En pleine saison de grippe, des spécialistes alertent : une surface clé de la pharmacie concentre un maximum de microbes et reste rarement désinfectée.
À l’occasion d’un article du média en ligne américain HuffPost, des microbiologistes et médecins décrivent comment une visite banale à la pharmacie, aux États‑Unis comme en France, peut devenir un véritable piège à virus si certains gestes simples ne sont pas respectés.
La pharmacie, un foyer de virus sous-estimé
Les températures baissent, les rhumes se multiplient et les files d’attente s’allongent au comptoir des pharmacies. Ce que rappellent les experts cités par HuffPost, c’est que ce lieu, associé aux soins et à la santé, concentre en réalité un public très spécifique : des personnes malades, ou en contact rapproché avec des malades.
La gastro-entérologue américaine Supriya Rao, du cabinet Integrated Gastroenterology Consultants, résume la situation ainsi : la majorité des personnes qui viennent récupérer des ordonnances sont déjà malades ou vivent avec quelqu’un qui l’est. Leurs mains sont donc plus susceptibles de porter virus et bactéries, qui se déposent sur les objets manipulés.
Pour le microbiologiste Jason Tetro, surnommé « The Germ Guy » dans la presse anglo-saxonne, le problème vient de la façon dont on perçoit encore la pharmacie. Beaucoup la voient comme un simple magasin, non comme un établissement de santé où la proportion de personnes contagieuses est nettement plus élevée que dans une boutique classique.
En pharmacie, la probabilité de croiser un virus respiratoire est plus forte qu’au supermarché, car une grande partie des clients viennent justement pour se soigner.
Autrement dit, chaque objet partagé devient un point de passage potentiel pour les agents infectieux, surtout en automne-hiver, période de circulation intense des virus de la grippe, du rhume et du Covid.
La surface la plus contaminée : l’écran tactile que tout le monde touche
Parmi les nombreuses surfaces de la pharmacie, les spécialistes interrogés par HuffPost identifient un coupable majeur : les écrans tactiles partagés. Il peut s’agir :
- des bornes de connexion ou d’enregistrement à l’accueil,
- des écrans tactiles de paiement,
- des écrans de bornes de mesure de la tension artérielle en libre-service.
Ces équipements ont un point commun : ils sont utilisés successivement par de nombreuses personnes, souvent malades, sans désinfection systématique entre chaque passage. Jason Tetro souligne que le simple fait d’effleurer une surface suffit à transférer une partie des microbes présents.
Supriya Rao cite en priorité trois grandes familles de surfaces problématiques dans une pharmacie : les poignées de porte, les écrans de connexion et les terminaux de paiement. Mais l’exemple le plus parlant, selon Tetro, reste la borne de prise de tension, où l’on pose ses doigts sur un écran ou un bouton que d’autres ont utilisé juste avant, parfois en toussant ou en se mouchant.
Vous faites votre tension aujourd’hui, vous touchez l’écran, et le lendemain vous avez le nez qui coule : le trajet des microbes est tout trouvé.
Les analyses mises en avant par le microbiologiste évoquent une présence possible de bactéries fécales, de virus du rhume, de virus responsables du Covid et de rhinovirus, connus pour survivre assez longtemps sur les surfaces. Dans un environnement fermé, fréquenté sans arrêt, ces germes trouvent des conditions idéales pour se transmettre d’une main à l’autre.
Pourquoi le gel hydroalcoolique fait une vraie différence
Face à ce risque, les experts interrogés par HuffPost recommandent un geste simple : se désinfecter les mains immédiatement après avoir touché ces écrans, terminaux ou poignées, si l’on ne peut pas les éviter.
Le scénario idéal, rappelle Supriya Rao, reste le lavage des mains à l’eau et au savon, qui permet d’éliminer un large spectre de microbes, y compris certains moins sensibles au gel hydroalcoolique. Mais lors d’un passage rapide à la pharmacie, l’accès à un lavabo n’est pas toujours possible.
Dans ce cas, le gel hydroalcoolique reste le meilleur allié. Rao conseille de l’utiliser dès que l’on termine une interaction avec une surface partagée, que ce soit une borne tactile, un clavier de carte bancaire ou une rampe d’escalier. À la maison, un lavage de mains complet en arrivant ajoute une seconde barrière protectrice.
