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En arrêt maladie, il court un marathon : l’entreprise engage des détectives, le licencie et devra lui verser plus de 60 000 euros

En arrêt maladie, il court un marathon : l'entreprise engage des détectives, le licencie et devra lui verser plus de 60 000 euros

Aux Pays-Bas, un salarié en arrêt maladie s’est aligné sur le marathon de Rotterdam. Son employeur, suspicieux, a fait appel à des détectives privés.

L’affaire, rapportée par le média néerlandais RTL Nieuws, s’est terminée devant la justice à La Haye. Licencié pour avoir couru un marathon alors qu’il était en arrêt maladie, un ancien employé de l’agence de voyages Prijsvrij vient d’obtenir gain de cause en appel. L’entreprise devra lui verser plus de 60 000 euros d’indemnités.

Un salarié en arrêt maladie surveillé par des détectives

Le conflit naît aux Pays-Bas, au sein de l’agence de voyages Prijsvrij. Un de ses salariés se trouve alors en arrêt de travail pour des problèmes de santé. La direction doute des limitations qu’il invoque et décide de vérifier son comportement au quotidien.

Pour cela, Prijsvrij mandate Hoffmann Bedrijfsrecherche, une société néerlandaise spécialisée dans les enquêtes en entreprise. Il s’agit de détectives privés intervenant à la demande de sociétés pour documenter des soupçons de fraude ou de manquement, un rôle comparable à certaines agences de recherche privées actives en France.

Selon les éléments rapportés, les enquêteurs suivent le salarié pendant plusieurs jours. Ils observent notamment qu’il se déplace en voiture et assume certaines tâches quotidiennes.

  • Il effectue de courts trajets en voiture pour aller faire des courses.
  • Il conduit son enfant à l’école.
  • Il s’entraîne à la course à pied.
  • Il participe au marathon de Rotterdam le 13 avril 2025.

Ce dernier point va tout faire basculer.

Un marathon bouclé en moins de trois heures et demie

Les détectives établissent que le salarié ne s’est pas contenté de prendre le départ du marathon de Rotterdam, une épreuve de 42,195 kilomètres. Il l’a terminée en 3 heures, 27 minutes et 58 secondes.

Avec ce temps, il se classe 3 112e sur 17 843 coureurs. Pour l’employeur, ce résultat, qui exige une condition physique solide, contredit frontalement les difficultés de santé avancées pour justifier l’arrêt de travail.

Pour Prijsvrij, accomplir un marathon dans un temps honorable prouvait que le salarié exagérait ses problèmes de santé et pouvait retravailler.

À partir de ces éléments, l’entreprise estime que son collaborateur a abusé de son arrêt maladie et lui reproche un manque de transparence sur l’évolution de son état. Elle considère que la confiance nécessaire à la relation de travail est rompue.

Le tribunal : courir un marathon ne prouve pas l’aptitude au travail

L’affaire arrive devant le Tribunal d’appel de La Haye. Les juges examinent à la fois la participation au marathon et le comportement global du salarié pendant son arrêt.

Le point central retenu par la juridiction est clair : la capacité à réaliser une activité physique, même exigeante, ne signifie pas automatiquement que la personne est apte à reprendre son poste.

Le tribunal souligne que « pouvoir réaliser certaines activités physiques ne revient pas automatiquement à être en mesure d’occuper un emploi précis ».

La justice néerlandaise se montre également attentive à la relation du salarié avec le médecin du travail de l’entreprise. L’arrêt de la cour relève que l’employé a signalé à ce médecin qu’il courait et que ses déplacements en voiture restaient limités.

Autrement dit, selon les juges, il n’a pas caché ses activités sportives à la médecine du travail, ce qui affaiblit nettement l’argument de la dissimulation avancé par l’employeur.

Une réunion contestée et un licenciement immédiat

La tension monte à un stade supérieur lorsque Prijsvrij convoque le salarié à une réunion avec son directeur. L’entreprise souhaite manifestement éclaircir la situation et discuter des éléments mis au jour par les détectives.

L’avocat du salarié intervient alors. Il explique que cette rencontre ne correspond pas aux recommandations émises par le médecin du travail néerlandais, et accuse la société de harcèlement.

Huit jours à peine après cette réaction, Prijsvrij met fin au contrat de travail de manière immédiate, c’est-à-dire sans préavis. Le licenciement repose sur la perte de confiance totale et sur l’idée que l’employé aurait abusé de son arrêt maladie.

Le licenciement jugé invalide et lourdement sanctionné

Le Tribunal d’appel de La Haye ne suit pas l’analyse de l’employeur. Dans sa décision, il considère que le licenciement immédiat était injustifié et reproche à Prijsvrij la façon dont le conflit a été géré.

