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Des lions et des hyènes suivis par GPS pendant 6 ans, une position toutes les 5 minutes : ce n’est pas celui qu’on croit qui poursuit l’autre

Des lions et des hyènes suivis par GPS pendant 6 ans, une position toutes les 5 minutes : ce n'est pas celui qu'on croit qui poursuit l'autre

En Namibie et au Botswana, des chercheurs ont suivi par GPS des lions et des hyènes pendant six ans, révélant une dynamique de poursuite inattendue.

Une étude menée pendant plusieurs années en Afrique australe, relatée par le site spécialisé A-Z Animals, remet en cause l’image classique de la rivalité entre lions et hyènes. Grâce à des colliers GPS enregistrant leurs déplacements toutes les cinq minutes, les scientifiques ont pu déterminer, de façon très précise, qui s’approchait de qui… et qui préférait s’éloigner discrètement.

Une rivalité façonnée par Le Roi Lion, mais démentie par les données

Pour beaucoup de spectateurs, l’image des hyènes vient tout droit du film d’animation Le Roi Lion : des charognards sournois, toujours prêts à voler la nourriture des lions. La réalité observée sur le terrain en Namibie et au Botswana est beaucoup moins flatteuse… pour les lions.

Depuis plusieurs années, des biologistes, notamment le Ngorongoro Hyena Project en Tanzanie, montrent déjà que les lions volent plus souvent les proies des hyènes que l’inverse. Quand un lion surgit sur une carcasse dont se nourrissent des hyènes, ces dernières ont rarement d’autre choix que de se retirer et d’attendre que le félin ait terminé.

La question restait pourtant ouverte sur un point précis : si l’on suit pas à pas les deux espèces, sur de longues périodes, laquelle a tendance à aller vers l’autre ? Les hyènes sont-elles vraiment les « voleuses » qui rôdent autour des lions, ou bien l’inverse se produit-il plus souvent qu’on ne le pense ?

Les colliers GPS ont permis de répondre, en enregistrant une position toutes les cinq minutes pendant six ans pour chaque animal suivi.

Six années de suivi GPS en Namibie et au Botswana

Pour apporter une réponse, des chercheurs ont équipé 17 lions et 14 hyènes tachetées de colliers GPS dans deux grandes zones protégées d’Afrique australe : le parc national d’Etosha, en Namibie, et la région de Chobe-Linyanti, au Botswana. Les faits se déroulent entre 2013 et 2018.

Les colliers ont enregistré, pendant les heures les plus actives des animaux, une localisation toutes les cinq minutes. Au total, 349 163 positions ont été recueillies. Autrement dit, des centaines de milliers de « points » dessinant, pas à pas, les déplacements des prédateurs, sans dépendre de la présence d’observateurs humains sur place.

Dans dix cas, un lion et une hyène portaient un collier fonctionnant exactement aux mêmes instants, permettant de comparer simultanément leurs trajectoires. C’est sur ces duos que l’analyse fine s’est concentrée : à chaque intervalle de cinq minutes, l’animal se rapprochait-il de l’autre, ou s’en éloignait-il ?

Hyènes en retrait, lions qui ne cèdent jamais du terrain

Les résultats contredisent directement la vision populaire. Dès que lion et hyène se trouvent dans un rayon de 10 kilomètres l’un de l’autre, huit hyènes sur dix se déplacent plus souvent en s’éloignant qu’en se rapprochant. Lorsque la distance se réduit à 5 kilomètres, la tendance devient générale : pour les neuf duos disposant de données exploitables, la hyène prend ses distances.

Les chercheurs ont quantifié ce comportement avec un « ratio vers l’autre » (toward-ratio). Pour les hyènes, ce ratio est de 0,461 : légèrement inférieur à 0,5, seuil qui correspondrait à un simple pile ou face. L’animal a donc plus de chances d’aller dans la direction opposée à celle de son rival.

Dans tous les duos étudiés, aucune hyène n’a montré une tendance claire à se rapprocher d’un lion : la norme, c’est la fuite prudente.

Un exemple illustre particulièrement bien ce schéma. Un lion identifié sous le code OF-34309 et une hyène nommée SA-33872 ont été suivis simultanément. Le lion présentait un ratio de 0,687, ce qui montre un net mouvement de rapprochement. La hyène, elle, affichait un ratio de 0,299, signe d’une franche tendance à la retraite. Sur la même zone, au même moment, l’un avançait, l’autre se dégageait.

