En Italie, une vidéo virale d’un professeur de physique relance la vieille question des automobilistes : le plein de nuit permet-il vraiment d’économiser ?
Dans une séquence largement relayée en Italie, un professeur de physique très suivi sur les réseaux sociaux démonte, calculs à l’appui, l’idée selon laquelle faire le plein la nuit permettrait de payer nettement moins cher son carburant. Le site spécialisé Gazzetta Motori relaie cette explication qui distingue clairement ce que dit la théorie… et ce qui se passe réellement dans une station-service.
La théorie : quand la température baisse, la densité du carburant augmente
À l’origine de cette croyance, on trouve un phénomène bien connu des scientifiques : la dilatation thermique des liquides. C’est ce principe que le professeur italien Vincenzo Schettini, créateur du projet « La Fisica Che Ci Piace », met en avant dans sa vidéo.
Lorsqu’un liquide se refroidit, son volume diminue légèrement, tandis que sa densité augmente. Autrement dit, un litre de carburant froid contient un peu plus de « matière » qu’un litre de carburant chaud, même si la pompe affiche dans les deux cas la même valeur volumique.
Sur le papier, l’argument semble imparable : acheter de l’essence ou du diesel quand il fait plus froid, donc plutôt la nuit ou tôt le matin, permettrait de recevoir davantage de carburant pour le même volume affiché. C’est cette logique que Schettini illustre avec un exemple chiffré.
Un exemple théorique qui fait miroiter jusqu’à un litre de gain
Le professeur part d’un plein de 50 litres et imagine que la température de l’essence passe de 15 °C à 0 °C. En appliquant les coefficients de dilatation propres aux carburants, il arrive à une différence théorique qui pourrait atteindre environ un litre sur ce plein, selon les hypothèses retenues.
Avec le prix utilisé dans son exemple, cela représenterait un gain de l’ordre de deux euros pour un seul plein. Autant dire une perspective séduisante pour des automobilistes frappés par la hausse régulière des prix à la pompe.
En théorie, un carburant plus froid est légèrement plus dense : à volume égal, il contient plus de matière, ce qui fait croire à un plein « plus rentable » la nuit.
Mais cet exemple, insiste Schettini, reste un exercice de physique, construit sur un scénario volontairement extrême. Dès que l’on quitte le tableau noir pour le bitume d’une station-service, le raisonnement se grippe.
La réalité des stations-service : des cuves enterrées qui lissent les variations
Le point clé rappelé par le physicien tient à la façon dont le carburant est stocké. Dans une station, essence et diesel ne sont pas exposés directement à l’air libre. Ils sont conservés dans des réservoirs souterrains, enterrés sous plusieurs dizaines de centimètres de sol.
Or ce type d’installation limite fortement les écarts de température au cours d’une même journée. Le sol agit comme une barrière thermique. L’air peut passer de 10 à 30 °C entre la nuit et l’après-midi, mais la température du carburant en cuve, elle, varie beaucoup moins vite et beaucoup moins fortement.
Gazzetta Motori rappelle que ces cuves interrées ont précisément pour effet de stabiliser le carburant face aux variations brutales de température extérieure. Il ne suffit donc pas qu’il fasse frais à 2 heures du matin pour que l’essence qui arrive à la pompe soit soudain bien plus froide.
Dans les conditions normales d’une station-service moderne, la température du carburant change peu entre le milieu de la journée et le milieu de la nuit.
Résultat : la différence de température réelle entre un plein effectué à 11 heures et un autre à 23 heures reste très limitée. Et avec elle, la variation de volume liée à la dilatation thermique devient presque négligeable.
Un gain réel réduit à quelques centimes, loin du mythe
En appliquant les mêmes lois physiques, mais avec des écarts de température réalistes pour une cuve enterrée, Schettini arrive à une conclusion nette : l’avantage financier est inférieur à ce que certains automobilistes imaginent.
Oui, la température peut influencer légèrement la densité du carburant. Mais, dans une station typique, l’écart sur un plein se limite à une poignée de centimes, quand le scénario théorique évoqué plus haut laissait espérer autour de deux euros d’économie.
Le physicien résume ainsi son avis : faire le plein la nuit plutôt que le jour n’apporte pas de « vrai avantage significatif » sur la facture à la pompe. La croyance s’appuie sur un phénomène réel, mais elle l’applique dans un contexte qui ne lui permet pas de produire l’économie attendue.
