Au Chili, un père et ses deux fils ont passé une semaine à affronter désert, glace et pente extrême à moto, jusqu’aux confins d’un volcan.
Sur les pentes de l’Ojos del Salado, à la frontière entre le Chili et l’Argentine, une famille chilienne a signé un exploit à couper le souffle. Comme le rapporte le site de records Guinness World Records, Francisco Rencoret et ses fils Max et Tomás ont gravi à moto le plus haut volcan actif du monde pour établir un record d’altitude… et remercier la vie.
Une famille chilienne au sommet du plus haut volcan actif du monde
Le décor de leur aventure : l’Ojos del Salado, géant andin perché à plus de 6 800 mètres, considéré comme le plus haut volcan actif du globe. Deux générations, un père et ses deux fils, ont décidé de s’y attaquer non pas à pied, mais au guidon de motos spécialisées.
Le trio est parti du refuge de la Laguna Santa Rosa, situé à environ 3 780 mètres d’altitude, dans la région de l’Atacama. Devant eux, près de 37 kilomètres de terrain hostile à parcourir : désert de roche typique de l’Atacama, plaques de glace, pentes raides et météo changeante.
Du refuge de Laguna Santa Rosa à 3 780 mètres jusqu’à 6 639 mètres d’altitude, les Rencoret ont signé la plus haute altitude jamais atteinte à moto.
À l’issue de cette ascension progressive, la famille a atteint 6 639 mètres, à environ 200 mètres seulement du cratère du volcan. Selon Guinness World Records, il s’agit de la plus grande altitude jamais atteinte sur une moto, et du point le plus élevé atteint à ce jour sur l’Ojos del Salado.
« Une façon de dire merci pour la vie »
La date n’a pas été choisie au hasard. Les Rencoret ont programmé leur tentative lors de la semaine de Thanksgiving, cette fête américaine de la gratitude qu’ils ont fait leur, à leur manière, au cœur des Andes.
Tomás résume ainsi le sens de la démarche, cité par Guinness World Records : l’ascension est un « effort de Thanksgiving, une façon… de remercier pour la vie ». Pour lui, l’expédition incarne aussi « un travail d’équipe qui combine l’expérience et la détermination d’un père et de ses fils ».
Au-delà du symbole, le défi marque une étape personnelle pour cette famille passionnée de deux-roues. Ils avaient déjà réussi une précédente expédition jusqu’à 6 400 mètres, qui leur a servi de base technique et mentale pour viser plus haut.
Pour les Rencoret, ce record d’altitude est autant une performance sportive qu’un rite familial, pensé comme un hommage à la vie et à leur passion commune de la moto.
Une semaine d’ascension millimétrée pour résister à l’altitude
Sur un volcan de cette envergure, la stratégie compte autant que la performance physique. Les Rencoret ont étalé leur tentative sur sept jours afin de s’acclimater progressivement à l’altitude, condition indispensable pour limiter le risque de mal aigu des montagnes.
Plusieurs étapes clefs ont rythmé cette montée :
- départ au refuge de Laguna Santa Rosa (3 780 m),
- première montée jusqu’au Cerro Siete Hermanas (4 878 m) avant retour au refuge pour dormir plus bas,
- journées suivantes vers le Cerro El Pastillo, autour de 5 500 m,
- installation d’un camp de base à Laguna Verde,
- montée vers le refuge Tejos, situé encore plus haut sur la montagne,
- reconnaissance de l’itinéraire jusqu’à environ 6 500 m pour évaluer la neige, la glace et les passages possibles.
Ce repérage à 6 500 mètres s’est révélé crucial. Il a permis à l’équipe de choisir la meilleure trace, de repérer les zones les plus exposées et de préparer le « dernier coup de collier » jusqu’à la zone record.
Le jour J, cinq heures de moto sur un fil
Le 25 novembre au matin, après un petit-déjeuner rapide au camp, le trio enfourche ses motos à 8 h 20. Devant eux, l’ultime section, la plus engagée, où la moindre erreur peut se payer cher.
Il leur faudra près de cinq heures de pilotage pour atteindre le point culminant de leur itinéraire. Entre les champs de glace, les pierriers instables et les pentes raides, la progression s’effectue au ralenti, mètre après mètre.
Une fois arrivé à 6 639 mètres, le groupe savoure un moment suspendu. Ils prennent le temps de se retrouver, de mesurer le chemin parcouru, avant de sortir l’appareil photo pour immortaliser l’exploit. Ils brandissent aussi le drapeau chilien, manière d’associer leur pays à cette aventure hors norme.
Des motos de trial poussées à l’extrême
Sur cet itinéraire, la machine compte presque autant que l’être humain. Les trois Chiliens ont choisi des TRS One XTracks, des motos de trial fabriquées en Espagne, conçues pour les franchissements techniques mais aussi pour des sorties tout-terrain plus longues.