Les lions ne fuient jamais les hyènes, les mâles penchent vers l’attaque

Faut-il pour autant en déduire que tous les lions « traquent » activement les hyènes ? L’analyse globale nuance un peu l’image. Sur l’ensemble des individus suivis, la probabilité moyenne qu’un lion se dirige vers une hyène est de 0,517, très proche du fameux 0,5 du pile ou face. Seuls trois duos sur dix montrent une approche significative du côté du lion.

Mais un point ressort clairement : aucun lion ne semble éviter les hyènes. Les auteurs de l’étude le formulent explicitement : si les lions étaient gênés par la présence des hyènes, certains devraient montrer une tendance nette à s’en éloigner. Or « nous n’en voyons aucun », écrivent-ils.

Aucun lion suivi n’a montré de comportement de fuite face à une hyène, tandis que la plupart des hyènes s’écartent des lions.

Une différence entre mâles et femelles

Autre détail révélateur : les lions mâles et femelles ne se comportent pas de la même manière. Les mâles étudiés penchent davantage vers l’approche. Sur trois duos impliquant des mâles, le ratio moyen de déplacement « vers la hyène » atteint 0,573, et les trois cas se situent au-dessus de la barre de 0,5.

Les femelles, à l’inverse, se situent autour de 0,486, c’est-à-dire très près d’un comportement aléatoire, sans biais fort vers la fuite ou l’approche. La différence entre mâles et femelles n’est pas statistiquement solide, faute d’échantillon suffisant : seules deux hyènes mâles figurent dans ces duos. Mais le résultat colle avec l’hypothèse initiale des chercheurs, qui s’attendaient à un rôle plus offensif des mâles dans cette rivalité.

Les colliers, eux, n’enregistrent que des coordonnées et des heures, pas les motivations des animaux. Les scientifiques se gardent donc bien d’attribuer des intentions humaines, ni de parler de « méchant » ou de « gentil ». Les données décrivent simplement une rivalité asymétrique : la hyène se décale, le lion tient sa position, et, lorsqu’il est mâle, a tendance à réduire la distance.

Pourquoi les études précédentes étaient passées à côté

Jusqu’ici, les travaux portant sur les relations entre lions et hyènes se concentraient surtout sur l’utilisation globale de l’espace : quelles zones d’un parc national chaque espèce fréquente-t-elle, à quelles distances moyennes se trouvent-elles l’une de l’autre, quels habitats privilégient-elles ? À cette échelle « paysage », les hyènes ne semblent pas éviter systématiquement les lions.

Ce nouveau suivi pas à pas raconte une autre histoire. À l’échelle d’un territoire entier, deux espèces peuvent sembler partager les mêmes secteurs. Mais, à l’échelle de quelques kilomètres et de quelques minutes, le comportement change : quand la présence d’un lion se précise, la hyène ajuste très finement sa trajectoire pour s’écarter.

  • À grande échelle : répartition spatiale similaire, pas d’exclusion flagrante.
  • À petite échelle : hyènes qui reculent, lions qui ne se dérobent pas.
  • Sur les carcasses : lions davantage voleurs de proies que victimes.

Ce « zoom » comportemental s’accorde avec d’autres observations de terrain. Dans des régions où lions et hyènes cohabitent, ces dernières sont plus actives le jour, ce qui semble être une façon d’éviter les heures de pointe d’activité des lions. Les hyènes n’osent s’attaquer aux proies des lions que lorsqu’elles sont très nombreuses, et surtout en l’absence de mâles, connus pour être particulièrement dissuasifs.

Ce que cela change pour la compréhension de la prédation en Afrique

Pour les écologues, ce type de suivi ultra-détaillé ouvre une nouvelle façon d’étudier les interactions entre grands carnivores. L’impact d’un lion ou d’une hyène sur un écosystème ne dépend pas seulement du nombre de proies tuées, mais aussi de la manière dont leur simple présence modifie les déplacements des autres espèces.

Un prédateur que l’on évite change les trajectoires, les horaires d’activité et même les zones de chasse de ses concurrents. Ces ajustements peuvent influencer la répartition des herbivores, la régénération de la végétation et, à terme, l’équilibre général d’un parc national.

