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Un possum plus gros squattait les nichoirs : les chercheurs ont réduit l’entrée d’un seul millimètre pour sauver une espèce menacée

Un possum plus gros squattait les nichoirs : les chercheurs ont réduit l'entrée d'un seul millimètre pour sauver une espèce menacée

Sur l’île australienne de Kangaroo Island, un minuscule marsupial menacé lutte pour sa survie après des incendies géants.

Les incendies de « l’été noir » 2019-2020 en Australie ont ravagé Kangaroo Island et presque anéanti le minuscule little pygmy-possum, un marsupial rare. Pour tenter de l’aider, des chercheurs ont installé des nichoirs artificiels. Mais comme le raconte le site spécialisé A-Z Animals, cette bonne idée s’est retournée contre l’espèce ciblée… jusqu’à une modification presque imperceptible : un millimètre en moins à l’entrée.

Une espèce minuscule, déjà rare avant les incendies

Sur Kangaroo Island, au large de l’Australie-Méridionale, cohabitent deux espèces de pygmy-possums : le western pygmy-possum, le plus commun, et le little pygmy-possum, encore plus petit et bien plus rare. Ce dernier ne pèse qu’environ un quart d’once, soit à peine quelques grammes.

Ces marsupiaux arboricoles se cachent dans les cavités naturelles des troncs d’arbres et des branches. Le paysage de l’île, riche en vieux arbres creux, offrait jusqu’ici un habitat idéal. Pourtant, même avant la catastrophe, les observations de little pygmy-possum restaient limitées : seulement 113 enregistrements formels recensés sur Kangaroo Island.

Une telle rareté rend la moindre perturbation critique. Les incendies de l’été 2019-2020 allaient le confirmer avec brutalité.

Les feux du « Black Summer » ont tout bouleversé

Lors du « Black Summer » 2019-2020, de gigantesques feux de brousse ont ravagé l’est et le sud de l’Australie. Kangaroo Island a brûlé pendant six semaines, dans l’un des épisodes les plus destructeurs de l’histoire du pays.

Selon les estimations citées par A-Z Animals, jusqu’à 88 % de l’habitat du little pygmy-possum sur l’île auraient disparu. Les vieux arbres creux sont partis en fumée, emportant avec eux abris, sites de reproduction et sources de nourriture.

Pour les spécialistes de la faune locale, tout laissait penser que le minuscule marsupial avait disparu de l’île.

Dans les cendres de Kangaroo Island, les naturalistes s’attendaient à trouver des carcasses, pas un survivant d’une espèce quasi introuvable.

C’est alors que l’ONG locale Kangaroo Island Land for Wildlife a mené des prospections dans les zones brûlées. Près de 200 animaux vivants ont été récupérés dans les décombres. Parmi eux, un individu de little pygmy-possum. Une découverte inattendue, preuve que l’espèce avait résisté, au moins en partie, à la catastrophe.

Des nichoirs pour sauver le pygmy-possum… qui profitent surtout au voisin

Reste un problème majeur : les arbres creux, indispensables aux deux espèces de pygmy-possums, ont été décimés. Sans refuges naturels, la survie et le retour à des effectifs viables s’annoncent difficiles.

Des chercheurs de l’université d’Adélaïde et de la Kangaroo Island Research Station ont alors proposé une solution : installer des nichoirs artificiels. Le Kangaroo Island Nest Box Project est lancé, avec une forte participation des habitants de l’île.

Des bénévoles, notamment de la Kangaroo Island Dance School, fabriquent et surveillent 413 nichoirs destinés aux pygmy-possums. Chaque boîte possède une entrée circulaire : soit 20 millimètres, soit 16 millimètres de diamètre.

Objectif : offrir rapidement un toit aux pygmy-possums, en particulier aux plus petits, dont l’habitat naturel a disparu.

Mais une fois les boîtes installées, une réalité dérangeante apparaît.

Les nichoirs pensés pour le minuscule little pygmy-possum sont principalement occupés par son cousin plus gros, le western pygmy-possum.

Qu’il s’agisse de trous de 20 ou 16 millimètres, ce dernier parvient à entrer partout. Il n’est pas menacé d’extinction, mais il concurrence directement les plus petits pour l’accès aux refuges. Résultat : les animaux que le dispositif devait protéger se retrouvent à la porte, littéralement « laissés dehors dans le froid ».

Cette situation illustre un effet pervers classique des programmes de conservation : une mesure pensée pour aider une espèce peut, en réalité, favoriser un concurrent et aggraver la situation initiale.

Un millimètre de moins qui change tout

Face à ce constat, l’équipe du Nest Box Project revoit sa copie. Les scientifiques conçoivent un nouveau modèle de nichoir avec une ouverture encore plus petite : 15 millimètres, soit un seul millimètre de moins que le plus petit diamètre précédent.

Ces boîtes tests sont installées dans une zone de Kangaroo Island où des little pygmy-possums avaient été aperçus après les feux. Les chercheurs attendent, puis reviennent inspecter discrètement les nichoirs.

Les boîtes avec une entrée de 15 millimètres ne sont occupées que par des little pygmy-possums. Le millimètre en moins exclut les voisins plus gros.

Dans un communiqué repris par A-Z Animals, Sophie Petit, maître de conférences à l’école des sciences biologiques de l’université d’Adélaïde et responsable du projet, affirme que ces résultats montrent qu’il est « techniquement possible d’exclure les western pygmy-possums » en réduisant l’entrée d’un millimètre au bénéfice des plus petits.

