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Monaco dévoile sa toute première supercar, la Centenaire : il faudra être millionnaire pour en posséder une

Monaco dévoile sa toute première supercar, la Centenaire : il faudra être millionnaire pour en posséder une

À Monaco, un rarissime coupé signé Monte Carlo Automotive refait surface en vente aux enchères, rappelant les ambitions oubliées du micro-État.

Un article du média automobile américain Hagerty revient sur la Centenaire, une supercar née à Monaco au tournant des années 1990 et produite à seulement cinq exemplaires. L’un de ces modèles, considéré comme le tout premier construit, sera mis aux enchères en Belgique par la maison Broad Arrow, avec une estimation qui réserve clairement cette pièce à des acheteurs millionnaires.

Une supercar née à Monaco pour célébrer un centenaire prestigieux

Monaco évoque aussitôt des bolides lancés à vive allure dans les rues de la principauté, son Grand Prix de Formule 1 et son rallye mythique. Pourtant, ce micro-État coincé entre mer et montagne n’a pratiquement jamais fabriqué de voitures. Dans les années 1980, un projet aussi ambitieux qu’inhabituel change ce paysage : créer une supercar « made in Monaco ».

À l’origine de Monte Carlo Automotive (MCA), on trouve Fulvio Maria Ballabio, pilote automobile italien passé par la Formule 2, avec à son palmarès une cinquième place aux 24 Heures du Mans. Au milieu des années 1980, il décide de fonder un constructeur installé en principauté, avec une idée bien précise : présenter une supercar en 1990.

La date ne doit rien au hasard. 1990 marque les 100 ans de l’Automobile Club de Monaco, l’organisateur du Grand Prix de Monaco et du Rallye Monte-Carlo. La voiture prendra donc le nom de « Centenaire », en hommage à cette institution locale au rayonnement international.

Une structure carbone avant-gardiste, digne de la Formule 1

Pour mener à bien ce projet, Ballabio recrute des pointures. Parmi elles, Carlo Chiti, ancien ingénieur de chez Ferrari et Alfa Romeo, et le pilote Guglielmo Bellasi. La gestation de la Centenaire dure environ cinq ans. Son élément le plus marquant tient à sa structure.

La Monte Carlo Automotive Centenaire revendique le tout premier châssis monocoque en carbone jamais utilisé sur une voiture de route de série.

À l’époque, cette technologie reste encore récente, même en Formule 1. Présentée en mai 1990 devant la famille princière de Monaco, la Centenaire devance ainsi une référence souvent citée comme pionnière, la Jaguar XJR-15, apparue quelques mois plus tard seulement.

Cette structure monocoque en fibre de carbone offre une rigidité élevée pour un poids contenu, un principe désormais courant sur les hypercars modernes, mais encore très audacieux à la fin des années 1980.

Un V12 Lamborghini sous le capot pour compenser l’absence de moteur maison

Si MCA pousse très loin l’innovation sur le châssis, la jeune marque ne dispose pas de moyens suffisants pour développer son propre moteur. Fulvio Ballabio se tourne alors vers un partenaire particulièrement prestigieux : Lamborghini.

La Centenaire reçoit ainsi un V12 issu de la Countach, dans une cylindrée de 5,2 litres, associé à une boîte manuelle ZF à six rapports. De quoi placer la supercar monégasque au niveau des plus grandes GT de son temps, au moins sur le plan mécanique.

Esthétiquement, aucun designer unique n’est officiellement crédité. La silhouette reprend les codes des supercars des années 1990 : proportions basses et larges, moteurs en position centrale, lignes tendues mais ici légèrement arrondies, donnant à l’ensemble un style un peu « gonflé », presque exubérant, en phase avec l’époque.

Une carrière minuscule, freinée par la crise du début des années 1990

Malgré cette fiche technique ambitieuse, la Centenaire arrive au pire moment. Le début des années 1990 ne se prête guère au lancement d’un coupé ultra-exclusif. L’économie se tasse, les marchés de niche se contractent et les fortunes se montrent plus prudentes.

Au final, MCA ne produira que cinq exemplaires de la Centenaire entre 1990 et 1992. Le concept survit encore quelques années sous forme de dérivés et de tentatives de relance :

  • une version engagée aux 24 Heures du Mans 1993, qui ne parvient pas à se qualifier pour la course ;
  • une déclinaison motorisée par Mercedes, baptisée Méga Monte Carlo, exposée au salon de Genève 1996 ;
  • quelques projets restés au stade de prototype ou d’étude.

En 1999, l’aventure Monte Carlo Automotive s’arrête. La Centenaire rejoint alors la longue liste des projets de supercars confidentiels nés lors de la « grande vague » des années 1980-1990, cette période où de nombreux petits constructeurs espéraient profiter de la frénésie autour des voitures très hautes performances.

L’exemplaire mis aux enchères : le tout premier châssis, au parcours singulier

Dans son article, Hagerty s’attarde sur un exemplaire précis : celui qui va passer sous le marteau de Broad Arrow lors du Zoute Concours Auction, en Belgique. Selon la maison de ventes, il s’agit du tout premier des cinq exemplaires construits, utilisé comme voiture de développement et de présentation.

