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Ce malaise soudain dans une vieille maison n’est pas un fantôme : des sons inaudibles font grimper votre cortisol

Ce malaise soudain dans une vieille maison n'est pas un fantôme : des sons inaudibles font grimper votre cortisol

Une vieille maison, une cave voûtée, un bureau vétuste au sous-sol d’un immeuble au Canada : un malaise diffus s’installe, sans raison apparente.

Un travail publié dans la revue scientifique Frontiers in Behavioral Neuroscience et relayé par le site spécialisé PsyPost montre que des sons très graves, impossibles à entendre pour l’oreille humaine, suffisent à faire grimper le cortisol, l’hormone du stress. De quoi éclairer autrement certains « lieux hantés » au Canada… mais aussi le quotidien des habitants des grandes villes françaises.

Des sons que l’on ne peut pas entendre, mais que le corps ressent

Le son se mesure en fréquence, en Hertz. L’oreille humaine capte en général les bruits compris entre 20 et 20 000 Hertz. En dessous de 20 Hertz, on parle d’infrasons. Ces vibrations profondes ne sont en principe pas audibles, mais elles se propagent dans l’air, les murs, le corps.

Les infrasons existent naturellement, avec les orages violents, certaines tempêtes ou l’activité volcanique. Ils sont aussi produits par nos infrastructures modernes : circulation dense, systèmes de ventilation, chauffages puissants, grosses chaudières, équipements industriels, réseaux de métro, vieilles canalisations qui vibrent dans les bâtiments.

Selon l’équipe canadienne, des vibrations à 18 Hertz, impossibles à percevoir consciemment, provoquent une hausse mesurable du cortisol et une humeur plus irritable.

« Le principal enseignement est que les gens semblent réagir à un son qu’ils ne peuvent pas entendre consciemment », explique Rodney Schmaltz, professeur de psychologie à l’université canadienne MacEwan et auteur principal de l’étude, cité par PsyPost.

Des « maisons hantées » aux laboratoires de psychologie

Si l’équipe s’est intéressée aux infrasons, c’est d’abord en raison de leur lien supposé avec les lieux réputés hantés. Schmaltz rappelle le cas de Vic Tandy, ingénieur britannique qui travaillait dans un laboratoire où il ressentait un malaise persistant et des phénomènes qu’il ne s’expliquait pas.

Après enquête, Tandy identifie une fréquence d’environ 19 Hertz, émise par un ventilateur de la pièce. Une fois l’appareil réparé, les sensations étranges disparaissent. L’ingénieur détecte ensuite des infrasons similaires dans une cave du XIVe siècle à Coventry, connue pour ses récits de phénomènes paranormaux.

Des chercheurs britanniques ont ensuite tenté de tester cette idée dans le cadre du « Haunt project », un programme au Royaume-Uni dirigé par Christopher French. En manipulant à la fois des infrasons et des champs électromagnétiques, ils n’avaient pas observé d’effet clair sur les sensations rapportées par les participants : la personnalité et les attentes des volontaires expliquaient davantage leurs ressentis que les stimuli physiques.

C’est justement cet « échec » qui va relancer la curiosité de l’équipe canadienne. Elle commence par une étude de terrain dans une attraction commerciale d’horreur à Edmonton, baptisée Deadmonton. Résultat : les visiteurs traversent le parcours plus vite lorsqu’un infrasound est diffusé en fond. De là naît l’idée de passer à une expérience plus contrôlée en laboratoire.

Une expérience sur 36 étudiants soumis à 18 Hertz

Pour mesurer l’effet des infrasons sur le corps, les chercheurs se concentrent sur le cortisol, hormone produite par les glandes surrénales pour aider l’organisme à répondre au stress. Lorsque nous nous sentons menacés ou agacés, son taux grimpe.

Trente-six étudiants de premier cycle sont recrutés, 27 femmes et 9 hommes. Un participant est finalement exclu à cause d’un échantillon de salive inutilisable, ce qui laisse 35 personnes dans l’analyse finale.

