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« Je pensais déjà à la prochaine balade au lieu de profiter de celle-ci » : après huit ans à rouler chaque week-end, ce motard a choisi de lever le pied

Après huit ans à rouler presque chaque week-end, ce motard décide de ralentir : « Je me suis rendu compte que je cherchais toujours la prochaine balade au lieu de profiter de celle-ci »

Le bruit sourd du bicylindre remplissait encore le garage quand Julien a coupé le contact.

Il a laissé son casque sur le guidon, comme d’habitude, mais n’a pas descendu la fermeture de son blouson. La moto brillait, prête pour une nouvelle virée, et pourtant quelque chose clochait. Il n’avait pas ce petit frisson qu’il ressentait avant, ce mélange de liberté et d’impatience qui lui faisait se lever tôt le dimanche. À la place, une fatigue floue, un genre de lassitude qu’il n’osait pas nommer.

Huit ans qu’il roulait presque chaque week-end. Huit ans à scruter la météo le jeudi soir, à rafraîchir les groupes Facebook de motards, à chercher « la » bonne route. Ce soir-là, devant sa machine silencieuse, il a eu une pensée brutale : *« Je cherche déjà la prochaine balade alors que je ne savoure même plus celle que je viens de faire. »* Il a posé ses gants, s’est assis sur une caisse à outils, et s’est surpris à se demander : est-ce qu’il faut parfois lever la main du guidon pour mieux retrouver le plaisir de rouler ?

Quand rouler tous les week-ends devient une habitude… presque comme une obligation

Julien aime dire qu’il est « tombé dans la moto » à 30 ans. Au début, chaque sortie avait un goût de première fois. Il se souvenait de tout : l’odeur de l’essence le matin, la fraîcheur qui pique le cou, la main crispée sur l’embrayage au premier rond-point. Puis les virées se sont multipliées. Au bout de quelques années, ses amis plaisantaient : « Si on veut le voir, faudra acheter une moto. » La passion était devenue un rythme. Presque un calendrier parallèle.

Petit à petit, la moto a rempli tous ses week-ends. Samedi avec le groupe du coin, dimanche avec un cousin, lundi à déjà regarder les roadbooks improvisés pour le prochain tour. Les rares dimanches sans roulage lui semblaient « gâchés ». Il se surprenait à culpabiliser quand il restait à la maison, comme s’il trahissait quelque chose. Nous connaissons tous ce moment où un loisir prend tellement de place qu’on ne sait plus si on le choisit encore vraiment.

Un jour, en pleine balade dans le Vercors, il a capté l’absurdité de la situation. Les lacets se succédaient, magnifiques, la vallée s’ouvrait sur la droite, la lumière d’automne faisait briller les falaises. Lui, dans son casque, pensait déjà : « Après ici, faudra qu’on teste telle route dans le Jura, on m’en a parlé. » Il enchaînait les virages comme on enchaîne des épisodes de série. Sans vraiment se souvenir du précédent, en attendant déjà le suivant. La moto lui donnait toujours des sensations, mais elles glissaient. Elles n’avaient plus le temps d’exister.

Cette fuite en avant est assez logique. Quand on découvre la moto, tout est rare, tout est précieux. On se souvient de la première chute à l’arrêt, du premier col, de la première fois où la pluie vous surprend sans surpantalon. Avec l’habitude, le cerveau s’adapte. Il a besoin de plus, plus loin, plus vite, plus souvent. Alors on ajoute des routes, des kilomètres, des groupes WhatsApp. *On finit par rouler comme on scrolle sur son téléphone*. On ne regarde plus le paysage, on le consomme.

Ralentir sans tout arrêter : retrouver le goût de chaque virage

Un soir, Julien a fait quelque chose qu’il n’avait pas fait depuis des années : ouvrir son agenda et barrer volontairement deux week-ends de roulage. Pas parce qu’il était pris, pas parce qu’il pleuvait, mais pour souffler. Il s’est fixé une règle simple : une sortie moto toutes les deux ou trois semaines, pas plus. L’idée n’était pas de renoncer, juste de créer du manque. Redonner l’envie avant le départ. Laisser la route redevenir un événement, pas une routine.

Le premier dimanche « sans moto » a été étrange. Il tournait un peu en rond. Il regardait la météo, par réflexe. Il passait devant le garage plus souvent que d’habitude. Puis il a pris un café avec des amis non motards, qu’il n’avait pas vus depuis des mois. Ils ont parlé de tout, sauf de cylindrée. Le soir, il s’est surpris à penser : « Ça m’avait manqué. » Soyons honnêtes : personne ne fait vraiment cela tous les jours, remettre à plat une passion. Laisser de l’espace fait peur, mais c’est souvent là que les choses retrouvent leur vraie couleur.

