Face au chaos qui s’installe pièce après pièce, une organisatrice professionnelle basée au Mexique détaille sa méthode pour reprendre la main.
Interrogée dans un pódcast mentionné par le média en ligne espagnol El Periódico, l’organisatrice professionnelle mexicaine Claudia Torre rappelle que le désordre n’est pas une fatalité. Selon elle, chaque maison abrite en moyenne 300 000 objets, ce qui explique pourquoi ranger semble parfois insurmontable. Elle décrit trois étapes clés pour réussir à désencombrer son intérieur, sans s’épuiser ni abandonner en cours de route.
Ranger n’est pas inné : « l’ordre se travaille »
Claudia Torre exerce au Mexique le métier d’organisatrice professionnelle, l’équivalent des coachs en rangement qui se développent aussi en France. Invitée du pódcast « Tiene Sentido », présenté par Eli Romero, elle défend une idée simple : personne n’est condamné à vivre dans le bazar permanent.
« L’ordre et l’organisation ne sont pas un luxe, mais une nécessité dont nous avons tous besoin », affirme Claudia Torre.
Elle distingue deux profils très répandus : ceux qui trient régulièrement et éliminent ce qui ne sert plus, et ceux qui laissent les objets s’accumuler jusqu’à saturation. À ceux qui se reconnaissent dans le second groupe, elle tient un discours volontairement rassurant : l’ordre s’apprend, se développe et se perfectionne, à condition de s’y prendre par étapes.
Premier constat : nous vivons au milieu de 300 000 objets
Claudia Torre rappelle un chiffre qui circule depuis plusieurs années parmi les professionnels du rangement domestique. Selon une estimation popularisée par l’organisatrice américaine Regina Lark et citée en 2014 par le journal Los Angeles Times, une maison moyenne contiendrait environ 300 000 objets, du plus insignifiant au plus volumineux.
« Une maison a en moyenne plus ou moins 300 000 objets. Si tu dois décider pour chacun d’eux, cela va te prendre du temps », prévient la spécialiste.
Ce volume inclut aussi bien les petits éléments du quotidien, comme les trombones, câbles ou stylos, que les vêtements, les livres, les ustensiles de cuisine, les jouets, ou encore les équipements plus imposants comme les planches à repasser. Avec une telle quantité, espérer tout trier en une journée relève de l’illusion, souligne l’organisatrice : le désordre accumulé depuis parfois trente ans ne disparaît pas en un week-end.
Étape 1 : distinguer « mettre en ordre » et « organiser »
Pour Claudia Torre, la première étape consiste à comprendre que « ranger » et « organiser » ne recouvrent pas la même réalité. Aligner les objets par taille ou par couleur donne une impression de propreté, mais cela ne règle pas le fond du problème.
« On peut ranger par couleurs, par tailles, mais organiser, c’est le processus qui te mène à cet ordre », résume-t-elle.
Organiser implique plusieurs actions successives :
- Rassembler une même catégorie d’objets au même endroit (tous les papiers ensemble, tous les t-shirts, tous les câbles, etc.).
- Classer pour savoir exactement ce que l’on possède, en arrêtant de disséminer les affaires dans toute la maison.
- Observer ce qui est vraiment utilisé, ce qui est en double et ce qui ne sert plus.
Cette première étape rend visible l’ampleur de l’accumulation. Elle permet aussi de prendre conscience des habitudes d’achat et des « zones noires » de la maison, là où tout finit par s’entasser.
Le cas sensible des papiers et documents
Selon l’organisatrice, le coin le plus désordonné d’un logement reste souvent celui des documents importants : factures, contrats, relevés bancaires, anciens dossiers professionnels, papiers de santé. Les personnes plus jeunes basculent progressivement vers le tout-numérique, mais les générations plus âgées conservent une forte dépendance au papier.
« Beaucoup gardent d’anciens relevés bancaires avec un logo qui n’est même plus le même, au cas où ils en auraient besoin », observe-t-elle.
Ces piles de dossiers créent un sentiment d’inachevé et de lourdeur mentale. Pour reprendre la main, l’organisatrice conseille d’en faire une catégorie à part entière, à traiter méthodiquement, en séparant ce qui doit légalement être conservé du reste.
Étape 2 : la « purge » – ne garder que ce qui sert ou rend heureux
Pour Claudia Torre, la phase décisive de tout processus d’organisation s’appelle la « dépuration », autrement dit le tri en profondeur. Une fois les objets regroupés par catégorie, il faut décider ce qui reste et ce qui sort de la maison.