Ce châssis numéro un, d’abord conservé chez Lamborghini, puis offert au fondateur de MCA, s’annonce comme la pièce la plus symbolique de la courte histoire de la Centenaire.

À l’origine, cette Centenaire arbore une livrée blanche avec un intérieur rouge, clin d’œil direct aux couleurs du drapeau monégasque. Elle garde son V12 5,2 litres d’origine et sa boîte manuelle à six vitesses signée ZF.

La voiture aurait été conservée pendant une dizaine d’années à l’usine Lamborghini de Sant’Agata Bolognese, avant d’être offerte à Fulvio Ballabio au début des années 2000. Vers 2007, elle est repeinte en bleu et présentée au salon Rétromobile à Paris, rendez-vous bien connu des amateurs de voitures de collection.

En 2014, un propriétaire français en fait l’acquisition. Deux ans plus tard, en 2016, il choisit de la faire repeindre à nouveau. Le compteur, également issu de la banque d’organes Lamborghini, affiche aujourd’hui 1 560 km. Une réserve demeure toutefois, ce châssis ayant servi au développement : ce kilométrage ne reflète pas forcément l’usage réel de la voiture.

Un prix à sept chiffres pour une supercar ultra-confidentielle

La Centenaire reste un « ovni » même pour les spécialistes des supercars de niche. Hagerty souligne que le marché n’a pratiquement aucun recul sur ce modèle, puisqu’aucune vente publique comparable n’a été observée jusqu’ici.

Broad Arrow avance une estimation de 900 000 à 1 200 000 euros, un niveau qui réserve la Centenaire aux collectionneurs les plus fortunés.

Pour un collectionneur, cette voiture cumule plusieurs arguments forts :

  • une production limitée à cinq exemplaires ;
  • le statut de « première voiture de route à monocoque carbone » revendiqué par Monte Carlo Automotive ;
  • un lien direct avec Lamborghini via le V12 et certains composants ;
  • un ancrage monégasque rare, dans un pays plus connu pour ses courses que pour sa production automobile.

La vente doit se tenir le 9 octobre, lors d’un événement de prestige qui attire chaque année de nombreux amateurs de voitures de collection. Hagerty précise n’avoir jamais vu de Centenaire passer en enchères auparavant, ce qui rend l’exercice d’estimation particulièrement délicat. La réaction des enchérisseurs dira si le marché accorde une prime à cette singularité historique.

Pourquoi ce type de supercar rare fascine autant les collectionneurs

Pour un passionné, un modèle comme la Centenaire coche plusieurs cases à la fois : technologie avancée, production microscopique, histoire liée à une figure de pilote et à un lieu emblématique comme Monaco. Ce type de voiture incarne une approche artisanale et audacieuse de l’automobile sportive, très différente des productions de grandes marques.

Les véhicules à monocoque carbone précurseurs jouent aussi un rôle particulier dans l’histoire technique. Ce type de structure, largement adopté aujourd’hui pour les hypercars, offre une rigidité exceptionnelle, une sécurité accrue en cas de choc et un poids réduit. Sa mise en œuvre nécessite néanmoins des investissements lourds et une expertise spécifique, que peu de petits constructeurs ont pu maîtriser.

Pour les amateurs français, ce genre de vente rappelle l’intérêt de certaines marques disparues ou quasi inconnues, dont les modèles deviennent des pièces maîtresses de collections privées. Le risque, pour ces voitures extrêmement rares, reste la difficulté à trouver des pièces ou des spécialistes pour l’entretien. Le fait que la Centenaire partage son moteur avec une Lamborghini Countach limite toutefois ce problème sur la partie mécanique.

Et en France : quelle place pour ces supercars de niche ?

En France, le paysage automobile haut de gamme se structure différemment. Le pays a longtemps compté des marques de prestige comme Bugatti (aujourd’hui propriété d’un groupe étranger), mais aussi des artisans tels que Venturi, qui a produit des GT et des supercars dans les années 1980 et 1990 avant de se reconvertir dans l’électrique et la compétition.

Les équivalents les plus proches de la Centenaire se trouvent justement du côté de ces fabricants très confidentiels, qui assemblent quelques dizaines de voitures, destinées surtout à des collectionneurs. Le contrôle technique, l’homologation et les normes françaises et européennes encadrent strictement ces projets, tout en laissant une place à des productions en très faible série, parfois homologuées uniquement pour un usage piste.

Sur le marché français, ces supercars rares se retrouvent parfois dans les ventes aux enchères spécialisées organisées par des maisons reconnues. Les montants atteints dépendent alors autant de la fiche technique que de la rareté, du pedigree en compétition ou du lien avec une période marquante de l’histoire automobile.

Pour un acheteur basé en France qui s’intéresse à une Centenaire ou à un modèle comparable, le passage par un réseau de spécialistes devient indispensable : experts en homologation, ateliers habitués aux châssis carbone, motoristes connaissant les mécaniques d’origine. Ce maillage, désormais bien développé, explique en partie pourquoi des voitures aussi exotiques se retrouvent parfois dans des collections françaises, comme c’est le cas de cet exemplaire avant son départ annoncé aux enchères.

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