À 85 ans passés, un Américain a enfourché son vélo pour rallier la Californie à la Floride, défiant les kilomètres, la fatigue et les idées reçues sur l’âge.
Aux États-Unis, Robert « Bob » Sanders vient d’entrer dans le livre Guinness des records après avoir traversé le pays à vélo à 85 ans. Son périple, raconté par l’organisation Guinness World Records, s’est transformé en aventure humaine à travers déserts, villes frontalières et plages, avec à l’arrivée un titre mondial et surtout une démonstration de ce qu’un senior en bonne santé peut encore entreprendre.
Un périple de 4 800 km en 44 jours d’un océan à l’autre
Peu après ses 85 ans, Bob Sanders, originaire de Bend, dans l’État de l’Oregon, a décidé de se lancer dans ce qu’il a baptisé le « Sanders Challenge » : traverser les États-Unis à vélo d’ouest en est. Son itinéraire reliait Dog Beach, à Ocean Beach en Californie, à St. Augustine Beach, en Floride.
Au total, 3 007 miles, soit environ 4 839 kilomètres, séparaient les deux plages. Pendant 44 jours consécutifs, ce retraité a répété le même rituel : sortir des draps d’hôtel, enfiler sa tenue de cycliste et reprendre la route, qu’elle soit autoroute en béton bien lisse ou petite route cabossée du sud profond américain.
Pendant six semaines, Bob a parcouru 4 800 kilomètres à vélo à 85 ans, reliant la côte Pacifique à la côte Atlantique des États-Unis.
Son trajet descendait vers le sud en traversant les déserts rougeâtres et les villes frontalières de l’Arizona et du Texas, avant de couper tout droit à travers le « Deep South » jusqu’au nord de la Floride. L’arrivée a eu lieu le 11 mai, alors qu’il avait exactement 85 ans et 49 jours.
Un record du monde de longévité à vélo
À l’issue de ce voyage, Guinness World Records a homologué son exploit comme celui du « plus vieux cycliste masculin à traverser les États-Unis à vélo ». Bob Sanders dépossède ainsi un autre Américain, Bruce Closser, né en novembre 1944, qui détenait jusqu’ici le record après avoir accompli la même traversée à 78 ans.
L’écart d’âge entre les deux hommes illustre l’exploit : Bob a repoussé la limite de sept années supplémentaires, dans une tranche où la plupart des gens ont déjà largement ralenti leur activité physique.
- Âge au moment de l’arrivée : 85 ans et 49 jours
- Distance totale : 3 007 miles (environ 4 839 km)
- Durée du voyage : 44 jours consécutifs
- Record Guinness : plus vieille personne masculine à traverser les États-Unis à vélo
Pour autant, l’octogénaire ne cherche pas à enjoliver l’effort fourni. À l’arrivée, il confie que ce défi représentait une épreuve physique et mentale extrême. Il se dit heureux de l’avoir fait, tout en assurant qu’il ne se lancerait pas une deuxième fois sur un tel parcours.
« Je suis content de l’avoir fait. Mais je peux dire une chose sans hésitation : je ne le referais pas », a déclaré Bob Sanders.
Un couple porté par la détermination et la solidarité
Bob n’a pas affronté ces 4 800 kilomètres seul. Pendant toute la durée du voyage, un véhicule suiveur l’accompagnait, conduit à tour de rôle par sa femme Kathryn et un ami de longue date, Jack Hoker. Tous deux l’encourageaient en permanence, lui offraient des pauses, une assistance logistique et parfois tout simplement le pare-chocs de la voiture pour s’y appuyer quelques instants.
Interrogé par la chaîne locale Central Oregon Daily News, Bob a tenu à insister sur ce soutien :
« Jack, puis Kathryn. Ça n’aurait pas été possible sans eux », a-t-il déclaré.
Au fil de l’itinéraire, le trio s’est autorisé plusieurs arrêts significatifs. Ils ont pris le temps d’admirer les montagnes, les plages et les rivières, mais aussi de marquer le coup dans des lieux chargés d’histoire, comme Africatown, une communauté fondée par d’anciens esclaves affranchis, des sites d’essais militaires ou encore des villes frontalières où s’entremêlent cultures et enjeux migratoires.
Une Américaine touchée par la gentillesse rencontrée
La femme de Bob, Kathryn, est ressortie marquée par les rencontres accumulées durant ces six semaines. Partout, des habitants curieux de leur périple sont venus discuter, raconter leur quotidien, apporter une bouteille d’eau ou un mot d’encouragement.
« J’ai un bon sentiment à propos de l’Amérique maintenant, parce que les gens ont été tellement gentils, serviables et chaleureux », a confié Kathryn Sanders.
Pour le couple, ce voyage a aussi révélé un visage uni du pays, malgré les divisions politiques et sociales souvent mises en avant.
