RacingZone

Aller à la selle une fois par jour n’est pas la seule norme : les experts donnent la fréquence réellement saine

Aller à la selle une fois par jour n'est pas la seule norme : les experts donnent la fréquence réellement saine

La fameuse « bonne habitude » d’aller à la selle chaque matin ne correspond pas à tout le monde, loin de là, montrent des données américaines.

Une grande enquête réalisée aux États‑Unis, reprise par le site d’information scientifique StudyFinds, montre que la fréquence des selles varie énormément d’une personne à l’autre sans que cela soit forcément signe de maladie. Pour un lecteur français, ces résultats bousculent l’idée très ancrée qu’il faudrait absolument aller à la selle une fois par jour pour être en bonne santé.

Aller à la selle : ce que montrent les grandes données américaines

Les travaux cités par StudyFinds s’appuient sur une analyse menée en 2017 par des chercheurs du Beth Israel Deaconess Medical Center et de la Harvard Medical School, à partir de données nationales de santé recueillies en 2009‑2010 aux États‑Unis.

Dans ce vaste échantillon de 4 775 adultes déclarant avoir un transit « normal », 95,9 % allaient à la selle entre trois fois par jour et trois fois par semaine.

Autrement dit, une personne en bonne santé peut parfaitement n’évacuer que tous les deux ou trois jours, alors qu’une autre ira plusieurs fois par jour, sans que l’une ou l’autre situation soit anormale en soi.

Les autorités de santé américaines, en particulier le National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases (un institut public spécialisé dans les maladies digestives et métaboliques), posent néanmoins quelques repères :

  • moins de trois selles par semaine est l’un des critères possibles d’un transit constipé, lorsqu’il s’accompagne d’autres signes (selles dures, douleur, sensation de blocage) ;
  • la diarrhée est définie comme des selles liquides ou très molles au moins trois fois par jour, ou simplement plus souvent que d’habitude pour la personne concernée.

Le contexte est américain, mais ce principe d’intervalle large entre « trois fois par jour » et « trois fois par semaine » est aussi retenu par de nombreux gastro‑entérologues français quand ils parlent de transit « habituellement normal ».

Pourquoi compter les selles ne suffit pas

Les spécialistes cités par StudyFinds insistent sur un point : le simple nombre de passages aux toilettes ne suffit pas à juger de la santé intestinale. La forme des selles, la présence ou non de douleur, l’urgence à aller à la selle ou la sensation d’évacuation complète pèsent lourd dans l’évaluation.

Pour décrire la consistance des selles, les médecins utilisent une échelle de référence mise au point par la Rome Foundation : l’échelle de Bristol, ou Bristol Stool Form Scale. Elle va de :

  • selles en petites billes dures, séparées, difficiles à évacuer ;
  • selles en forme de boudins grumeleux et fermes ;
  • boudins bien formés, avec des fissures à la surface ;
  • boudins lisses, mous, faciles à expulser ;
  • morceaux mous aux bords nets ;
  • morceaux pâteux et irréguliers ;
  • liquide, sans morceau solide.
  • L’American College of Gastroenterology, une grande société savante américaine, associe :

    • les types 1 et 2 à des schémas de constipation ;
    • les types 6 et 7 à des schémas proches de la diarrhée.

    Une étude clinique menée à l’hôpital de Bristol dès 1997, sur 66 volontaires, a montré que la forme des selles traduisait mieux la vitesse de transit intestinal que la seule fréquence d’évacuation. Les selles devenaient plus molles quand le transit s’accélérait et plus dures lorsqu’il ralentissait, même si le nombre de selles changeait peu.

    Une personne qui va à la selle tous les jours en forçant, dans la douleur, avec des selles très dures n’a pas un meilleur transit qu’une autre qui y va confortablement un jour sur deux.

    Les données américaines citées par StudyFinds montrent aussi que la fameuse « norme » n’est pas la même pour les hommes et les femmes : 90 % des hommes qui se disaient « normaux » avaient des selles de type 3 à 5, tandis que les femmes s’échelonnaient davantage, du type 2 au type 6. Il s’agit d’observations, pas de règles absolues : cela ne transforme pas tout type de selles compris dans ces catégories en signe de parfaite santé.

