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Un bol de bicarbonate dans le frigo contre les odeurs : ce que révèlent les tests en laboratoire sur cette astuce née d’une publicité de 1972

Un bol de bicarbonate dans le frigo contre les odeurs : ce que révèlent les tests en laboratoire sur cette astuce née d'une publicité de 1972

Aux États-Unis comme en Europe, le bol de bicarbonate dans le réfrigérateur est devenu un réflexe. Mais que disent vraiment les tests scientifiques sur cette astuce popularisée par une publicité de 1972 ?

Le site italien GreenMe, média en ligne dédié à l’écologie du quotidien, revient sur l’histoire étonnante de cette « recette de grand-mère » née dans les rayons des supermarchés américains, bien avant d’être validée – ou non – en laboratoire. Derrière la fameuse coupelle de poudre blanche posée sur une étagère du frigo, il y a une campagne marketing, des réactions chimiques très précises… et plusieurs limites que les tests mesurent désormais assez clairement.

Une astuce qui vient d’abord d’une campagne de publicité

Dans les années 1970, aux États-Unis, la célèbre boîte jaune de bicarbonate de la marque Arm & Hammer sert surtout à frotter et nettoyer les parois du réfrigérateur. Le tournant intervient en 1972. Une agence de publicité décide alors de mettre en avant une toute autre utilisation : laisser la boîte ouverte à l’intérieur du frigo, à côté du beurre, pour « absorber » les mauvaises odeurs.

Comme le rappelle GreenMe, cette idée ne vient pas d’un laboratoire, mais d’un service marketing. Le message fonctionne : en trois ans, les ventes de cette boîte de bicarbonate bondissent de 72 %. Cinquante ans plus tard, la petite coupelle ou la boîte ouverte dans le frigo fait partie des conseils les plus courants pour assainir l’air du réfrigérateur.

Le bol de bicarbonate dans le frigo est d’abord une invention publicitaire, avant d’être un geste présenté comme « scientifique ».

Reste une question centrale, que pose l’article italien : si cette astuce repose au départ sur la communication, les tests en laboratoire confirment-ils vraiment son efficacité contre les odeurs de frigo ?

Ce que le bicarbonate neutralise vraiment… et ce qu’il ne peut pas faire

Le bicarbonate de sodium est une base faible. Il réagit lorsqu’il rencontre un acide. GreenMe rappelle un exemple classique : en présence d’acide acétique (le principal acide du vinaigre), il se forme de l’acétate de sodium, de l’eau et du dioxyde de carbone, des composés qui n’ont pas d’odeur marquée.

Un travail du World Institute of Kimchi, à Gwangju en Corée du Sud, cité par le site, illustre ce mécanisme. Les chercheurs s’y intéressent aux odeurs du kimchi, ce chou fermenté très odorant. De nombreux aliments qui s’abîment ou fermentent libèrent des composés acides : lait tourné, préparations en saumure, certains légumes conservés. Face à ces molécules acides, le bicarbonate a donc un réel pouvoir de neutralisation.

Le tableau change pour d’autres types d’odeurs.

  • Le poisson en train de se gâter émet surtout de la triméthylamine, une amine, proche de l’ammoniac, donc une base. Base contre base, la réaction qui neutralise les acides n’a pas lieu : le bicarbonate ne peut pas « attraper » facilement ces molécules.
  • Les composés soufrés de l’ail ou du chou posent aussi problème. Dans les tests coréens, certaines molécules soufrées diminuent, mais d’autres augmentent. Le résultat reste confus, loin d’une élimination nette des odeurs.

En clair, la poudre blanche n’agit pas sur tous les composés odorants de la même façon. Elle fonctionne sur une partie des molécules, surtout acides, et beaucoup moins sur les bases ou sur une partie des composés soufrés responsables de relents persistants.

