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Bernd Böttiger, médecin urgentiste : « En cas d’arrêt cardiaque, la position latérale de sécurité est souvent mortelle »

Bernd Böttiger, médecin urgentiste : « En cas d'arrêt cardiaque, la position latérale de sécurité est souvent mortelle »

En Allemagne, un spécialiste des urgences alerte : un geste de secours enseigné partout pourrait coûter la vie en cas d’arrêt cardiaque.

Dans un entretien accordé au site d’information régional allemand shz.de, le professeur Bernd Böttiger, médecin urgentiste et responsable national des questions de réanimation à la Croix-Rouge allemande, appelle à revoir d’urgence les réflexes du grand public face à un arrêt cardiaque. Selon lui, en cas de doute, il faut toujours commencer le massage cardiaque plutôt que placer la victime en position latérale de sécurité.

« En cas d’arrêt cardiaque, chaque seconde compte »

L’article de shz.de, publié le 17 septembre 2026, rappelle un principe central de la médecine d’urgence : après un arrêt cardiaque, le cerveau n’est plus irrigué. Sans intervention rapide, les lésions peuvent devenir irréversibles au bout de quelques minutes seulement.

Le professeur Bernd Böttiger, présenté comme médecin urgentiste et « médecin fédéral » de la Croix-Rouge allemande (un rôle proche de celui d’un référent national en réanimation), insiste : les témoins sont décisifs. Avant même l’arrivée des secours professionnels, leurs gestes peuvent déterminer les chances de survie.

En cas d’arrêt cardiaque suspecté, laisser la victime sans massage cardiaque réduit drastiquement ses chances de survie.

Pour ce spécialiste, tout retard dans le démarrage d’un massage cardiaque comprime la fenêtre de survie. C’est précisément ce qui le conduit à mettre en cause un réflexe encore très ancré dans les cours de secourisme : la mise systématique en position latérale de sécurité.

Pourquoi la position latérale de sécurité peut devenir mortelle

En Allemagne, comme en France, la position latérale de sécurité (PLS) fait partie des premiers gestes enseignés au grand public. Elle consiste à allonger une personne inconsciente sur le côté, afin de dégager les voies aériennes et de limiter le risque d’étouffement en cas de vomissements.

Le professeur Böttiger souligne toutefois que cette manœuvre, utile dans certains cas, devient dangereuse lorsqu’il s’agit d’un véritable arrêt cardiaque. La victime semble parfois simplement inconsciente et « qui respire mal », ce qui peut tromper les témoins.

Mettre en PLS une personne en arrêt cardiaque, c’est prendre le risque de ne pas la réanimer à temps.

Le médecin urgentiste explique que, dans un arrêt cardiaque, la respiration peut être inexistante ou très anormale, haletante, ce qui induit en erreur les non-professionnels. Or, placer la victime en PLS, c’est :

  • perdre des secondes précieuses avant de débuter un massage cardiaque ;
  • se donner à tort le sentiment d’avoir « fait quelque chose » ;
  • ne pas comprimer le thorax, donc ne pas faire circuler le sang ;
  • laisser le cerveau sans oxygène pendant un temps critique.

C’est dans ce sens que le professeur Böttiger met en garde : dans des situations où chaque seconde compte, ce geste largement enseigné peut, selon lui, devenir « souvent mortel » s’il remplace le massage cardiaque lorsqu’un arrêt est en réalité en cours.

Le message du professeur Böttiger : en cas de doute, masser le cœur

Dans son entretien avec shz.de, le spécialiste de la réanimation défend une règle simple destinée aux non-médecins : lorsque la victime ne réagit pas et ne respire pas normalement, il faut agir immédiatement comme s’il s’agissait d’un arrêt cardiaque.

Pour Bernd Böttiger, tout témoin devrait déclencher les secours, s’assurer que la personne ne respire plus normalement, puis commencer sans attendre le massage cardiaque.

Son raisonnement repose sur deux points :

  • Un massage cardiaque débuté à tort chez une personne qui n’est finalement pas en arrêt a peu de conséquences graves, surtout sur une courte durée.
  • À l’inverse, ne pas masser une personne réellement en arrêt cardiaque conduit très rapidement à un pronostic fatal.

