole de la ville et de la région.
En quittant le Pays basque pour les Asturies, son voyage alterne entre marche et transports en commun. Elle apprécie le petit port de pêche de Luarca, plus tranquille, et l’atmosphère plus animée de Gijón. Quand les ampoules apparaissent aux pieds, elle n’hésite pas à monter dans un bus pour soulager ses jambes, tout en restant dans l’esprit d’un voyage bas carbone.
En Galice, un monument retient particulièrement son attention : la tour d’Hercule, à La Corogne. Ce phare, d’origine romaine, est considéré comme le plus ancien phare encore en activité au monde. Le site lui donne envie d’une parenthèse supplémentaire à La Corogne, point de départ traditionnel du Camino Inglés, emprunté autrefois par les pèlerins venus d’Angleterre par la mer.
Arrivée à Saint‑Jacques : un mois de musique, de nature et de rencontres
La dernière étape la mène à Saint‑Jacques‑de‑Compostelle. Lorsqu’elle arrive dans la ville galicienne, la cathédrale est baignée d’une lumière de lune, ce qui accentue l’émotion de la fin de parcours. L’édifice, qui accueille chaque année des milliers de pèlerins, marque pour elle la conclusion d’un voyage presque d’un mois mêlant trains, marche et découvertes.
Elle décrit un périple rempli de musique, de paysages, de convivialité et d’histoire, débuté en Angleterre et achevé devant la cathédrale de Saint‑Jacques.
Loin d’une expérience solitaire, ces semaines lui ont permis d’échanger avec de nombreux voyageurs. Elle savoure le fait de pouvoir pratiquer l’espagnol avec les habitants, demander des conseils d’itinéraire et de bonnes adresses, et profiter des rencontres en auberges ou en hostels, souvent partagées avec d’autres marcheurs du Camino.
Une vigilance particulière pour les voyageuses seules
Elle souligne toutefois rester attentive à sa sécurité, en tant que femme voyageant seule. Les témoignages de marcheuses évoquant des situations de harcèlement le long du Camino l’incitent à la prudence.
Pour limiter les risques, elle prend plusieurs habitudes :
- Privilégier les hébergements partagés comme les auberges de pèlerins pour rencontrer d’autres marcheurs.
- Se regrouper avec ces marcheurs sur certaines portions isolées.
- Consulter des forums en ligne dédiés au Camino pour recueillir des conseils récents et des alertes éventuelles.
- Rester vigilante lorsqu’elle marche seule, surtout tôt le matin ou en fin de journée.
Ces précautions ne l’empêchent pas de profiter pleinement de l’expérience, mais elles structurent son organisation quotidienne. Elle insiste sur le fait que cette préparation en amont contribue à rendre le voyage plus serein.
Combien coûte réellement un tel voyage en Interrail ?
Au cœur de son récit, publié par le média britannique i, se trouve la comparaison de départ : le prix du pass Interrail versus un simple aller‑retour britannique. Son Interrail Global Pass adulte, valable cinq jours en première classe, s’élève à 359 livres. À titre indicatif, un pass équivalent existe aussi en seconde classe, pour un montant inférieur.
Un pass global de cinq jours donne droit à des journées complètes de trajets illimités en train, sur une période d’un mois, dans 33 pays européens.
Son calcul repose sur un principe simple : en multipliant les trajets internationaux et en utilisant au maximum chaque « jour de voyage » inclus, elle réduit le coût moyen par déplacement. Dans son cas :
| Élément de voyage | Mode | Pris en charge par le pass |
|---|---|---|
| Manchester – Londres – Bruxelles | Train (dont Eurostar) | Oui |
| Bruxelles – Düsseldorf – Anvers | Trains européens | Oui |
| Anvers – Paris – Hendaye | Trains (dont grande vitesse) | Oui |
| Trajets en Espagne (train selon segments) | Train, complété par bus et marche | Oui pour les trains éligibles |
Certaines réservations de siège, notamment sur les trains à grande vitesse ou les trains de nuit, peuvent nécessiter un supplément. L’article ne détaille pas ces montants, mais indique clairement que, même en tenant compte de ces contraintes, l’option Interrail reste plus abordable que le billet national initialement envisagé.
