Au Brésil, des psychologues décrivent ce qui se cache derrière ces personnes qui se sentent toujours lésées et incomprises.
Ce comportement, souvent observé dans la famille, au travail ou dans le couple, intrigue autant qu’il épuise l’entourage. Le site brésilien de bien-être Bem-Estar, validé par la psychologue Kênia Ramos de Souza, détaille comment la psychologie comprend ces personnes qui se posent systématiquement en victimes et comment une thérapie peut les aider à modifier ce schéma.
Se faire toujours passer pour une victime, de quoi parle-t-on exactement ?
L’article de Bem-Estar décrit le comportement « victimiste » comme une manière répétée d’interpréter les situations de vie à travers un prisme d’injustice permanente. La personne se voit presque toujours comme celle qui est lésée, incomprise ou maltraitée, même lorsque les faits sont plus nuancés.
Le comportement victimaire consiste à se percevoir comme constamment désavantagé, persuadé que le monde est contre soi et que la responsabilité revient toujours aux autres ou aux circonstances.
Face à un conflit au travail, un désaccord de couple ou une remarque banale, ces personnes ont tendance à souligner ce qu’elles subissent plutôt qu’à reconnaître leur part de responsabilité. L’autocritique reste limitée, alors que les reproches dirigés vers l’extérieur sont fréquents.
Selon Kênia Ramos, psychologue au sein du groupe Mantevida à Brasília, ce mode de fonctionnement se traduit souvent par :
- des plaintes répétées et insistantes ;
- une forte résistance à reconnaître ses erreurs ou ses choix ;
- la recherche d’alliés pour confirmer l’idée d’injustice subie ;
- une impression d’impuissance durable face aux difficultés.
Cette posture n’est pas seulement un trait de caractère agaçant pour l’entourage. Elle touche la façon dont la personne se sent, agit et construit ses relations.
Ce que ce comportement cache vraiment, selon la psychologie
D’après Kênia Ramos, le victimaire n’adopte pas toujours cette posture de manière consciente. Souvent, il s’agit plutôt d’un mécanisme de protection ou d’une manière maladroite d’obtenir quelque chose de fondamental sur le plan affectif.
Le vitimisme peut être une stratégie inconsciente pour attirer l’attention, obtenir de l’affection, de la validation, un sentiment d’accueil ou des soins particuliers.
La psychologue cite plusieurs origines possibles, souvent entremêlées :
- Dépression : la vision du monde devient plus sombre, la personne se sent impuissante et incomprise.
- Traumas non élaborés : des événements douloureux peuvent laisser une trace durable et alimenter l’idée que « tout finit mal ».
- Expériences de rejet ou d’abandon : l’individu anticipe d’être maltraité et interprète les situations à travers ce filtre.
- Basse estime de soi : se voir comme une victime peut conforter l’idée qu’on ne mérite pas mieux.
- Familles désorganisées ou très autoritaires : quand les figures d’autorité ont été dures ou imprévisibles, la personne peut se sentir en position d’infériorité permanente.
- Paternels familiaux dysfonctionnels : si, dans le passé, se plaindre était la seule façon d’obtenir de l’attention, ce modèle peut se maintenir à l’âge adulte.
- Transtornes de personnalité, comme la personnalité borderline : des difficultés intenses à gérer les émotions et les relations peuvent favoriser cette posture.
Dans beaucoup de cas, le discours victimaire masque un profond besoin de reconnaissance. Derrière la plainte, on retrouve souvent une demande implicite : « vois ma douleur », « prouve-moi que je compte », « dis-moi que tu ne vas pas m’abandonner ».
Les conséquences pour la personne et pour l’entourage
Selon l’analyse relayée par Bem-Estar, ce comportement ne reste pas sans effets. Il peut enfermer la personne dans un cercle difficile à rompre.
En s’installant, le victimaire renforce des sentiments d’impuissance, de stagnation et d’autocommisération, et bloque la capacité d’agir sur sa propre vie.
Sur le plan psychologique, plusieurs risques ressortent :
- sentiment chronique de ne pas avoir de prise sur les événements ;
- difficulté à prendre des décisions ou à assumer des choix ;
- tendance à ruminer les injustices passées ;
- éloignement progressif de certains proches, lassés par les plaintes.
Pour l’entourage, vivre avec quelqu’un qui se pose toujours en victime peut devenir épuisant. Les proches se retrouvent souvent dans des rôles répétitifs : sauveur, coupable désigné, ou témoin silencieux d’un récit qui ne change jamais. Les conflits peuvent alors s’envenimer, chacun se sentant incompris.
Comment la thérapie aide à sortir de ce schéma
Bem-Estar rappelle que différentes approches thérapeutiques peuvent aider à repérer les racines du victimaire et à remodeler le comportement. Kênia Ramos insiste sur la nécessité d’adapter l’accompagnement à chaque personne, tout en citant plusieurs pratiques qui se montrent particulièrement utiles.
