Au pays de Galles, une ancienne mine d’ardoise s’est transformée en gouffre à ciel ouvert, rempli de carcasses de voitures et de déchets.
Au cœur des montagnes du pays de Galles, une cavité vertigineuse attire depuis quelques années photographes, amateurs de friches et vidéastes. Ce lieu, surnommé la « Caverne des âmes perdues », abrite des centaines de véhicules jetés là dans les années 1960, raconte le site spécialisé Motorpasión en reprenant des images publiées par le Daily Mail.
Une ancienne mine d’ardoise devenue gouffre à voitures
La « Caverne des âmes perdues » se trouve sous une montagne du Ceredigion, au pays de Galles, sur le site de l’ancienne mine de pizarra de Gaewern, une grande exploitation d’ardoise ouverte vers 1820. Après environ 124 ans d’activité, le site a été progressivement abandonné dans les années 1960-1970.
Dans cette région, l’ardoise a façonné le paysage comme l’économie locale. Des galeries souterraines et quelques travaux à ciel ouvert ont creusé la montagne. L’une de ces cavités, profonde d’environ 30 mètres, a fini par devenir une sorte d’entonnoir naturel.
Au fond de ce gouffre de 30 mètres, des centaines de voitures des années 1960 à 1980 s’entassent, mêlées à des appareils électroménagers et de la ferraille.
Les habitants de Corris Uchaf, un petit village situé au sud du parc national de Snowdonia, dans le comté de Gwynedd, auraient trouvé là, à l’époque, une solution simple pour se débarrasser de véhicules en fin de vie, d’anciens réfrigérateurs, de machines à laver et de déchets divers.
Une décharge sauvage née dans les années 1960
À partir des années 1960, alors que la mine cessait son activité, la cavité a été utilisée comme décharge sauvage. Faute de réglementation stricte et de prise de conscience environnementale, le gouffre s’est rempli d’épaves au fil du temps.
- Voitures des années 1960 et 1970, parfois encore reconnaissables à leurs lignes;
- Utilitaires légers et carcasses déjà réduites à l’état de ferraille tordue;
- Appareils électroménagers volumineux, difficiles à éliminer autrement à l’époque;
- Pneus, morceaux de métal et déchets divers autour de l’entrée de la cavité.
Les plaques d’immatriculation visibles sur certaines voitures remontent à 40 ou 50 ans. La plupart des véhicules semblent avoir été jetés sur une longue période, jusqu’à ce que le gouffre soit saturé.
Les vastes carrières d’ardoise qui entourent Corris Uchaf sont aujourd’hui classées au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2021. Mais cette reconnaissance ne s’est pas encore traduite par une remise en état de la caverne. Selon Motorpasión, les autorités britanniques n’ont pas engagé de programme de dépollution ou de sécurisation du site.
Un spot à sensations pour photographes et youtubeurs
La « Caverne des âmes perdues » est restée méconnue pendant des décennies. Ce n’est que récemment que des explorateurs amateurs et des vidéastes l’ont popularisée en diffusant des images saisissantes sur les réseaux sociaux.
Le Daily Mail a publié des clichés réalisés par l’explorateur Gareth Owen. On y voit un puits béant, aux parois d’ardoise tranchantes, baigné par une lumière naturelle qui tombe sur un amoncellement de carrosseries rouillées. Le contraste entre la beauté minérale et le chaos métallique contribue à l’aura quasi fantastique du lieu.
Les jeux de lumière sur les parois d’ardoise et les reflets sur les tôles oxydées donnent au site un aspect presque irréel, malgré la pollution évidente.
Ce décor spectaculaire a fait le tour des réseaux sociaux. L’endroit est devenu un « spot » prisé par les amateurs de lieux abandonnés, certains youtubeurs n’hésitant pas à se filmer au bord du vide ou au milieu des épaves.
Une visite dangereuse et un environnement toxique
Les personnes qui se sont rendues sur place décrivent pourtant un site loin d’être anodin. L’accès, rendu glissant par l’humidité et les débris, est instable. Des pierres d’ardoise se détachent régulièrement des parois. La profondeur du gouffre et l’absence d’aménagement de sécurité augmentent les risques de chute.