Pour la cour, ni la course du marathon ni la filature par des détectives ne suffisaient à légitimer un licenciement immédiat.

Les magistrats jugent la réaction de l’entreprise « gravement répréhensible ». Ils estiment qu’elle a tiré des conclusions abusives à partir de faits réels, mais mal interprétés dans le cadre du droit du travail néerlandais.

Conséquence directe : Prijsvrij est condamnée à verser plus de 60 000 euros à son ancien salarié, sous la forme de différentes indemnités liées au licenciement. Le détail précis des montants n’est pas précisé, mais il s’agit de compensations de nature sociale et contractuelle.

Ce jugement rappelle ainsi qu’un arrêt maladie ne se résume pas à une interdiction totale d’activité, et que l’employeur ne peut pas, sans précaution, assimiler sport et fraude.

Arrêt maladie et activité physique : quel cadre en France ?

Pour un lecteur français, ce dossier renvoie à une question sensible : que peut faire un salarié pendant un arrêt maladie, et que risque-t-il s’il est soupçonné d’abuser de la situation ?

En France, l’arrêt de travail fixé par un médecin précise souvent des restrictions (repos, horaires de sortie autorisés, interdiction ou non de certaines activités). La Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) peut effectuer des contrôles, tout comme l’employeur qui a parfois recours à un médecin mandaté pour un contrôle médical.

Élément Pays-Bas (affaire Prijsvrij) France (principe général)
Contrôle de l’arrêt Médecin d’entreprise et enquête privée Médecin conseil de l’Assurance maladie et médecin mandaté par l’employeur
Activité physique Appréciée au cas par cas par les juges Possible si compatible avec l’état de santé et les prescriptions médicales
Sanction maximale Licenciement immédiat (ici jugé invalide) Licenciement possible, mais très encadré par le juge prud’homal

En droit français, la participation à un marathon alors qu’on est en arrêt pourrait également susciter des interrogations. La clé resterait la même : la compatibilité avec l’état de santé déclaré, les recommandations médicales et l’honnêteté du salarié dans ses échanges avec les médecins.

Les juges prud’homaux examinent généralement :

  • si l’activité constatée retarde ou non la guérison ;
  • si elle porte atteinte aux intérêts de l’entreprise ;
  • si le salarié a respecté les prescriptions médicales et les obligations légales ;
  • si l’employeur ne tire pas des conclusions excessives à partir de faits ponctuels.

Ce que révèle cette affaire sur la surveillance des salariés

Le recours à des détectives privés par Prijsvrij met aussi en lumière la question de la surveillance des salariés en arrêt maladie. Dans plusieurs pays européens, les entreprises cherchent parfois à vérifier la sincérité des arrêts lorsqu’elles soupçonnent un abus.

Ce type de contrôle comporte des risques pour l’employeur : atteinte à la vie privée, interprétation trop rapide des comportements observés, climat de suspicion durable dans l’entreprise. L’affaire néerlandaise montre qu’un jugement défavorable peut coûter cher, financièrement et en termes d’image.

Pour les salariés, cette décision rappelle l’intérêt de garder une trace claire de leurs échanges avec la médecine du travail ou les médecins qui les suivent. Signaler une activité sportive autorisée ou conseillée, préciser ses limites et rester cohérent dans ses déclarations peut peser lourd si un litige survient.

Activité sportive et arrêt maladie : un équilibre délicat

La course à pied illustre bien la complexité du sujet. Dans certains cas, un médecin peut recommander une activité sportive modérée pour favoriser la récupération, y compris pendant un arrêt de travail. Dans d’autres, l’effort intense reste contre-indiqué.

Un exemple fréquent concerne les troubles psychiques ou le burn-out. Une activité comme la course à pied, encadrée et raisonnable, peut être vue comme un soutien à la guérison, alors qu’un retour au poste, avec ses contraintes et sa charge mentale, reste prématuré.

L’affaire de ce salarié néerlandais pose donc une question précise : où placer la limite entre ce qui aide la santé et ce qui contredit l’arrêt ? Les juges de La Haye ont répondu, dans ce cas, que l’employeur était allé trop loin en assimilant performance sportive et aptitude professionnelle.

Pour éviter des conflits comparables, les spécialistes du droit du travail recommandent, dans plusieurs pays, un dialogue plus étroit entre employeurs, médecine du travail et salariés. Une communication claire sur ce qui est autorisé ou déconseillé pendant l’arrêt réduit le risque de malentendus, de filatures… et de coûteux procès.

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