« Le meilleur dans tout ça, c’est de réaliser que les Américains et l’Amérique, c’est encore un seul pays », a résumé Bob, expliquant que, selon lui, les habitants qu’ils ont croisés restent profondément attachés à leur nation.
Une arrivée fêtée sur la plage de Floride
À l’approche de St. Augustine Beach, Bob ne roulait plus seulement avec sa femme, son ami et leur véhicule suiveur. Un petit groupe de proches et de sympathisants l’attendait sur le trottoir en béton qui mène à la plage pour célébrer son arrivée.
Certains avaient profité de la traversée pour renouer avec Bob après des années, d’autres venaient le rencontrer pour la première fois, parfois avec un nouveau-né dans les bras. Tous avaient tenu à le voir achever ces derniers mètres, symbole d’un défi relevé jusqu’au bout.
Pour Kathryn, cette scène incarnait le caractère de son mari :
« Il a de la détermination. Il a du courage. Et je pense qu’il peut montrer à beaucoup de gens ce qu’on peut faire avec ça », a-t-elle souligné.
Au-delà du record, cette arrivée en Floride vient conclure un projet personnel construit sur la persévérance, mais aussi sur le partage avec les proches et les inconnus croisés sur la route.
Ce que montre ce record sur le vieillissement actif
L’exploit de Bob Sanders illustre un phénomène observé dans de nombreux pays développés : des retraités en bonne condition choisissent de rester physiquement actifs jusque très tard. La pratique d’activités d’endurance, comme le cyclisme, permet de maintenir le cœur, les muscles et l’équilibre, à condition d’être encadrée médicalement.
Des médecins gériatres rappellent généralement que l’activité physique régulière chez les seniors réduit les risques de chute, préserve l’autonomie et contribue à limiter certaines pathologies chroniques. Un défi comme celui de Bob ne s’improvise pas : il suppose des années d’habitude sportive, un suivi de santé adéquat et un encadrement logistique, comme l’a montré la présence permanente de son équipage.
Pour un lecteur français, ce type de record ne constitue pas un modèle à copier, mais donne une illustration extrême de ce qu’un vieillissement actif peut permettre dans des cas exceptionnels. Les professionnels de santé recommandent surtout une pratique modérée et régulière (marche, vélo, gymnastique douce), adaptée à chaque état de santé.
Le cyclotourisme au long cours : une pratique qui séduit aussi en France
En France, le cyclisme de longue distance se développe lui aussi, sous des formes variées : cyclotourisme, voyages à vélo sur plusieurs jours, brevets de randonneurs, itinéraires balisés comme la Loire à Vélo ou la ViaRhôna. Les organismes de cyclotourisme et les fédérations sportives encadrent ces pratiques, proposent des parcours progressifs et des conseils de préparation.
| États-Unis (cas de Bob Sanders) | France (pratiques courantes) |
|---|---|
| Traversée du pays d’un océan à l’autre, près de 4 800 km | Voyages à vélo sur plusieurs centaines de kilomètres |
| Record homologué par Guinness World Records | Randonnées, brevets et défis personnels sans record mondial |
| Route choisie entre déserts, villes frontalières et Sud profond | Itinéraires balisés (Loire à Vélo, EuroVelo, voies vertes) |
| Accompagnement par un véhicule suiveur familial | Bagages transportés sur le vélo ou par des services spécialisés |
Pour les seniors français, les structures d’accompagnement existent : clubs de cyclotourisme, associations locales, séjours organisés. Elles permettent de rouler en groupe, d’adapter les distances et de bénéficier de conseils sur l’équipement, la nutrition ou la récupération, sans viser un record.
Comment un tel défi se prépare-t-il concrètement ?
Un trajet de plusieurs milliers de kilomètres à vélo impose une organisation précise, même quand l’objectif n’est pas de battre un record. Les spécialistes du voyage à vélo recommandent généralement :
- d’augmenter les distances progressivement, sur plusieurs mois,
- de tester son matériel (vélo, selle, sacoches) sur des sorties longues,
- de planifier des étapes réalistes, avec des marges en cas de fatigue ou de météo défavorable,
- de prévoir des temps de repos réguliers pour éviter le surmenage,
- de consulter un médecin avant un projet très exigeant, surtout après un certain âge.
Le cas de Bob montre aussi l’intérêt d’un soutien logistique. Un véhicule suiveur n’est pas indispensable pour des voyages classiques, mais rouler à plusieurs, partager l’itinéraire et disposer de points de chute sécurisés limite les risques et le stress.
Un dernier point ressort nettement de son aventure : le rôle du mental. Sa femme évoque sa « détermination » et son « courage ». Pour des distances extrêmes, la motivation, la capacité à gérer les moments de découragement et à s’adapter aux imprévus comptent autant que la condition physique. Chez Bob, cet état d’esprit a été nourri par les rencontres, les paysages traversés et la volonté de prouver à lui-même, autant qu’aux autres, qu’à 85 ans, un projet ambitieux reste possible quand il est préparé et encadré.