Comment bien utiliser le gel pour qu’il soit vraiment efficace
Jason Tetro insiste sur un point souvent négligé : la façon de se frictionner les mains. Beaucoup de personnes en mettent trop peu ou s’arrêtent de frotter trop tôt.
Pour bénéficier d’une vraie protection, les mains doivent être entièrement mouillées par le gel et frictionnées pendant environ 15 secondes.
Il recommande l’équivalent d’une pièce de monnaie de taille moyenne (un « rond » de produit qui recouvre la paume) puis un massage soigneux de toutes les zones : paumes, dos des mains, entre les doigts, autour des ongles. Quinze secondes suffisent, selon lui, à réduire fortement le risque lié à la plupart des virus respiratoires courants.
Ce que cela implique pour vos passages en pharmacie en France
Les situations décrites par HuffPost concernent les pharmacies américaines, mais les mécanismes restent les mêmes en France. Les officines françaises disposent elles aussi :
- de terminaux de paiement à écran tactile ou clavier partagé,
- de poignées de porte, rampes et comptoirs manipulés en continu,
- parfois de bornes de prise de tension ou d’appareils connectés en libre-service.
Le cadre réglementaire français prévoit un nettoyage régulier des surfaces dans les pharmacies, mais ce nettoyage ne peut pas intervenir après chaque client. Les écrans de paiement, notamment, restent manipulés plusieurs dizaines de fois par heure. En période de grippe ou d’épidémie de bronchiolite et de Covid, l’affluence et la présence de malades augmentent encore.
Pour un lecteur français, les recommandations formulées par les spécialistes américains se transposent donc très directement :
Ces gestes complètent les recommandations des autorités de santé françaises, qui insistent déjà sur l’hygiène des mains pour limiter la grippe et le Covid : le passage à la pharmacie devient ainsi un moment stratégique où les appliquer avec rigueur.
D’autres surfaces du quotidien à ne pas négliger
Si l’article de HuffPost se concentre sur la pharmacie, les principes évoqués concernent beaucoup d’autres lieux fréquentés. Les écrans tactiles et terminaux partagés se trouvent désormais partout : bornes de billets de train, automates de restauration rapide, distributeurs bancaires, caisses automatiques de supermarché.
Plus une surface est touchée par des inconnus, plus elle a de chances d’héberger des microbes variés, surtout en période d’épidémie respiratoire.
En pratique, ce sont les mêmes réflexes qui limitent le risque :
- garder un gel hydroalcoolique accessible (sac, poche de manteau, voiture),
- l’utiliser juste après avoir manipulé un écran ou un clavier partagé,
- éviter de se frotter les yeux ou de manger avec les mains avant de les avoir nettoyées,
- privilégier le lavage au savon dès que possible, notamment après un trajet en transports en commun ou une longue séance de courses.
Pourquoi des microbes « fécaux » se retrouvent sur des écrans de pharmacie
Les experts cités par HuffPost évoquent la présence possible de bactéries d’origine fécale sur les surfaces publiques. Cela tient à un phénomène bien documenté : une partie de la population ne se lave pas toujours correctement les mains après un passage aux toilettes, ou le fait trop rapidement.
Ces bactéries se transmettent ensuite à tout ce qui est touché : poignées, portables, sacs, écrans tactiles. Dans un lieu où le flux de personnes est élevé comme une pharmacie, ces transferts se multiplient. Loin d’être anecdotique, ce type de contamination rappelle que l’hygiène des mains protège non seulement des virus respiratoires, mais aussi d’infections digestives.
L’effet cumulatif joue à plein : entre l’arrivée à la pharmacie, la manipulation de la porte, du comptoir, de l’écran de paiement puis du téléphone au moment de ranger la carte, les mains peuvent accumuler en quelques minutes une véritable « collection » de microbes. Chaque friction au gel ou lavage fait baisser cette charge microbienne et réduit la probabilité que l’un de ces organismes trouve une porte d’entrée dans l’organisme.
Adopter ces gestes ne garantit pas de traverser l’hiver sans rhume ni grippe, mais les spécialistes interrogés par HuffPost s’accordent sur un point : limiter l’exposition aux surfaces les plus contaminées, à commencer par les écrans tactiles de pharmacie, et se désinfecter systématiquement les mains après les avoir utilisés, réduit nettement les risques de tomber malade en pleine saison virale.