Elle souligne cependant que ces observations restent limitées : l’espèce ciblée est rare, les effectifs suivis sont donc faibles, et il faudra davantage de données pour confirmer cette stratégie à grande échelle.

Autre question en suspens, rappelée par la chercheuse : on ignore encore si les little pygmy-possums peuvent s’y reproduire avec succès à long terme et si ces boîtes, aux ouvertures restreintes, n’entravent pas d’autres comportements vitaux.

Un voisin carnivore qui complique encore le tableau

Les pygmy-possums ne sont pas les seuls à convoiter les cavités pour s’abriter. Sur Kangaroo Island vit aussi un autre marsupial, le Kangaroo Island dunnart, carnivore, plus gros et beaucoup plus agressif.

Cette espèce, elle aussi sévèrement touchée par les feux, s’intéresse volontiers aux nichoirs. Des travaux antérieurs menés par la même équipe avec des boîtes à ouverture de 20 millimètres ont montré que les dunnarts les utilisaient volontiers.

« Une rencontre entre dunnarts et pygmy-possums pourrait créer des feux d’artifice, et ce sont probablement les dunnarts qui les apprécieraient », prévient avec humour le chercheur Peter Hammond, de la Kangaroo Island Research Station.

Autrement dit, un nichoir peut se transformer à la fois en refuge et en piège, en concentrant dans un même espace proies et prédateurs potentiels, ou en mettant en concurrence plusieurs espèces fragilisées.

Quand une bonne intention devient un piège pour la biodiversité

Pour Sophie Petit, cette expérience montre à quel point chaque détail compte dans un programme de conservation. Même un changement infime, comme un millimètre de diamètre, peut modifier la liste des bénéficiaires… ou des perdants.

« Toute intervention sur la faune peut comporter des risques. Dans ce cas, une différence d’un millimètre pour le trou d’entrée d’un nichoir était significative pour ces petits animaux », insiste la scientifique.

Elle rappelle que l’usage des nichoirs doit faire l’objet d’évaluations scientifiques rigoureuses. Ces dispositifs peuvent influer sur la sélection génétique lorsqu’un type d’abri devient limitant, modifier les interactions entre espèces et soulever des questions de bien-être animal.

  • Une ouverture trop large laisse entrer les concurrents ou les prédateurs.
  • Une ouverture trop étroite peut gêner la reproduction ou l’accès des jeunes.
  • Un matériau inadapté peut provoquer surchauffe ou humidité excessive.
  • Une implantation mal pensée peut favoriser une espèce au détriment d’une autre menacée.

Dans le cas de Kangaroo Island, les chercheurs ont eu la chance d’identifier assez tôt ces effets inattendus. D’autres programmes de restauration, ailleurs dans le monde, peuvent mettre des années avant de repérer ce type de biais.

Ce que cela rappelle pour la France et ses nichoirs

En France, l’usage de nichoirs pour les oiseaux, les chauves-souris ou certains petits mammifères est largement répandu, autant par les particuliers que par les collectivités locales. Les associations naturalistes et l’Office français de la biodiversité encouragent leur installation, mais avec des cahiers des charges précis.

Comme en Australie, le diamètre des trous d’envol pour les oiseaux ou l’ouverture des gîtes à chauves-souris joue un rôle clé. Les organisations de protection de la nature publient ainsi des plans standardisés pour différents groupes d’espèces. L’idée n’est pas seulement de « loger » des animaux, mais de cibler les espèces qui en ont réellement besoin, sans favoriser les plus opportunistes.

Les retours d’expérience français insistent sur plusieurs principes désormais bien établis :

  • Adapter le diamètre de l’entrée à l’espèce visée pour limiter l’accès aux concurrentes.
  • Choisir soigneusement l’emplacement (hauteur, orientation, distance des routes ou des habitations).
  • Éviter de multiplier les nichoirs sans suivi, afin de repérer rapidement des effets indésirables.
  • Associer ces installations à la protection des habitats naturels, qui restent prioritaires.
  • Le cas de Kangaroo Island illustre de manière frappante cette approche : une petite modification technique, fondée sur des mesures de terrain, peut réorienter un dispositif vers l’espèce réellement menacée, à condition d’accepter de corriger le tir.

    Un laboratoire grandeur nature pour les interventions futures

    Cette histoire de millimètre n’est donc pas seulement un détail d’ingénierie. Elle montre que les programmes d’aide à la faune sauvage doivent rester expérimentaux, adaptatifs et suivis sur la durée. Installer des nichoirs, restaurer un milieu ou déplacer des animaux ne suffit pas : chaque geste crée une nouvelle configuration écologique, parfois imprévisible.

    Pour les scientifiques australiens, Kangaroo Island devient ainsi un véritable laboratoire à ciel ouvert. Le suivi des pygmy-possums et des dunnarts dans les années à venir donnera des indices précieux sur la bonne taille des ouvertures, l’emplacement idéal des boîtes et la capacité de ces espèces à cohabiter ou à se partager les refuges.

    Pour les lecteurs français intéressés par la biodiversité, l’expérience australienne apporte un message concret : poser un nichoir ou un abri pour la faune, même dans son jardin, ne se réduit pas à un geste symbolique. Le choix du modèle, du diamètre d’entrée et de l’espèce visée repose sur des données naturalistes accumulées depuis des années. À Kangaroo Island, un unique millimètre rappelle jusqu’où va parfois cette précision.

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