La thérapie cognitivo-comportementale
La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) s’intéresse au lien entre pensées, émotions et comportements. Dans le cas d’un mode de fonctionnement victimaire, elle va aider à détecter les pensées automatiques telles que « on m’en veut toujours », « personne ne m’écoute », « tout est contre moi ».
La TCC aide le patient à identifier et à restructurer des pensées dysfonctionnelles, en construisant peu à peu une posture plus active et responsable face aux situations.
Concrètement, la personne apprend à :
- repérer quand elle exagère l’injustice d’une situation ;
- chercher des explications alternatives, moins centrées sur la faute des autres ;
- adopter des comportements plus affirmés, comme dire non ou demander de l’aide de façon directe plutôt que par la plainte.
La thérapie des schémas
La thérapie des schémas s’adresse notamment aux personnes dont les difficultés s’enracinent dans l’enfance. L’idée centrale : certains « schémas » se forment très tôt, comme des croyances profondes sur soi et sur les autres, puis guident les réactions émotionnelles à l’âge adulte.
Dans le victimaire, on retrouve souvent :
- un schéma de dévalorisation (« je ne vaux pas grand-chose ») ;
- un schéma d’abandon (« tôt ou tard, on va me laisser tomber ») ;
- un schéma d’autopunition (« je mérite ce qui m’arrive »).
Le travail thérapeutique consiste à reconnaître ces schémas, à comprendre d’où ils viennent et à les remplacer progressivement par des croyances plus réalistes et plus bienveillantes envers soi.
Les approches systémiques et familiales
La psychologue brésilienne mentionne aussi la psychothérapie d’inspiration systémique. Cette approche s’intéresse à la manière dont la personne interagit avec son entourage, en particulier la famille.
La démarche systémique vise à repérer les paternels familiaux dysfonctionnels qui alimentent ou renforcent la position de victime, afin d’aider chacun à adopter des rôles plus équilibrés.
Dans ce cadre, le thérapeute peut travailler avec la personne seule ou avec plusieurs membres de la famille. L’objectif : comprendre comment les reproches, les silences, les alliances ou les non-dits entretiennent la plainte permanente, et proposer d’autres façons de communiquer.
Ce que ce phénomène évoque pour un lecteur en France
En France, les psychologues et psychiatres observent des dynamiques proches, même si les termes employés peuvent varier. On parle souvent de « position de victime », de « sentiment d’injustice chronique » ou encore de « rôle de victime » dans certains modèles de compréhension des relations.
Les professionnels de la santé mentale français utilisent des approches comparables à celles citées dans le média brésilien Bem-Estar :
- la thérapie cognitivo-comportementale, déjà largement pratiquée en libéral comme à l’hôpital ;
- la thérapie des schémas, de plus en plus présente dans les cabinets pour les difficultés ancrées de longue date ;
- les thérapies familiales systémiques, souvent proposées dans les centres médico-psychologiques ou certains services hospitaliers.
Pour un lecteur français, l’enjeu reste le même que celui décrit au Brésil : sortir d’un scénario où l’on se sent toujours victime des autres et des circonstances, afin de retrouver plus de pouvoir d’agir. Le recours à un psychologue ou à un psychiatre permet alors d’évaluer la situation, de dépister une éventuelle dépression ou un trouble de la personnalité, et d’orienter vers l’approche la plus adaptée.
Comment réagir face à une personne qui se vit toujours en victime
L’article de Bem-Estar se concentre surtout sur la compréhension clinique et la thérapie, mais les conseils retenus par les psychologues vont dans un sens assez clair. L’idée n’est ni de se laisser manipuler, ni de nier la souffrance de la personne.
| Attitude possible | Objectif |
|---|---|
| Écouter sans tout approuver | Reconnaître l’émotion sans valider l’idée que « tout est contre elle » |
| Poser des limites claires | Éviter de se retrouver en permanence dans le rôle de sauveur ou de coupable |
| Encourager la prise de responsabilité | Aider la personne à repérer ce qui dépend d’elle dans la situation |
| Suggérer un suivi psychologique | Offrir un espace professionnel pour travailler en profondeur ces schémas |
Pour l’entourage, garder une certaine distance émotionnelle peut protéger de la culpabilisation constante. Refuser le chantage affectif tout en restant respectueux aide à ne pas entrer dans un jeu de rôles figés.
Un mécanisme de défense, pas une identité figée
Les psychologues cités par le média brésilien insistent enfin sur un point : se placer en position de victime n’est pas une identité définitive, mais un mécanisme de défense appris, qui peut évoluer.
Comprendre comment ce mode de fonctionnement s’est construit – à travers l’histoire familiale, les expériences de rejet, la dépression ou les traumatismes – ouvre la voie à un changement réel. Le travail thérapeutique, qu’il soit cognitif, systémique ou centré sur les schémas, vise justement à redonner au patient la sensation qu’il peut influer sur sa vie, sans avoir besoin de se réfugier dans la plainte pour exister aux yeux des autres.