    Matin, soir : l’horaire des selles compte-t-il vraiment ?

    Beaucoup de personnes associent transit sain et passage aux toilettes au lever, souvent après le café ou le petit-déjeuner. Les données compilées par StudyFinds nuancent nettement cette impression.

    Une étude publiée dans la revue médicale Gut, menée auprès de 838 hommes et 1 059 femmes à East Bristol (Royaume‑Uni), a observé les horaires des selles sur une période prolongée. Résultat : seules 40 % des hommes et 33 % des femmes présentaient un cycle bien calé sur 24 heures. La majorité des selles survenaient le matin, mais un grand nombre de personnes allaient aussi à la selle l’après‑midi ou le soir sans signe de pathologie.

    La Cleveland Clinic, grand centre hospitalier américain, explique que le réveil et le repas activent des contractions du côlon, notamment via le réflexe gastro‑colique. En clair, manger, en particulier le matin, pousse l’intestin à propulser vers la sortie ce qui s’y trouvait déjà. C’est ce mécanisme qui rend le passage aux toilettes matinal si fréquent, mais ne pas respecter ce schéma horaire ne rend pas pour autant le transit « moins sain ».

    Aller régulièrement à la selle après le déjeuner ou un soir sur deux peut rester parfaitement normal si tout se fait sans douleur, sans urgence et sans changement brutal par rapport à l’habitude.

    En revanche, les gastro‑entérologues américains rappellent qu’une diarrhée qui réveille la nuit, surtout si elle s’accompagne de sang dans les selles ou d’un amaigrissement, mérite une consultation médicale.

    Microbiote, analyses sanguines : ce que disent les études récentes

    StudyFinds rapporte aussi une étude observationnelle publiée en 2024 dans la revue Cell Reports Medicine. Les chercheurs ont analysé des données auto‑déclarées sur le transit de 1 425 adultes en bonne santé apparente, en les reliant à des profils de microbiote intestinal, de métabolites et de paramètres sanguins.

    Ils ont identifié des différences de composition du microbiote et de certains marqueurs biologiques selon les grandes catégories de fréquence de selles. Aux extrêmes, les très faibles fréquences étaient associées à des marqueurs liés à la fonction rénale, et les fréquences très élevées à des marqueurs plutôt liés à la fonction hépatique.

    Les auteurs insistent toutefois sur le caractère purement associatif de ces résultats : il ne s’agit pas de diagnostics, encore moins de seuils à appliquer individuellement. Les scientifiques observent des liens, sans déterminer si un transit très ralenti ou très accéléré cause ces modifications, résulte d’elles ou n’a avec elles qu’un rapport indirect.

    Quand faut-il s’inquiéter d’un changement de transit ?

    La question centrale pour les médecins américains cités par StudyFinds n’est pas « combien de fois par jour ? », mais « est‑ce que quelque chose a changé, et comment ? ».

    Le National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases recommande de consulter rapidement en cas de constipation associée à :

    • saignement rectal ou sang dans les selles ;
    • douleur abdominale constante et intense ;
    • incapacité à évacuer gaz ou selles ;
    • vomissements répétés ;
    • fièvre ;
    • perte de poids involontaire.

    Pour la diarrhée, les adultes sont invités à contacter un médecin si elle dure plus de deux jours. Une consultation doit être plus rapide en cas de selles noires ou sanglantes, de douleurs abdominales importantes, de signes de déshydratation, de vomissements fréquents ou de forte fièvre.

    La Cleveland Clinic cite d’autres signaux d’alerte :

    • besoin urgent et inhabituel d’aller à la selle, avec crainte de ne pas se retenir ;
    • perte de contrôle des selles ;
    • selles très pâles ou grasses, flottantes ;
    • diarrhées nocturnes répétées ;
    • amaigrissement non expliqué.