Le professeur insiste donc sur la priorité absolue : alerter les services de secours, mettre le téléphone sur haut-parleur, puis réaliser des compressions thoraciques rythmées au centre de la poitrine. Le but est de maintenir au minimum une circulation de sang vers le cerveau en attendant l’arrivée d’un défibrillateur et d’une équipe médicalisée.

La PLS reste utile… mais pas dans les cas suspects d’arrêt cardiaque

L’urgentiste ne remet pas en cause toute utilisation de la position latérale de sécurité. Celle-ci reste indiquée, rappelle-t-il, chez une personne inconsciente qui respire normalement et qui ne présente pas de signes d’arrêt cardiaque.

Son message vise plutôt à corriger un automatisme : des témoins qui, par peur de « mal faire », préfèrent placer en PLS une personne dont la respiration est déjà gravement altérée, au lieu d’oser commencer un massage cardiaque.

La peur de mal faire conduit souvent les témoins à ne rien faire ou à faire le mauvais geste.

Pour ce médecin allemand, l’enjeu est de simplifier les réflexes : si la victime ne réagit pas et ne respire pas normalement, le bon choix n’est plus la PLS, mais le massage cardiaque.

Les écoles au cœur du dispositif de formation en Allemagne

Le professeur Böttiger met aussi l’accent, dans l’article de shz.de, sur le rôle des établissements scolaires. Il plaide pour que les enfants et les adolescents apprennent très tôt les réflexes de base en cas d’arrêt cardiaque, y compris la manière d’alerter les secours et la technique du massage.

L’idée est simple : une population mieux formée augmente mécaniquement les chances qu’un témoin ose intervenir. En Allemagne, ce débat fait écho à plusieurs campagnes nationales de sensibilisation à la réanimation cardio-pulmonaire, souvent menées avec des associations de secours comme la Croix-Rouge allemande.

Le spécialiste estime que l’école doit devenir un lieu central d’apprentissage de ces gestes, au même titre que la prévention routière ou les risques domestiques. Les jeunes peuvent ensuite transmettre ces connaissances à leur famille et contribuer à faire évoluer les réflexes collectifs.

Ce que cela change pour un lecteur en France

Le débat soulevé en Allemagne par le professeur Böttiger trouve un écho direct en France. L’organisation des secours diffère, mais la logique médicale reste la même : en cas d’arrêt cardiaque, l’action du témoin dans les premières minutes reste déterminante.

En France, la formation de base au secourisme (type PSC1) enseigne aussi la distinction entre :

  • une personne inconsciente qui respire normalement, à placer en position latérale de sécurité ;
  • une personne inconsciente qui ne respire pas ou respire de façon anormale, pour laquelle il faut débuter un massage cardiaque et utiliser un défibrillateur automatisé externe si disponible.

Les recommandations officielles rejoignent donc en grande partie le message du médecin allemand. La difficulté reste l’application par le grand public, qui hésite souvent, redoute de faire mal ou surestime la « sécurité » de la PLS.

En France comme en Allemagne, le principal obstacle n’est pas le manque de règles, mais la peur d’intervenir.

Les autorités sanitaires françaises et les associations agréées de sécurité civile rappellent depuis plusieurs années les mêmes priorités : alerter, masser, défibriller. Les campagnes menées lors des Journées nationales des premiers secours ou autour des défibrillateurs publics vont dans ce sens, avec l’objectif de banaliser la réanimation cardio-pulmonaire auprès du grand public.

La place de l’école en France dans l’apprentissage des gestes de secours

En France, des séances d’initiation aux gestes qui sauvent sont prévues à l’école et au collège, notamment sous forme d’exercices pratiques simplifiés. Plusieurs programmes visent à rendre obligatoires, durant la scolarité, une sensibilisation à l’arrêt cardiaque et à l’usage du défibrillateur.

Ces dispositifs se rapprochent des demandes formulées en Allemagne par le professeur Böttiger : former systématiquement les élèves à reconnaître un arrêt cardiaque, alerter le 15 ou le 112, débuter un massage et, si possible, utiliser un défibrillateur automatique externe, autorisé pour tout citoyen.

