En Espagne, un médecin à la retraite alerte sur un fléau silencieux : nous dormons moins que nos grands-parents et notre santé trinque.
Dans un entretien relayé par le média espagnol en ligne qui cite le podcast « Redes de Ensueño », le docteur Valentín Pérez, ancien médecin de famille dans la région des Asturies, tire la sonnette d’alarme sur la manière dont les Espagnols – et, plus largement, les habitants des pays occidentaux – rognent chaque nuit sur leur sommeil, au détriment de leur santé physique et mentale.
« Une pandémie de proportions colossales »
Pour poser le décor, Valentín Pérez rappelle un constat simple : les journées semblent trop courtes. Entre le travail, les enfants, les tâches ménagères, les courses, un peu de sport et quelques instants de détente, les 24 heures ne suffisent plus. La variable d’ajustement, ce sont les nuits.
Les recommandations des spécialistes sont pourtant claires : un adulte devrait dormir au minimum sept heures par nuit. En Espagne, ce seuil n’est pas atteint, affirme le médecin, qui s’appuie sur les études disponibles : « Les études montrent que les Espagnols en moyenne dorment moins de sept heures, ce sont six et quelques, on n’arrive pas à sept », expliquait-il dans le podcast « Redes de Ensueño ».
Pour Valentín Pérez, la privation de sommeil touche aujourd’hui une majorité de la population et s’apparente à une « pandémie » aussi massive que sous-estimée.
L’ancien généraliste insiste sur l’écart avec les générations précédentes : « Nos grands-parents dormaient tous plus que nous », souligne-t-il. Selon lui, ce basculement s’est produit au fil du XXe siècle et s’est accéléré avec l’arrivée de l’électricité puis des écrans.
La lumière artificielle et les écrans dans le viseur
Dans son entretien, le médecin situe clairement les responsables : la lumière artificielle, la télévision, l’ordinateur, puis les smartphones et les réseaux sociaux. Ces outils occupent désormais les heures qui séparent la tombée de la nuit de minuit ou une heure du matin.
Pour ce praticien, ce bouleversement est loin d’être anodin. Il parle d’une situation « catastrophique pour la santé ». La nuit, rappelle-t-il, ne devrait pas être un prolongement de la journée d’activité, mais un temps de récupération profonde.
- Lumière artificielle qui retarde l’endormissement et perturbe l’horloge biologique ;
- Contenus numériques stimulants consommés jusqu’au coucher ;
- Horaires de travail étendus et temps de transport ;
- Impression de « devoir profiter » de la soirée au détriment du repos.
Cette addition de facteurs pousse une grande partie de la population à réduire progressivement la durée de son sommeil, souvent sans mesurer les dégâts à long terme.
Un organisme qui travaille « à plein régime » pendant la nuit
Les mises en garde de Valentín Pérez rejoignent celles d’institutions de référence citées par le média espagnol, comme la Mayo Clinic ou les National Institutes of Health (NIH) aux États-Unis. Contrairement à ce que beaucoup imaginent, dormir n’est pas un simple « arrêt » de la machine.
Le NIH rappelle que, durant le sommeil, « les organes et les processus internes travaillent durement ». Le Dr Merrill Mitler, expert du sommeil et neuroscientifique au NIH, souligne que le manque de sommeil retentit sur presque tous les tissus du corps, en perturbant :
- les hormones de croissance et du stress ;
- le système immunitaire ;
- l’appétit et l’équilibre énergétique ;
- la respiration et la pression artérielle ;
- la santé cardiovasculaire ;
- les capacités de concentration et de mémoire.
Le sommeil n’est pas du temps « perdu » : c’est le moment où l’organisme lance ses vastes opérations de réparation et de maintenance.
Le docteur Valentín Pérez va dans le même sens. « La nuit, quand on dort, c’est le moment où l’organisme répare », explique-t-il. Il détaille : « 90 %, pour ne pas dire 100 %, de l’activité de réparation de l’ADN, de la restauration des protéines abîmées, de la réparation des mitochondries, de tout, se produit la nuit. » Chaque heure de sommeil gagnée, dans une plage normale, représenterait donc un gain réel pour la santé et le bien-être à long terme.
Six heures contre neuf heures : un fossé dans la tête
Le médecin espagnol s’attarde aussi sur les effets psychiques du manque de sommeil. Selon lui, la qualité des nuits se lit immédiatement dans l’humeur au réveil. « Quand on dort ce qu’on doit, on est plus optimiste le matin », résume-t-il.