« Quand tu organises, le pas qui fait toute la différence, c’est la dépuration. Tu dois toujours épurer et ne garder que ce que tu aimes, utilises, dont tu as besoin et qui te rend heureux », insiste l’experte.
Elle décrit notamment le profil très courant des personnes « au cas où » :
- elles accumulent des objets « au cas où un jour » ils serviraient ;
- elles profitent de toutes les promotions sans anticiper l’espace nécessaire pour tout stocker ;
- elles ont du mal à jeter un article encore en bon état, même s’il reste inutilisé pendant des années.
Ce comportement, bien ancré dans de nombreux foyers, finit par saturer les placards, les caves et les garages. Pour y remédier, l’organisatrice invite à se poser systématiquement quelques questions simples : quand ai-je utilisé cet objet pour la dernière fois ? Est-ce que je l’aime vraiment ? Est-ce qu’il a une utilité concrète dans mon quotidien ?
Patience et réalisme face à des années d’accumulation
Claudia Torre insiste sur un point souvent négligé : la gestion du temps. Beaucoup de personnes se découragent parce qu’elles visent un résultat immédiat.
« Ne crois pas que tu vas pouvoir régler le désordre de 30 ans en un jour, parce que cela n’arrivera pas », prévient-elle.
Elle recommande plutôt de fractionner le travail : une catégorie à la fois, une pièce à la fois, voire une simple étagère. L’important reste la régularité et non la performance sur une journée isolée.
Étape 3 : créer des « systèmes » pour que l’ordre dure
Une maison peut sembler rangée après une grande session de tri, mais replonger très vite dans le chaos. Pour l’organisatrice, l’étape finale consiste à créer de véritables « systèmes » de rangement, c’est-à-dire des règles simples et répétables que toute la famille peut appliquer.
« Cela ne sert à rien de déplacer les choses pour qu’elles aient l’air mieux si tu ne peux pas maintenir cet ordre dans le temps. Créer des systèmes aide à le conserver plus longtemps », explique-t-elle.
Un système peut prendre différentes formes :
L’objectif n’est pas d’atteindre une perfection irréaliste, mais d’obtenir un ordre « maintenable », adapté au mode de vie des occupants.
Que signifie « organisateur professionnel » pour un lecteur français ?
Le métier exercé par Claudia Torre au Mexique se rapproche des « home organiser » et des coachs en rangement à domicile qui se développent en France. Ces professionnels interviennent directement chez les particuliers pour les aider à trier, réaménager leurs espaces et mettre en place des systèmes durables.
En France, ce type d’accompagnement reste encadré par le droit commun des services à la personne lorsque la prestation est réalisée au domicile. Ces intervenants ne remplacent ni les déménageurs, ni les services sociaux, mais peuvent agir en complément, notamment face aux accumulations extrêmes ou à la détresse liée au désordre.
Les principes exposés par Claudia Torre – tri par catégories, réduction des possessions et création de routines – sont largement repris par ces professionnels français, qui les adaptent au contexte local et aux contraintes de chaque logement, en appartement comme en maison individuelle.
Un désordre qui pèse sur le moral et le quotidien
Au-delà de l’esthétique, la spécialiste mexicaine rappelle que l’enjeu touche aussi à la santé mentale. Vivre dans un espace saturé complique les tâches courantes, génère de la culpabilité et nourrit un sentiment permanent de retard.
La méthode en trois temps qu’elle décrit – comprendre l’ampleur du stock d’objets, épurer sans culpabiliser, puis instaurer des systèmes – vise à alléger cette charge. Chaque sac de vêtements donné, chaque pile de papiers triée, chaque tiroir réorganisé contribue à réduire la sensation de débordement.
Pour un foyer français, ces principes restent transposables, à condition de tenir compte de la réglementation nationale sur la durée de conservation de certains documents (fiscaux, bancaires, immobiliers) et d’orienter ce qui est jeté vers les filières adaptées : recyclage, déchetteries, dons aux associations, plateformes de vente d’occasion.
En combinant cette approche structurée avec les services disponibles localement – collecte des déchets encombrants, ressourceries, associations caritatives –, un logement peut peu à peu passer du « tout entassé » à un environnement plus fluide, où chaque objet a une utilité claire et une place définie.