Les chiffres donnés par les laboratoires

Les études mises en avant par GreenMe permettent de quantifier ces effets. Dans le travail réalisé à Gwangju, un gramme de bicarbonate est placé dans un sac de cinq litres d’air chargé en acide acétique. Résultat :

  • au bout de 30 minutes, environ 31 % de l’acide est éliminé ;
  • après deux heures et demie, la réduction atteint 86 %.

Dans les mêmes conditions, du charbon actif fait beaucoup mieux : plus de 99,9 % de l’acide en moins dès la première demi-heure. Mais, détail intéressant, lorsque quinze évaluateurs entraînés sentent des échantillons de kimchi, la baisse de l’odeur perçue, sur une échelle de 9 points, est comparable avec le bicarbonate et avec le charbon actif : de 5,5 à moins de 3.

Autre exemple cité : des tests menés à l’Universiti Sains Malaysia, sur les déchets d’une cantine. Cinquante grammes de bicarbonate sont répartis au fond d’une poubelle de huit litres, contenant un kilo de restes alimentaires laissés une semaine. L’odeur est réduite d’environ 70 %.

Les tests montrent une réduction sensible de certains types d’odeurs, mais en volumes réduits, proches de la source, très loin des conditions réelles d’un réfrigérateur familial.

Dans ces expériences, l’espace est restreint et la poudre se trouve au contact immédiat ou très proche des composés odorants. Un frigo, avec plusieurs étagères, des zones où l’air circule mal et des emballages plus ou moins fermés, présente une configuration bien différente.

Quand le frigo ne se comporte pas comme un sac de laboratoire

GreenMe cite les essais d’America’s Test Kitchen, la cuisine-laboratoire liée au magazine culinaire Cook’s Illustrated. Les testeurs remplissent des récipients hermétiques de lait tourné, de fromage et de poisson avarié, puis évaluent l’effet du bicarbonate. Verdict : les nez sont partagés, les résultats jugés « non concluants ».

La même rédaction s’appuie sur l’avis du chimiste Robert Wolke, longtemps chroniqueur scientifique pour un grand quotidien américain. Dans son ouvrage consacré à la cuisine, il estime peu probable que les molécules responsables de l’odeur du lait tourné traversent tout l’espace du réfrigérateur pour rejoindre un petit tas de bicarbonate posé dans un coin. Il rappelle aussi qu’aucune substance unique ne peut neutraliser tous les types de composés malodorants.

Un autre test, toujours mentionné par GreenMe, compare un mini-frigo rempli de préparations très odorantes (oignons hachés, kimchi, parmesan, thon en boîte) avec une tasse de bicarbonate, et un second mini-frigo identique contenant cette fois une tasse de charbon actif en granulés. Tous les dégustateurs jugent le frigo au charbon nettement moins odorant.

Comment utiliser le bicarbonate dans le frigo sans se bercer d’illusions

Le média italien insiste sur un point : une coupelle de bicarbonate ne remplace en rien un bon nettoyage du réfrigérateur. Un aliment oublié au fond d’un bac continue à dégager des molécules odorantes, que la poudre ne fait que filtrer en partie, et seulement pour certains composés.

Quelques règles se dégagent malgré tout des études citées :

  • Traquer d’abord la source de l’odeur : jeter l’aliment abîmé ou rincer le contenant responsable du problème reste la première étape.
  • Privilégier une coupelle large et peu profonde : la réaction se produit là où le bicarbonate touche l’air. Une grande surface exposée est plus efficace qu’une petite ouverture sur une boîte fermée.
  • Renouveler régulièrement la poudre : le fabricant lui-même recommande de la changer souvent. Sur ce point, son intérêt commercial rejoint la logique chimique : une poudre saturée reste moins réactive.
  • Utiliser le contact direct quand c’est possible : les tests d’America’s Test Kitchen montrent qu’une pâte de bicarbonate et d’eau, frottée sur une planche à découper imprégnée d’ail ou d’oignon, agit bien mieux qu’un simple bol posé à distance.
  • Sur les parois, les tiroirs et les joints du réfrigérateur, où les odeurs s’accrochent, cette pâte de nettoyage peut donc se révéler utile. Pour les relents tenaces, les tests pointent vers une autre solution : le charbon actif, placé dans un récipient ouvert, idéalement près de la sortie d’air froide.