Pour ne pas fausser les mesures biologiques, les volontaires doivent respecter quelques règles avant l’expérience :

  • ne rien manger pendant l’heure qui précède leur venue au laboratoire ;
  • ne pas fumer, ni consommer de tabac ou de marijuana sur cette période ;
  • boire uniquement de l’eau, afin de garder une salive « propre ».

Les étudiants sont répartis aléatoirement en quatre groupes et installés seuls dans des salles d’essai. Tous écoutent environ cinq minutes de son diffusé par des enceintes d’ordinateur classiques :

  • la moitié écoute une musique calme, de type méditatif ;
  • l’autre moitié écoute une ambiance sonore inquiétante, proche des bandes-son de films d’horreur.

Dans chaque type de musique, une moitié des participants est exposée à une vibration basse fréquence cachée. Des caissons de basses, dissimulés à l’extérieur des pièces, envoient une fréquence constante de 18 Hertz, à un volume compris entre 75 et 78 décibels, comparable à celui d’une grosse machine ou d’un système de ventilation puissant.

Les autres participants entendent exactement les mêmes musiques… mais avec les caissons de basses coupés. Ce sont les groupes « témoins ». Les expérimentateurs, eux-mêmes, ne savent pas quelle condition sonore est active avant le démarrage de chaque session, afin de limiter les biais.

Un cortisol qui grimpe… même avec une musique relaxante

Les chercheurs recueillent un premier échantillon de salive juste avant la diffusion sonore. Un deuxième prélèvement est fait vingt minutes après le début de l’écoute, délai jugé suffisant pour laisser l’hormone se modifier dans l’organisme. À la fin du test, les participants remplissent un questionnaire en ligne évaluant leur état émotionnel et leur perception de la musique.

Les résultats montrent que les volontaires ne détectent pas consciemment l’infrasound. Leurs réponses à la question « les caissons de basses étaient-ils allumés ? » ne sont pas meilleures que le hasard. Leurs attentes vis-à-vis de la pièce n’influencent pas non plus leurs niveaux hormonaux.

Les personnes exposées à 18 Hertz voient leur cortisol augmenter, que la musique de fond soit calmante ou angoissante.

« Une chose nous a quelque peu surpris, c’est la façon dont l’effet interagit avec la musique », confie Rodney Schmaltz. L’équipe s’attendait à ce que l’infrasound accentue surtout les émotions déjà présentes. Autrement dit, que les bruits angoissants amplifient le stress, tandis que la musique apaisante limite l’impact.

Les données racontent une autre histoire : le cortisol augmente dans la condition « infrasound » dans les deux groupes. « Même les personnes qui écoutaient une musique calme ont vu leur cortisol monter », souligne le chercheur. L’infrason agit donc comme un irritant autonome, indépendant de l’ambiance sonore apparente.

Une humeur plus irritable, une musique jugée plus triste

Les réponses aux questionnaires vont dans le même sens. Les participants exposés aux vibrations cachées déclarent :

  • un niveau d’irritation plus élevé ;
  • un intérêt moindre pour l’expérience d’écoute ;
  • une perception plus « triste » des musiques diffusées.

Pris isolément, ces effets restent modestes. « L’irritabilité, la baisse d’intérêt, l’évaluation de tristesse, aucun de ces éléments n’est spectaculaire en soi », souligne Schmaltz. Mais tous évoluent dans la même direction et coïncident avec la hausse de cortisol mesurée dans la salive.

« La clé, c’est la convergence », résume le psychologue. Plusieurs indicateurs indépendants pointent ensemble vers une même conclusion : l’infrasound exerce une petite poussée constante sur l’humeur et la physiologie du stress, en dessous du seuil de conscience.

Pourquoi certaines vieilles maisons paraissent « inquiétantes »

Pour Schmaltz, ces résultats aident à comprendre pourquoi certains lieux donnent « la chair de poule » sans raison visible. Il propose une comparaison parlante :

Pensez à un concert où les basses vous serrent la poitrine et vous hérissent les poils. Maintenant, imaginez une version plus douce de cette sensation… sans musique audible.