Reconnaître un arrêt cardiaque : quelques repères concrets

Le questionnement posé par le spécialiste allemand renvoie à une difficulté très concrète pour les témoins : savoir quand basculer d’une simple mise en sécurité à une véritable réanimation.

Sans entrer dans une démarche de formation complète, certains repères, cohérents avec les recommandations actuelles, aident à comprendre les enjeux :

Situation observée Geste le plus adapté
Personne inconsciente, qui respire normalement Position latérale de sécurité, surveillance régulière
Personne inconsciente, qui ne respire pas ou mal, respiration haletante ou très lente Alerte immédiate des secours, massage cardiaque, défibrillateur si disponible
Doute sur la qualité de la respiration, aucune réaction aux stimulations Considérer une possible urgence cardiaque et débuter le massage après appel aux secours

Le message porté par Bernd Böttiger va clairement dans ce sens : dans les situations floues, le risque de ne pas masser une personne réellement en arrêt cardiaque est bien plus grave que celui de débuter un massage sur quelqu’un qui n’en avait finalement pas besoin.

Un débat qui interroge nos réflexes face à quelqu’un qui s’effondre

L’alerte du médecin allemand ne concerne pas uniquement les écoles ou les organismes de secours. Elle vise aussi chacun, en tant que témoin potentiel, dans un lieu public, au travail, dans les transports ou à domicile.

Pour un lecteur français, l’entretien publié par shz.de rappelle qu’un arrêt cardiaque survient souvent sans prévenir, y compris chez des personnes apparemment en bonne santé. Les premiers gestes ne relèvent pas seulement des médecins ou des pompiers, mais bien des personnes présentes dans les toutes premières minutes.

La mise en PLS ne suffit pas lorsque le cœur s’est arrêté : le massage cardiaque reste le geste qui peut faire la différence.

Se former, même une fois, au cours d’une session de secourisme, facilite ensuite la prise de décision en situation réelle. Le débat ouvert en Allemagne autour des propos du professeur Böttiger vient rappeler l’enjeu : limiter le réflexe de « se rassurer » avec une PLS lorsque la respiration est déjà gravement compromise, et oser, chaque fois que nécessaire, commencer à masser le cœur.

Questions fréquentes

Pourquoi la position latérale de sécurité est-elle dangereuse en cas d'arrêt cardiaque ?

Placer quelqu'un en position latérale de sécurité fait perdre des secondes précieuses avant de débuter le massage cardiaque et ne permet pas de comprimer le thorax pour faire circuler le sang vers le cerveau. Chaque seconde de retard réduit les chances de survie face à l'arrêt cardiaque.

Comment distinguer une personne simplement inconsciente d'une personne en arrêt cardiaque ?

Une personne simplement inconsciente respire normalement, tandis qu'une personne en arrêt cardiaque ne respire pas ou respire de façon très anormale et haletante. Si la respiration est absente ou gravement altérée, il faut supposer un arrêt cardiaque et commencer le massage.

Peut-on faire du mal en massant quelqu'un qui n'est pas réellement en arrêt cardiaque ?

Un massage cardiaque débuté à tort chez une personne qui n'est finalement pas en arrêt a peu de conséquences graves, surtout sur une courte durée. En cas de doute, il est donc préférable de masser plutôt que de ne rien faire.

Quel rôle jouent les écoles dans la formation aux gestes de premiers secours ?

Le professeur Böttiger plaide pour que les enfants et adolescents apprennent très tôt les réflexes de base en cas d'arrêt cardiaque, y compris comment alerter les secours et pratiquer le massage. Une population mieux formée augmente les chances qu'un témoin intervienne efficacement.

Les recommandations en France sont-elles différentes de celles préconisées par le professeur Böttiger ?

Non, les recommandations officielles françaises rejoignent en grande partie le message du médecin allemand. La formation PSC1 française enseigne aussi à faire le massage cardiaque en cas de respiration anormale ou absente, plutôt que la position latérale de sécurité.

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