    Un simple carnet notant la fréquence, l’aspect des selles (selon l’échelle de Bristol), l’effort, la douleur ou l’urgence permet souvent au médecin d’y voir plus clair que la mention vague « j’y vais une fois par jour ».

    Dans la pratique, les spécialistes américains considèrent qu’une selle bien formée, évacuée sans forcer, sans douleur, sans urgence, même tous les deux ou trois jours, entre dans le cadre d’une variation saine du transit. À l’inverse, des selles douloureuses, difficiles à expulser ou très liquides, même quotidiennes, peuvent justifier une évaluation plus approfondie.

    Que disent les repères en France sur la fréquence des selles ?

    En France, les gastro‑entérologues et les autorités sanitaires (comme Santé publique France ou l’Assurance maladie) s’appuient sur des notions proches de celles décrites dans l’article de StudyFinds, même si les études de référence ne sont pas exactement les mêmes.

    La constipation y est généralement décrite comme une difficulté à évacuer les selles, associée à l’un ou plusieurs des éléments suivants :

    • moins de trois selles par semaine ;
    • selles dures, fragmentées, nécessitant un effort important ;
    • impression de vidange incomplète ;
    • sensation de blocage au niveau de l’anus ou du rectum.

    Les sociétés savantes françaises utilisent aussi l’échelle de Bristol pour caractériser l’aspect des selles. Les types 3 et 4 (boudin formé, lisse ou légèrement fissuré) sont souvent présentés comme les plus proches de ce que l’on considère comme un transit confortable.

    Pour la diarrhée, les médecins en France retiennent, comme leurs collègues américains, un changement par rapport au rythme habituel, avec des selles plus liquides et plus fréquentes. Le seuil de « trois selles liquides ou très molles par jour » reste très utilisé en pratique clinique.

    En cas de doute ou de symptômes persistants, le premier interlocuteur reste le médecin traitant. Il oriente, si besoin, vers un gastro‑entérologue ou vers des examens complémentaires (prise de sang, analyse de selles, coloscopie). Les centres hospitaliers universitaires français disposent aussi de consultations spécialisées dans les troubles fonctionnels intestinaux, proches de celles des grands centres américains mentionnés dans StudyFinds.

    Comment utiliser concrètement ces repères au quotidien ?

    Pour un lecteur français, l’intérêt principal des travaux cités par StudyFinds est de relativiser la pression autour d’une fréquence « idéale » des selles. Quelques pistes pratiques se dégagent :

    • observer son propre « rythme de croisière » plutôt que viser absolument une selle par jour ;
    • se fier à la facilité d’évacuation et au confort ressenti, autant qu’au nombre de passages ;
    • noter les changements durables (sur plusieurs semaines) et non les variations d’un jour à l’autre ;
    • surveiller les signes d’alerte objectifs : sang, fièvre, douleur intense, amaigrissement.

    Tenir un carnet, même sur quelques jours seulement, peut aider. Y inscrire la date, l’heure, le type de selles selon l’échelle de Bristol, l’effort fourni, la présence de douleur ou d’urgence donne un aperçu plus fiable que la mémoire. En consultation, ces détails orientent très vite le diagnostic vers une constipation fonctionnelle, un trouble du transit lié à l’alimentation, un syndrome de l’intestin irritable ou une autre cause organique à explorer.

    Un autre intérêt de ces études tient à la sensibilisation autour du microbiote intestinal. Si la science n’en est encore qu’au stade des associations, l’idée qu’un transit très ralenti ou au contraire très accéléré puisse s’accompagner de profils biologiques particuliers soutient les recommandations classiques : alimentation riche en fibres, hydratation régulière, activité physique modérée. Ces mesures de base restent les premières à mettre en place en cas de transit un peu paresseux, en France comme aux États‑Unis.

    Enfin, ces données rappellent qu’aucune application, aucun objet connecté ou calendrier ne peut définir à votre place la fréquence « parfaite ». Le repère le plus fiable reste votre propre fonctionnement habituel, évalué avec un professionnel de santé lorsque quelque chose change durablement ou s’accompagne de symptômes inquiétants.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Défiler vers le haut