Dans une salle de concert, l’origine de cette impression est évidente : les enceintes et la musique. Personne ne s’en inquiète. Mais dans une cave obscure, un couloir de sous-sol ou une vieille maison, les corps peuvent ressentir une légère tension, une gêne floue, sans source identifiée. « On se sent simplement un peu mal à l’aise », résume le chercheur.

Si, en plus, on vous a expliqué que ce bâtiment est hanté, le cerveau tient soudain une explication prête à l’emploi. « La sensation est réelle, mais l’explication que les gens choisissent peut pencher vers le paranormal plutôt que vers le grondement discret de vieilles canalisations ou d’un système de ventilation », note Schmaltz.

Le psychologue insiste : les infrasons ne « fabriquent » pas à eux seuls des croyances aux fantômes. Attentes, imagination et contexte culturel pèsent bien davantage. Les infrasons ne seraient qu’une pièce du puzzle, en ajoutant un léger inconfort qui cherche un sens.

Un polluant discret à interroger, pas une menace majeure

L’étude reste prudente. L’exposition n’a duré qu’environ cinq minutes. Les auteurs reconnaissent qu’ils ne peuvent rien dire des effets d’une présence continue pendant des heures, des jours ou des semaines. Le corps pourrait s’habituer… ou le stress se renforcer. Les données manquent.

Autre limite : l’échantillon se compose surtout de jeunes étudiants, relativement homogènes. Difficile d’extrapoler directement ces résultats à l’ensemble de la population, avec ses âges, états de santé et modes de vie variés.

« Je ne voudrais pas que quelqu’un lise cela comme une preuve que l’infrasound est un grave polluant environnemental », avertit Schmaltz. Pour lui, ces signaux invitent plutôt à approfondir les recherches sur les infrasons comme irritant discret de l’environnement quotidien.

Et en France, où se cachent les infrasons ?

Si l’expérience se déroule au Canada, les sources décrites par les chercheurs existent aussi dans l’Hexagone. Dans les grandes villes françaises, les vibrations graves proviennent en particulier :

  • du trafic routier dense, notamment des poids lourds et bus ;
  • des lignes de métro et de tramway, surtout dans les tunnels ;
  • des centrales de ventilation d’immeubles de bureaux ou de centres commerciaux ;
  • des chaufferies collectives et des grandes chaudières ;
  • de certains sites industriels ou logistiques.

En France, la réglementation sur le bruit traite surtout des sons audibles. Les plaintes de voisinage visent généralement des niveaux sonores que l’on entend clairement : musique trop forte, travaux, circulation. Les infrasons, eux, passent sous le radar, bien qu’ils fassent déjà l’objet de travaux spécialisés en acoustique environnementale.

Les autorités locales et les agences de santé se penchent avant tout sur le bruit classique, la pollution de l’air et la densité urbaine pour expliquer le stress des citadins. L’hypothèse avancée par l’équipe canadienne ajoute une possible composante : un « fond » d’irritation alimenté par des vibrations que le corps subit sans en avoir conscience.

Haunted houses, vieux immeubles et vie quotidienne : un même mécanisme

Rodney Schmaltz indique qu’une étude de suivi est déjà en cours : son laboratoire mesure les niveaux d’infrasons dans des bâtiments réputés hantés et les compare à ceux de lieux similaires sans réputation paranormale. Si ces édifices « chargés » présentent effectivement plus de basses fréquences, cela renforcerait le lien entre ces sensations d’angoisse et la présence d’infrasons.

Au-delà des châteaux inquiétants et des attractions d’horreur, le chercheur souhaite surtout comprendre comment ces vibrations agissent comme irritant du quotidien : « Les systèmes de ventilation, les chaudières, le trafic intense, les gros appareils ménagers et les équipements industriels en produisent tous », rappelle-t-il.