Contrairement aux motos de motocross ou aux gros trails (les motos « adventure ») souvent utilisées pour les records d’altitude, les motos de trial sont plus légères, plus maniables et pensées pour grimper sur des obstacles très techniques. En revanche, elles offrent moins de confort et d’autonomie, ce qui ajoute une contrainte pour une expédition prolongée.
| Type de moto | Atout majeur | Limite en haute altitude |
|---|---|---|
| Moto de trial (TRS One XTrack) | Grande maniabilité, précision sur terrain technique | Confort limité, autonomie plus réduite |
| Motocross | Puissance et suspensions pour le rythme soutenu | Moins adaptée aux franchissements très lents à très haute altitude |
| Moto « adventure » (trail) | Confort et capacité à avaler de longues distances | Poids important, maniabilité réduite sur pentes extrêmes |
La famille tenait à démontrer qu’avec la bonne technique et une préparation sérieuse, ces machines, souvent cantonnées aux zones de trial, pouvaient aussi évoluer sur un volcan à plus de 6 600 mètres.
Pour les Rencoret, ce record est aussi une vitrine de la maîtrise nécessaire pour manier une moto de trial dans un environnement où l’oxygène se raréfie et où les conditions changent d’une heure à l’autre.
Un record qui détrône une précédente marque sur le même volcan
Avant l’ascension des Rencoret, le record d’altitude à moto sur l’Ojos del Salado appartenait au Suisse Jiri Zak. En février 2020, il avait atteint 6 546 mètres, déjà sur ce même volcan chilien.
En atteignant 6 639 mètres, la famille chilienne repousse encore la limite. Selon Guinness World Records, il s’agit à ce jour de la plus haute altitude atteinte en moto, tous lieux confondus, et du point le plus haut jamais atteint sur ce volcan.
En France, des ascensions encadrées et une réglementation stricte
Pour un lecteur français, un tel record peut faire rêver, mais une expédition identique serait quasiment impossible dans l’Hexagone, faute de sommets assez hauts et surtout en raison d’une réglementation beaucoup plus stricte sur la circulation motorisée en montagne.
En France, la circulation des véhicules à moteur en dehors des voies ouvertes à la circulation publique est fortement encadrée, en particulier dans les parcs nationaux et les réserves naturelles. Dans le massif du Mont-Blanc ou dans les parcs nationaux alpins, il est interdit de monter à moto sur les sentiers ou les zones protégées. Les autorités privilégient la préservation des milieux fragiles et la sécurité.
Cela n’empêche pas les amateurs de tout-terrain de pratiquer légalement, mais dans des cadres bien délimités :
- randonnées encadrées sur des chemins autorisés,
- sites privés ou circuits spécialisés,
- compétitions organisées par des fédérations reconnues, avec autorisations administratives.
Les expéditions françaises les plus proches de celle des Rencoret se déroulent davantage à ski, en alpinisme ou en randonnée pédestre, encadrées par des guides de haute montagne. La pratique motorisée reste cantonnée à des altitudes plus modestes et des terrains moins sensibles.
Les risques concrets d’une aventure à plus de 6 000 mètres
Une ascension comme celle des Rencoret n’est pas seulement impressionnante, elle est aussi engagée. Au-delà du défi mécanique, la principale menace vient de l’altitude elle-même. Le manque d’oxygène peut provoquer maux de tête, nausées, fatigue extrême, voire des formes graves de mal aigu des montagnes.
C’est pour limiter ces risques que la famille a pris le temps de monter par paliers, en dormant régulièrement plus bas que l’altitude atteinte dans la journée. Cette technique d’acclimatation est bien connue dans l’alpinisme de très haute altitude.
S’ajoutent d’autres dangers très concrets :
- températures négatives et vent violent sur les crêtes,
- plaques de glace pouvant faire glisser la moto malgré les crampons des pneus,
- pentes instables où pierres et gravillons se dérobent sous les roues,
- isolement en cas de panne ou de blessure, loin de tout secours rapide.
Quand passion de la moto rime avec aventure responsable
Une telle expédition montre comment certains passionnés de moto cherchent à repousser leurs limites sans se contenter des circuits ou des balades dominicales. Ces projets se préparent comme de vraies expéditions d’alpinisme : logistique, météo, acclimatation, choix du matériel et gestion des risques.
Pour un motard français, cette histoire peut inspirer des projets plus modestes mais plus accessibles : raids tout-terrain encadrés, séjours dans les Alpes ou les Pyrénées, voyages sur pistes au Maroc ou dans d’autres pays où les itinéraires off-road restent autorisés, toujours en respectant les règles locales et l’environnement.
Au sommet de l’Ojos del Salado, les Rencoret n’ont pas seulement fait tomber un record. Ils ont transformé une passion familiale en expérience hors norme, menée guidon en main, pour mieux savourer ce que la vie leur offre. Une façon très concrète de dire « merci », à 6 639 mètres d’altitude.