Espèce Tendance face à l’autre Ratio moyen « vers l’autre »
Hyène tachetée Plutôt fuite 0,461
Lion (tous confondus) Ni fuite ni approche nette 0,517
Lion mâle Légère approche 0,573

Et en France, que sait-on de ce type de suivi GPS des animaux sauvages ?

Si la France n’abrite évidemment ni lions ni hyènes à l’état sauvage, les méthodes employées en Namibie et au Botswana sont proches de celles utilisées pour mieux comprendre le loup, l’ours ou le lynx sur le territoire français. Les équipes de l’Office français de la biodiversité et divers programmes de recherche équipent régulièrement certains de ces animaux de colliers GPS ou de balises, afin de suivre leurs déplacements.

Ces données servent notamment à :

  • cartographier les couloirs de déplacement (zones de passage régulières) ;
  • identifier les secteurs où la cohabitation avec les activités humaines est la plus délicate ;
  • mieux protéger certaines zones de reproduction ou de repos ;
  • évaluer les interactions entre prédateurs et troupeaux domestiques.

Comme en Afrique australe, ce type d’outils permet de passer d’une vision globale (présence dans telle région) à une analyse fine : horaires de sortie, réactions face à un dérangement, stratégies d’évitement des humains ou d’autres animaux. En France, ces résultats alimentent ensuite le débat public sur la gestion de la faune sauvage, qu’il s’agisse de mesures de protection ou de prévention des dommages aux élevages.

Ce que révèle vraiment un collier GPS sur un animal

Un collier GPS placé sur un grand carnivore fonctionne comme un traceur discret : il enregistre la position de l’animal grâce au système satellitaire et transmet périodiquement les données aux chercheurs, souvent via un réseau radio ou satellite. Dans l’étude citée par A-Z Animals, l’intervalle choisi – cinq minutes – est particulièrement serré, ce qui permet d’observer des réactions rapides, par exemple lorsqu’un autre prédateur entre dans un rayon de quelques kilomètres.

Ce type d’outil reste toutefois limité : il ne fournit pas le contexte précis (présence d’une carcasse, comportement des autres membres du groupe, météo), ni les « intentions » de l’animal. Les scientifiques doivent donc croiser ces trajectoires avec d’autres indices (observations, pièges photographiques, connaissances sur le comportement de l’espèce) pour interpréter les données sans les sur-interpréter.

Dans le cas des lions et des hyènes de Namibie et du Botswana, les chiffres ne disent pas qui a raison ou tort, ni qui « mérite » son image au cinéma. Ils montrent simplement que, sur le terrain, la prudence vient plutôt des hyènes, tandis que les lions, surtout les mâles, assument davantage le face-à-face dans cette rivalité de prédateurs africains.

Questions fréquentes

Combien d'animaux ont été équipés de colliers GPS pour cette étude ?

17 lions et 14 hyènes tachetées ont été suivis dans le parc national d'Etosha en Namibie et la région de Chobe-Linyanti au Botswana entre 2013 et 2018.

Qui poursuit vraiment qui entre les lions et les hyènes ?

Ce sont les lions qui ont tendance à se rapprocher des hyènes ou à maintenir leur position, tandis que huit hyènes sur dix s'éloignent quand un lion se trouve à moins de 10 kilomètres. Les hyènes ne poursuivent pas les lions.

Y a-t-il une différence de comportement entre les lions mâles et femelles ?

Oui, les lions mâles montrent une plus grande tendance à se rapprocher des hyènes (ratio de 0,573) comparé aux femelles qui adoptent un comportement quasi aléatoire (ratio de 0,486).

Pourquoi les études précédentes ne s'étaient-elles pas aperçues de cette asymétrie ?

Les travaux antérieurs s'intéressaient surtout à l'utilisation globale de l'espace à l'échelle d'un parc national entier, où les deux espèces semblent partager les mêmes zones. Ce suivi détaillé à petite échelle révèle comment les hyènes ajustent finement leur trajectoire pour s'écarter.

Quel était le débit de données recueillies par les colliers GPS ?

Les colliers enregistraient une position toutes les cinq minutes pendant les heures d'activité des animaux, générant au total 349 163 positions sur les six années de l'étude.

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