    Que vaut cette astuce pour un foyer en France ?

    Pour un lecteur français, la situation ne diffère pas fondamentalement. Le bicarbonate de sodium vendu en grande distribution, en pharmacie ou en magasin bio obéit aux mêmes lois chimiques. En France aussi, les emballages et les rayons ménagers le présentent souvent comme un désodorisant pour frigo.

    Les études citées par GreenMe permettent surtout de replacer cette promesse dans le bon cadre :

    • le bicarbonate agit surtout sur les odeurs d’origine acide ;
    • il montre son meilleur rendement près de la source ou directement au contact des surfaces à nettoyer ;
    • les odeurs de poisson fatigué, d’ail, de certains fromages puissants ou de chou réchauffé ne disparaissent pas magiquement.

    En pratique, pour un frigo en France comme ailleurs, la combinaison la plus raisonnable reste une organisation stricte (aliments couverts, dates vérifiées, restes bien emballés), un nettoyage régulier des bacs, clayettes et joints, éventuellement avec une pâte de bicarbonate, et, pour ceux qui le souhaitent, une coupelle de charbon actif pour abaisser le niveau général des odeurs persistantes.

    Bicarbonate, charbon actif, vinaigre : comment choisir ?

    Le bicarbonate n’est pas le seul produit maison souvent associé aux odeurs de frigo. Le vinaigre blanc, riche en acide acétique, sert surtout à dissoudre le calcaire et à nettoyer, pas à absorber des composés volatils. Le charbon actif, lui, agit comme une éponge moléculaire : sa surface très poreuse retient une grande variété de substances, d’où ses bons résultats dans les tests rapportés.

    Produit Action principale Atout dans le frigo Limite
    Bicarbonate de sodium Neutralisation d’acides faibles Efficace au contact direct, utile pour certaines odeurs de fermentation Peu d’effet sur de nombreux composés soufrés ou basiques
    Charbon actif Adsorption d’un large spectre de composés Réduction nette des odeurs variées dans les tests Doit être renouvelé, ne remplace pas le nettoyage
    Vinaigre blanc Dissolution du calcaire, nettoyage Intéressant pour laver les parois et bacs Ne joue pas un rôle majeur comme « filtre » d’odeurs à distance

    Un réflexe pratique, à compléter par des bons gestes

    Pour un usage domestique, le bicarbonate garde plusieurs avantages : il coûte peu, se conserve facilement, et sert à la fois à l’entretien (pâte de nettoyage), à la cuisine ou encore à certaines utilisations de soin, dans les limites des recommandations habituelles. Posé dans le frigo, il peut atténuer une partie des relents liés à des aliments acides ou fermentés, mais il ne doit pas être considéré comme un bouclier universel.

    Un exemple concret montre ses forces et ses faiblesses : un bac à légumes où ont séjourné des feuilles abîmées de salade et de chou. Une fois les déchets retirés, le passage d’une pâte de bicarbonate sur le plastique aide à décrocher les molécules responsables de l’odeur, avant rinçage. En revanche, un reste de poisson oublié dans une boîte entrouverte laissera une imprégnation tenace, que seul un nettoyage minutieux, éventuellement complété par du charbon actif, permettra d’atténuer.

    Pour un lecteur français en quête d’alternatives simples, ces travaux rappellent surtout que les « astuces miracles » affichées sur les emballages ou relayées sur les réseaux sociaux reposent parfois sur des arguments mis en avant bien avant que les laboratoires n’aient pris le temps de les mesurer. Dans le cas du bol de bicarbonate dans le frigo, les chiffres montrent un outil utile dans certains cas précis, mais loin de la solution unique que la publicité de 1972 laissait entrevoir.

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