The Crew Motorfest a beau assumer son ADN d'arcade, la question du volant revient sans cesse chez les joueurs qui possèdent déjà une base de sim-racing : sortir le matériel, prendre le temps de le configurer et peaufiner ses réglages en vaut-il vraiment la peine pour ce titre ? La réponse honnête est nuancée. Motorfest n'est pas une simulation, et personne ne devrait l'aborder en attendant la précision d'iRacing ou d'Assetto Corsa Competizione. Mais bien réglé, un volant transforme malgré tout l'expérience, notamment sur les épreuves les plus exigeantes. Ce guide fait le tour de la compatibilité, du type de matériel adapté, des réglages qui comptent vraiment et du profil de joueur pour qui l'investissement a du sens.
Motorfest et le volant : quelles attentes ?
Avant de parler réglages, il faut poser le cadre. The Crew Motorfest appartient à la famille des jeux de conduite arcade en monde ouvert. Sa physique privilégie l'accessibilité, la sensation de vitesse et le fun immédiat plutôt que la restitution fidèle du comportement d'un châssis réel. Concrètement, cela signifie que le retour de force (le force feedback) y est plus simulé et scénarisé que dans un vrai simulateur : le jeu construit des sensations pour vous divertir, il ne calcule pas un modèle de pneu au grip millimétré comme le ferait rFactor ou Gran Turismo dans ses classes les plus pointues.
La conséquence pratique : ne cherchez pas dans Motorfest la finesse d'information qui vous permet de sentir le décrochage du train arrière au degré près. En revanche, le volant apporte deux choses réelles et appréciables : une précision de dosage nettement supérieure à la manette dans le braquage, et une immersion plus forte, surtout sur les disciplines proches de la route et du circuit. C'est cet équilibre qu'il faut garder en tête pour décider si le jeu mérite vos réglages.
La compatibilité, le vrai premier filtre
Le point le plus décevant historiquement dans la franchise The Crew, c'est le support volant. Avant d'investir du temps, vérifiez impérativement que votre matériel est reconnu sur votre plateforme (PC, PlayStation ou Xbox), car le comportement varie fortement d'un écosystème à l'autre. Deux réflexes s'imposent :
- Contrôler la liste officielle de compatibilité sur le site de l'éditeur et celui du fabricant de votre volant avant tout achat ou toute longue session de configuration.
- Mettre à jour le firmware de la base et le pilote côté PC : une grande partie des problèmes de reconnaissance ou de retour de force absent vient d'un firmware ancien.
Les grandes marques du secteur (Logitech, Thrustmaster, Fanatec, MOZA) couvrent généralement les usages courants, mais la qualité d'intégration dans un titre arcade console reste inégale et peut évoluer d'un patch à l'autre. Ne considérez jamais la compatibilité comme acquise : testez d'abord avec le matériel que vous possédez déjà avant d'envisager quoi que ce soit de plus ambitieux.
Quel type de volant pour Motorfest ?
Comme le jeu n'exploite pas un force feedback de simulation, la hiérarchie habituelle du sim-racing se lisse en partie. Voici les grandes familles technologiques, décrites factuellement, pour situer ce dont vous avez réellement besoin.
Les bases à engrenages
Ce sont les modèles d'entrée de gamme les plus répandus. Le retour de force est transmis par un système d'engrenages, ce qui produit des sensations un peu mécaniques mais parfaitement suffisantes pour un titre arcade. Pour découvrir Motorfest au volant sans se ruiner, c'est un point de départ cohérent.
Les bases à courroie
Positionnées en milieu de gamme, elles utilisent des courroies (parfois combinées à des engrenages) pour un retour plus doux et plus fluide, avec moins de à-coups. Sur un jeu qui scénarise ses effets, la différence de confort est perceptible sans qu'il soit nécessaire de monter plus haut.
Le Direct Drive
Ici, le volant est fixé directement sur l'axe du moteur, sans intermédiaire mécanique. Cette technologie, aujourd'hui déclinée jusque dans des modèles plus abordables qu'auparavant, offre le retour de force le plus précis et le plus détaillé du marché. Pour de la vraie simulation, c'est la référence. Pour Motorfest en revanche, une base Direct Drive fonctionnera très bien mais restera largement sous-exploitée : vous ne profiterez pas de la finesse d'information qui justifie son prix. Si vous en possédez déjà une pour d'autres simulateurs, tant mieux ; l'acheter spécifiquement pour ce jeu n'aurait aucun sens.
Le pédalier et la question du load cell
Le détail le plus sous-estimé, c'est le pédalier. Un frein à cellule de charge (load cell) mesure la pression exercée plutôt que la course de la pédale, ce qui permet un freinage bien plus régulier et répétable. Même sur un jeu arcade, un bon pédalier améliore davantage votre pilotage qu'un volant plus cher, car c'est le freinage qui structure vos trajectoires.
Les réglages qui changent vraiment quelque chose
Une fois le matériel reconnu, quelques paramètres méritent votre attention. L'objectif n'est pas de recréer une simulation, mais d'obtenir un volant lisible, sans à-coups parasites et sans effet cotonneux.
- L'angle de braquage (degrés de rotation) : réglez la rotation de votre base en cohérence avec ce que le jeu attend. Un angle trop grand rend les voitures paresseuses en conduite dynamique, un angle trop faible les rend nerveuses. Cherchez le compromis qui correspond au style arcade.
- La force globale du retour : montez-la jusqu'à sentir clairement les appuis et les transferts de charge, mais sans atteindre l'écrêtage (clipping), ce moment où la base sature et où toute l'information se transforme en un mur de résistance uniforme.
- L'amortissement et le lissage (damping, smoothing) : sur un titre arcade, un léger lissage aide à gommer les vibrations artificielles sans tuer le ressenti. À doser finement.
- La zone morte (deadzone) : idéalement nulle ou minimale pour conserver de la précision au point milieu, sauf si votre volant a du jeu mécanique.
- La sensibilité et la linéarité : gardez une réponse linéaire pour que le dosage reste prévisible, plutôt que de forcer une courbe agressive.
Procédez toujours un paramètre à la fois, sur une même épreuve de référence, pour isoler l'effet de chaque changement. C'est la seule méthode fiable pour converger vers un ressenti qui vous convient.
Pour qui l'investissement en vaut la peine
Tout dépend de votre point de départ. Si vous possédez déjà un volant pour vos simulateurs, le sortir pour Motorfest est un geste gratuit qui améliore l'immersion : aucune raison de s'en priver. Si vous hésitez à acheter du matériel uniquement pour ce jeu, soyez lucide : Motorfest ne récompensera pas une base haut de gamme comme le ferait un vrai simulateur, et la manette y reste redoutablement efficace et parfois même plus rapide pour la conduite la plus arcade. Le volant se justifie surtout si vous privilégiez le plaisir de conduite et l'immersion aux chronos purs, et si vous comptez aussi jouer à des simulations plus exigeantes.
En bref
The Crew Motorfest reste un jeu arcade : son retour de force est scénarisé, pas simulé, et il ne tirera pas parti de la finesse d'un matériel de pointe. Un volant y apporte néanmoins un vrai gain de dosage et d'immersion, à condition de vérifier la compatibilité avant tout, de privilégier un bon pédalier autant qu'une belle base, et de régler méthodiquement force, angle de braquage et lissage pour éviter l'écrêtage. Verdict : si vous avez déjà le matériel, foncez ; s'il s'agit d'acheter exprès pour ce titre, réservez plutôt votre budget à un ensemble qui servira aussi vos vraies simulations.
