À la fin de son récit, une précision pratique est donnée : un pass Interrail Global de cinq jours en seconde classe est annoncé au prix de 277 livres, avec plusieurs autres durées disponibles selon les besoins.
Voyage en train et Camino : un duo attractif aussi pour les Français
Pour un lecteur français, la configuration est proche, même si les prix varient selon la classe, l’âge et la période. Le principe du pass Interrail reste identique : des jours de voyage illimités en train à répartir sur un mois, dans la plupart des pays européens, y compris la France et l’Espagne.
Depuis la France, ce type de formule permet par exemple :
- De partir d’une grande ville française vers Hendaye ou Irun pour débuter le Camino del Norte.
- De combiner plusieurs itinéraires espagnols (Camino del Norte, Camino Primitivo, Camino Inglés) sur un même voyage.
- De prévoir des escales urbaines (Bilbao, Saint‑Sébatien, La Corogne, Oviedo) entre différentes étapes de marche.
La SNCF participe au réseau Interrail, mais certains TGV exigent des réservations de siège, facturées en supplément. Pour un budget maîtrisé, de nombreux randonneurs français privilégient les trains régionaux ou les liaisons à plus faible supplément, voire alternent train et bus dans les régions frontalières.
Pourquoi le train séduit les pèlerins modernes
Pour rejoindre Saint‑Jacques‑de‑Compostelle, les options ne manquent pas : avion jusqu’en Galice, voiture, bus longue distance. Le train, lui, offre plusieurs atouts concrets :
- Réduire l’empreinte carbone par rapport à l’avion ou à la voiture individuelle.
- Multiplier les escales sur la route, sans avoir à gérer le stationnement ni la fatigue au volant.
- Arriver directement au cœur des villes, à proximité des chemins balisés du Camino.
- Bénéficier de temps de lecture, de repos ou de préparation de l’étape suivante pendant les trajets.
Cette manière de voyager se prête particulièrement bien aux cheminements en plusieurs tronçons, où l’on alterne marche, visites, étapes côtières et grandes villes.
Bien préparer un long trajet Interrail vers l’Espagne
Le récit publié par le i met l’accent sur la spontanéité et la flexibilité permises par le pass, mais il illustre aussi plusieurs bonnes pratiques utiles aux voyageurs français.
- Tracer un fil conducteur : elle a articulé tout son voyage autour de deux jalons précis, une conférence en Allemagne et un concert en Espagne, ce qui lui a donné un cadre temporel et géographique.
- Prévoir des étapes de respiration : escales à Anvers, Paris, Luarca, Gijón, pour éviter la saturation des grandes métropoles.
- Combiner train et marche : le Camino del Norte n’est pas parcouru d’un bloc, mais en tronçons adaptés à sa forme et à ses envies.
- Accepter les ajustements : lorsqu’elle a eu des ampoules, elle a pris le bus plutôt que de s’obstiner, afin de ne pas compromettre la suite du voyage.
Pour un projet similaire depuis la France, le même principe s’applique : définir quelques points forts incontournables (ville de départ du Camino, sites culturels, événements), puis utiliser Interrail comme outil pour relier ces étapes de manière souple. Le gain financier se joue sur l’intensité d’utilisation du pass et la capacité à éviter les journées quasi inoccupées en train.
Au terme de son périple, la voyageuse confie avoir trouvé dans le train le moyen idéal d’ouvrir son chemin vers Saint‑Jacques‑de‑Compostelle. L’idée de disposer encore de dizaines de pays accessibles avec le même type de pass nourrit déjà d’autres projets sur les rails européens.