À cela s’ajoute la question sanitaire. Les vieux carburants, huiles, plastiques et peintures présents sur les carcasses, combinés à l’absence de ventilation contrôlée, créent un environnement potentiellement toxique. L’eau stagnante qui peut s’accumuler dans la cavité est susceptible de se charger en polluants.
Malgré ce contexte, aucun dispositif officiel de balisage ou d’interdiction clairement visible n’est mentionné par Motorpasión. L’état des lieux reste « catastrophique et délaissé », selon le site espagnol.
Les réseaux sociaux, moteur d’un afflux de visiteurs
L’effet viral des images a eu une conséquence paradoxale. D’un côté, la « Caverne des âmes perdues » est devenue un symbole frappant de la pollution et des erreurs du passé. De l’autre, la notoriété du lieu a encouragé un afflux de curieux, aggravant encore la dégradation du site.
La médiatisation sur les réseaux sociaux a créé un effet d’appel, avec une surfréquentation qui accentue l’impact destructeur autour de la caverne.
Les abords de l’entrée sont à leur tour couverts de pneus et de détritus récents, laissés par certains visiteurs. Ce phénomène, observé sur d’autres friches industrielles médiatisées, met en évidence les limites d’un tourisme des lieux abandonnés lorsqu’il n’est pas encadré.
Ce que ce cas gallois rappelle aux Français
En France, les décharges sauvages restent un sujet de préoccupation, même si la situation n’a rien de comparable avec un gouffre rempli de voitures comme à Gaewern. Les règles encadrant la fin de vie des véhicules sont désormais strictes.
Un véhicule hors d’usage doit être remis à un centre agréé pour la destruction. Ces centres, équivalents des sites de dépollution officiels, ont l’obligation de retirer les fluides, les pièces dangereuses et de valoriser une part des matériaux. Déposer sa voiture dans un terrain vague ou en bord de route est interdit et peut donner lieu à des sanctions.
| Pays | Type de site | Gestion des véhicules en fin de vie |
|---|---|---|
| Pays de Galles | Ancienne mine d’ardoise utilisée comme décharge sauvage | Épaves jetées dans un gouffre dans les années 1960, sans dépollution ni suivi |
| France | Centres agréés de traitement des véhicules hors d’usage | Procédure encadrée, dépollution obligatoire, sanctions en cas d’abandon illégal |
Les anciennes carrières et mines françaises, qu’il s’agisse de sites de charbon, de métaux ou d’ardoise, font elles aussi l’objet d’un suivi. Certaines sont sécurisées et interdites au public, d’autres ont été reconverties en circuits de visite, musées ou sites de loisirs. L’usage comme décharge sauvage reste illégal.
Pollution durable et risques liés aux épaves enfouies
Le cas gallois illustre la persistance environnementale de ce type de pollution. Les carrosseries finissent par se corroder, mais les huiles, liquides de frein, batteries, plastiques et mousses restent longtemps dans le milieu naturel. Certains composants des anciennes peintures ou des revêtements intérieurs peuvent contenir des substances toxiques.
Pour un lecteur français, cette histoire rappelle plusieurs enjeux concrets :
- les difficultés techniques et financières de dépolluer un site inaccessible, surtout lorsqu’il est profond et instable;
- l’impact à long terme des pratiques tolérées ou négligées il y a plusieurs décennies;
- le rôle ambivalent des réseaux sociaux, capables à la fois de sensibiliser et d’aggraver les dégradations.
La « Caverne des âmes perdues » sert aujourd’hui d’exemple spectaculaire aux défenseurs de l’environnement pour illustrer ce qu’un manque de contrôle peut engendrer. Les images qui circulent en ligne, même si elles fascinent, montrent aussi la réalité brute d’une montagne transformée en poubelle.
Pour les passionnés de friches industrielles, ce type de site rappelle la nécessité de prendre des précautions : ne pas s’y rendre sans autorisation, se renseigner sur la stabilité des lieux, et éviter tout comportement susceptible d’aggraver la pollution ou de mettre d’autres visiteurs en danger.