Pour mieux cerner l’impact réel, les futures études devront tester des expositions plus longues et une palette plus large de fréquences basses. Dans la vie réelle, les infrasons ne se résument pas à un seul ton de 18 Hertz, mais à un mélange de sons graves, variables selon les lieux et les moments.

Ce que cela change concrètement pour un habitant en ville

Pour un lecteur français, ces travaux n’ont pas vocation à faire craindre chaque ronronnement de chaudière. Ils invitent plutôt à considérer qu’un sentiment opaque de tension, d’agacement ou de tristesse dans certains endroits n’est pas forcément « dans la tête ».

Dans un bureau en sous-sol au bord d’un périphérique, un appartement au-dessus d’un local technique, ou un logement situé près d’une grosse installation de ventilation, un environnement riche en basses fréquences pourrait participer, modestement, à un malaise diffus.

Un acousticien ou un bureau d’études spécialisé en bruit peut, dans certains cas, mesurer ces vibrations et proposer des pistes : isolation renforcée, réglage de ventilations, amortisseurs sur certaines machines, déplacement d’équipements, choix d’horaires de fonctionnement plus adaptés.

Type de source Exemple courant Effet potentiel évoqué par l’étude
Infrastructures urbaines Trafic dense, métro, tunnels routiers Léger accroissement du stress de fond
Installations de bâtiment Ventilation, chaufferie, vieilles canalisations Malaise diffus, sentiment d’inconfort dans certaines pièces
Sites perçus comme « hantés » Caves anciennes, manoirs, châteaux Ressenti étrange que l’on peut attribuer au paranormal

Un irritant discret parmi d’autres facteurs de stress

Les chercheurs restent clairs : les infrasons ne constituent pas, à ce stade, l’explication principale du stress urbain. Pollution de l’air, bruit audible, horaires de travail, conditions économiques ou encore charge mentale familiale pèsent bien davantage sur la santé psychologique.

L’intérêt de cette étude canadienne réside dans l’ajout d’une couche supplémentaire : des vibrations de basse fréquence, omniprésentes mais imperceptibles, pourraient légèrement orienter notre humeur à la baisse, nous rendre plus irritable, et teinter de tristesse ou d’ennui des situations par ailleurs anodines.

Comprendre ce mécanisme permet aussi de porter un autre regard sur certains lieux. Une cave humide, un couloir de sous-sol ou une vieille maison de famille qui « met mal à l’aise » ne cachent pas forcément un fantôme. Elles peuvent simplement vibrer, doucement, à 18 Hertz.

Questions fréquentes

Pouvons-nous entendre les infrasons ?

Non, les infrasons sont par définition inaudibles. L'oreille humaine perçoit les sons entre 20 et 20 000 Hertz, tandis que les infrasons sont en dessous de 20 Hertz. Mais le corps les ressent et réagit à ces vibrations.

D'où proviennent ces infrasons dans la vie quotidienne ?

Ils sont produits par les systèmes de ventilation, les chauffages puissants, le métro, la circulation dense, les vieilles canalisations qui vibrent et les équipements industriels. Naturellement, ils peuvent aussi résulter d'orages violents ou d'activité volcanique.

Quel est l'effet exact des infrasons sur notre corps ?

Selon l'étude, une exposition à 18 Hertz provoque une augmentation du cortisol (hormone du stress) et rend les gens plus irritables, intéressés moins par leur environnement et ils perçoivent les sons comme plus tristes, tout cela sans en être conscients.

Cela explique-t-il réellement les maisons hantées ?

L'étude suggère que certains phénomènes attribués à des hantises pourraient être dus aux infrasons, comme dans le cas de l'ingénieur Vic Tandy qui a détecté une fréquence de 19 Hertz produite par un ventilateur. Cependant, une étude antérieure montrait que les attentes personnelles jouent aussi un rôle important.

Les infrasons affectent-ils différemment selon la musique écoutée ?

Non, surprenant pour les chercheurs : l'infrasound augmente le cortisol que la musique soit calmante ou angoissante. Il agit donc comme un irritant autonome, indépendant de l'ambiance sonore apparente.

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