Il décrit avec des mots très concrets la différence entre une nuit courte et une nuit vraiment réparatrice : « Tu as moins de peurs, moins d’anxiété, tu n’as pas d’angoisse, tu n’as rien. La différence entre dormir six heures et dormir neuf est abyssale. Le monde a de la couleur quand tu te lèves après avoir dormi neuf heures, et quand tu te lèves après six heures tu es un automate », affirme-t-il.
Pour Valentín Pérez, trois heures de sommeil en moins transforment la perception du monde : d’un univers « en couleur » à un quotidien vécu en pilote automatique.
Ces propos rejoignent de nombreuses études montrant que le manque de sommeil accroît le risque de troubles anxieux et dépressifs, aggrave la difficulté à gérer le stress et altère la prise de décision. Le médecin insiste sur le fait que beaucoup de gens pensent « tenir le coup » alors que leur santé se détériore peu à peu.
Une « pandémie » qui concerne aussi la France
Si Valentín Pérez parle de la situation en Espagne, son diagnostic résonne fortement en France. Les enquêtes de santé publique y montrent également une tendance à la réduction du temps de sommeil, avec des journées de travail et de trajets chargées, et une forte exposition aux écrans en soirée.
En France, les recommandations générales, relayées par les autorités sanitaires, restent proches de celles évoquées par le médecin espagnol : autour de sept à huit heures par nuit pour la majorité des adultes, avec des besoins variables selon les individus. Les spécialistes du sommeil français alertent aussi sur :
- le recours systématique à la caféine pour compenser la fatigue ;
- l’usage tardif des écrans, qui retarde l’endormissement ;
- la tendance à « rattraper » péniblement le week-end, sans effacer totalement la dette de sommeil ;
- l’augmentation des troubles du sommeil comme l’insomnie ou l’apnée.
Les structures spécialisées dans les troubles du sommeil, souvent rattachées à des services de neurologie ou de pneumologie en hôpital, constatent cette évolution. Le constat d’une « pandémie » de manque de sommeil fait donc écho aux préoccupations des médecins français, même si le terme reste une image forte employée par Valentín Pérez.
Comment reconnaître qu’on dort vraiment trop peu ?
Les alertes de l’ancien médecin de La Fresneda interrogent directement le quotidien des lecteurs. Sans entrer dans un protocole médical, certains signaux peuvent mettre la puce à l’oreille :
Dans ces cas, les spécialistes recommandent souvent de revoir l’hygiène de sommeil : horaires réguliers, limitation des écrans avant le coucher, environnement calme et sombre, activités relaxantes en soirée. Le message du médecin espagnol est surtout de rappeler que dormir davantage n’est pas un luxe, mais un investissement dans la santé.
Le sommeil, un allié sous-estimé de la longévité
L’article du média espagnol rappelle qu’un autre expert, Sebastián La Rosa, spécialiste de la longévité, estime qu’un endormissement trop rapide – « si tu mets 2 minutes à t’endormir, ce n’est pas bien dormir » – peut traduire une forte dette de sommeil. Là encore, l’idée centrale reste que le corps réclame des nuits plus longues et plus stables pour fonctionner correctement dans la durée.
Les grands mécanismes évoqués par Valentín Pérez – réparation de l’ADN, restauration des protéines et des mitochondries – sont au cœur des recherches actuelles sur le vieillissement. Le sommeil participe à limiter l’usure des cellules, à stabiliser la pression artérielle et à soutenir le système immunitaire. Une privation chronique vient au contraire fragiliser peu à peu ces défenses.
| Aspect | Sommeil suffisant | Manque de sommeil |
|---|---|---|
| Humeur | Plus d’optimisme, moins d’anxiété | Irritabilité, peurs et angoisses accrues |
| Fonctions cognitives | Meilleure concentration, décisions plus claires | Distraction, erreurs, baisse de vigilance |
| Réparation cellulaire | Réparation active de l’ADN et des protéines | Accumulation potentielle de dommages cellulaires |
| Santé cardiovasculaire | Pression artérielle plus stable | Risque accru de déséquilibres à long terme |
Pour un lecteur français, le message porté par ce médecin espagnol à la retraite reste très concret : les trois heures « perdues » devant un écran ne sont pas anodines. Sur plusieurs années, elles pèsent sur le cœur, le cerveau, l’humeur et la capacité du corps à se réparer. Revenir à des nuits plus longues, proches de celles de nos grands-parents, s’apparente moins à une nostalgie qu’à une stratégie de santé publique.