Une erreur fréquente chez beaucoup de motards, c’est de croire que ralentir veut dire « ne plus être vraiment passionné ». Comme si la quantité de sorties était une preuve d’engagement. On connaît tous ce gars qui arrive en terrasse en annonçant fier : « 15 000 bornes cette année ! » On ne lui demande jamais : « Et lesquelles tu as vraiment aimées ? Lesquelles tu pourrais raconter les yeux fermés ? » *Ralentir ne retire rien au plaisir, ça enlève juste le bruit autour.* Et ce bruit, parfois, c’est nous qui le créons en nous mettant une pression invisible.

Julien a commencé à parler de son choix autour de lui, et les réactions ont été révélatrices.

« Je me suis rendu compte que je cherchais toujours la prochaine balade au lieu de profiter de celle-ci. Quand tu passes la moitié de ta sortie à penser à la suivante, tu n’es plus vraiment sur la route. Tu es juste en train de cocher des cases. »

Pour éviter ça, il a posé quelques repères, simples mais efficaces :

  • Choisir **une seule** grande sortie par mois et la préparer un minimum, sans en rajouter d’autres « au cas où ».
  • Garder un week-end totalement libre, sans moto ni engagement, juste pour voir ce qui vient.
  • Rouler parfois seul, parfois à deux ou trois, au lieu de rejoindre systématiquement les gros groupes.
  • Laisser le téléphone au fond du sac, sans chercher à tout filmer ou poster.
  • Se poser la question *« Qu’est-ce que j’ai vraiment ressenti aujourd’hui ? »* en rentrant, avant d’ouvrir les applis.

Des gestes presque banals, mais qui changent la façon de vivre chaque virage. La passion reste la même, elle respire juste un peu mieux.

Quand ralentir sur la moto aide à freiner aussi dans le reste de la vie

Avec le recul, Julien s’est rendu compte que le problème n’était pas seulement la fréquence des sorties. C’était un rythme global. Il courait tout le temps : au travail, dans ses mails, sur les réseaux, sur la route. La moto n’était plus un espace de respiration, c’était un chapitre de plus dans le même livre de la vitesse. En choisissant de lever un peu le pied, il a ouvert une brèche inattendue : et si la moto redevenait ce qu’elle était au début, un temps à part, presque hors du temps ?

Les premiers changements ont été discrets. Il s’est mis à partir plus tard le matin, au lieu de vouloir « optimiser la journée ». Il a accepté l’idée de s’arrêter dans un petit village juste pour un café, sans se dire qu’il « perdait du temps ». Il a même pris l’habitude de faire un tronçon de route plus lent, moins spectaculaire, juste parce que le paysage l’apaisait. *Rien de spectaculaire, rien de très instagrammable. Juste de la vie normale, avec une moto dedans.*

Ce ralentissement a eu un écho ailleurs. Des collègues lui ont confié qu’ils se sentaient coincés dans le même mécanisme avec le sport, le bricolage, les sorties. On enchaîne les activités, les projets, même les loisirs, jusqu’à ne plus savoir ce qui nous fait vraiment du bien. Trois réflexions reviennent souvent :

  • On confond passion et performance : plus de kilomètres, plus de cols, plus de photos.
  • On laisse les habitudes décider pour nous : « C’est dimanche, donc je roule », sans même se demander si on en a envie.
  • On oublie le droit de dire : « Cette fois, non, je reste chez moi, et ça ne retire rien à ce que je suis. »

Au fond, l’histoire de ce motard ressemble à bien d’autres. Elle parle de moto, oui, mais aussi de cette petite voix intérieure qu’on étouffe quand tout va trop vite. Elle pose une question simple : quand on aime vraiment quelque chose, est-ce qu’on doit le faire tout le temps, ou juste assez pour que ça garde du sens ?

Point essentiel Détail Valeur ajoutée pour le lecteur
Ralentir le rythme des balades Passer de sorties quasi hebdomadaires à une à deux par mois, choisies et attendues Retrouver le plaisir d’anticiper, créer du manque positif et redonner du relief à chaque virage
Rouler pour soi, pas pour les chiffres Se détacher des kilomètres, des statistiques et du regard des autres motards Alléger la pression invisible, se reconnecter à ses sensations plutôt qu’à la performance
Utiliser la moto comme espace de respiration Accepter de rouler moins pour que chaque sortie soit un vrai moment à part Transformer la passion en refuge et non en source supplémentaire de fatigue mentale

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