Pourquoi le mythe du plein nocturne continue de circuler
Si cette idée résiste autant, c’est qu’elle s’ancre dans un principe de physique correct et intuitif. Beaucoup de conducteurs ont déjà entendu que la chaleur fait « gonfler » les liquides et que le froid les « resserre ». Transposer ce raisonnement à l’essence coule donc de source.
Le glissement apparaît au moment où l’on néglige le rôle du stockage en cuve enterrée, et où l’on suppose que la température du carburant suit pas à pas celle de l’air. Ce raccourci transforme un fait scientifique exact en promesse de gain qui, dans la pratique, ne se vérifie pas.
Un phénomène physique réel, appliqué sans tenir compte du stockage en cuve, se transforme en astuce « miracle » qui n’a presque aucun impact réel sur la facture.
Le contexte de prix élevés joue aussi un rôle. Quand chaque passage à la station pèse sur le budget, les automobilistes restent à l’affût de la moindre astuce censée faire baisser la note, même si le bénéfice, au mieux, frôle le symbolique.
Comment économiser vraiment sur son carburant selon les spécialistes
Pour Vincenzo Schettini comme pour Gazzetta Motori, se focaliser sur l’heure de la journée n’a donc que peu d’intérêt. Ce qui change véritablement la dépense reste… le prix affiché à la pompe et le choix du point de vente.
En Italie, l’Automobile Club d’Italia (ACI), l’équivalent de l’Automobile Club Association en France, souligne que certains réseaux proposent des tarifs plus attractifs :
- stations indépendantes non liées aux grandes compagnies pétrolières ;
- enseignes dites « low-cost », souvent en libre-service total ;
- stations rattachées à la grande distribution, connues pour des prix plus agressifs.
La modalité de ravitaillement compte aussi : en Italie, comme en France, les formules en libre-service sans personnel peuvent afficher des prix légèrement inférieurs à ceux des pistes avec service.
Autrement dit, l’économie ne se joue pas à l’échelle du degré Celsius mais à celle du centime au litre entre deux stations voisines. Un automobiliste attentif à ces écarts réels peut gagner bien davantage qu’en attendant systématiquement la nuit pour se ravitailler.
Qu’en est-il pour les automobilistes en France ?
En France, les stations-service utilisent le même type de cuves enterrées que leurs homologues italiennes. Le carburant y est lui aussi stocké sous terre, dans des réservoirs conçus pour limiter les variations de température et assurer la sécurité.
Les lois de la physique étant universelles, les conclusions tirées par le professeur italien s’appliquent donc au parc français : la dilatation thermique de l’essence ou du gazole existe, mais les changements de température dans une cuve enterrée restent trop faibles sur une journée pour générer une économie notable entre un plein diurne et un plein nocturne.
En France comme en Italie, les véritables leviers d’économie reposent ailleurs :
- choisir des stations connues pour leurs tarifs plus bas, notamment celles de la grande distribution ou certains réseaux indépendants ;
- adapter sa conduite (vitesse modérée, accélérations progressives, anticipation) pour réduire sa consommation par kilomètre ;
- entretenir régulièrement son véhicule (pression des pneus, révision moteur) afin d’éviter les surconsommations.
L’administration française encadre également l’affichage des prix, ce qui favorise la comparaison. De nombreux services et applications permettent de repérer les stations les moins chères d’une zone donnée, ce qui a un impact bien plus concret sur le budget carburant que l’horaire choisi pour passer à la pompe.
Ce qu’il faut retenir de la dilatation thermique du carburant
La dilatation thermique désigne la variation de volume d’une substance lorsque sa température change. Pour les carburants, cette variation reste modérée dans les plages de température habituelles. Le phénomène est suffisant pour être pris en compte dans certaines normes techniques, mais trop limité, en conditions réelles de station-service, pour transformer votre plein de minuit en opération franchement rentable.
Pour un automobiliste français, ce débat a au moins un intérêt pédagogique : il rappelle que certains « bons plans » s’appuient sur des arguments scientifiques justes mais sortis de leur contexte. La vigilance consiste alors à interroger le cadre réel d’application de l’argument, ici la présence de cuves enterrées qui stabilisent la température.
Dans la vie quotidienne, le meilleur réflexe reste simple : plutôt que de veiller tard pour espérer un carburant plus froid, mieux vaut comparer les prix, adapter sa conduite et surveiller l’entretien de son véhicule. C’est ainsi que la physique, correctement appliquée, aide vraiment à alléger la facture.








