Sur les PC Windows, le disque C: semble aller de soi. Cette lettre cache pourtant une vieille histoire née à l’époque des disquettes.
Si vous utilisez un ordinateur sous Windows, vous voyez chaque jour le disque local C: sans vraiment y penser. Pourtant, comme le rappelle un article d’un média spécialisé italien, cette lettre n’a rien d’un choix au hasard : elle est l’héritage direct des premiers micro-ordinateurs des années 1970 et 1980, à une époque où les disquettes régnaient sur l’informatique personnelle.
Aux origines : quand A: et B: étaient rois
Dès les années 1970, avec le système d’exploitation CP/M, largement utilisé sur les premiers micro-ordinateurs, une convention s’impose : chaque unité de stockage reçoit une lettre. A: désigne le premier lecteur de disquette, B: le second. Ce système simple permet aux utilisateurs et aux programmes de savoir rapidement où se trouvent les fichiers.
Sur ces machines, il n’y a souvent pas de disque dur. Tout passe par les disquettes, qui servent à la fois à démarrer le système et à stocker les données. Le fonctionnement typique est le suivant :
- la disquette A: contient le système et les principaux programmes ;
- la disquette B: sert à enregistrer ses documents ou à insérer un autre logiciel ;
- les utilisateurs jonglent physiquement avec les supports pour travailler.
Lorsque Microsoft conçoit MS-DOS au début des années 1980, destiné aux PC compatibles IBM, cette logique par lettres est reprise presque telle quelle. Ce choix n’a rien d’anodin : il garantit que les habitudes prises sous CP/M peuvent continuer, et facilite le portage de logiciels d’un environnement à l’autre.
Les lettres A: et B: sont d’abord réservées aux lecteurs de disquettes, car ce sont eux qui font tourner les premiers PC grand public.
Les premiers PC IBM commercialisés au début des années 1980 illustrent cette organisation. Beaucoup sont livrés avec deux lecteurs de disquettes 5,25 pouces : l’un pour démarrer le système, l’autre pour charger ou sauvegarder des fichiers. Dans ce contexte, il serait illogique d’attribuer la lettre C: à un lecteur de disquette : elle reste en réserve, prête pour un futur type de stockage.
Comment C: est devenu le disque dur « naturel »
Des premiers disques durs à une règle quasi gravée dans le marbre
Lorsque les premiers disques durs arrivent sur les PC domestiques, ils ne suppriment pas la logique existante, ils s’y ajoutent. Le système garde A: et B: pour les lecteurs de disquettes, et attribue au premier disque dur interne la première lettre disponible : C:.
À partir de là, la place de C: se renforce progressivement. Avec l’évolution de MS-DOS, notamment à partir de la version 5.0, Microsoft formalise la règle : le premier disque dur recevra toujours la lettre C:, et c’est là que résideront le système d’exploitation et les fichiers principaux. Il ne s’agit plus seulement d’une habitude, mais d’une convention intégrée au fonctionnement même du système.
MS-DOS 5.0 consacre l’idée que le premier disque dur, c’est C:, quelle que soit la configuration en lecteurs de disquettes.
Les développeurs écrivent alors leurs programmes en supposant que les fichiers système et beaucoup de ressources essentielles se trouvent sur C:. Les scripts, les installateurs, les procédures de configuration s’appuient sur ce point fixe. Le disque dur principal devient indissociable de cette lettre, au point que le simple fait d’y déroger risquerait de casser un grand nombre de logiciels.
Pourquoi Windows n’a jamais « remis les compteurs à zéro »
Avec l’arrivée de Windows, puis des versions modernes comme Windows 10 ou Windows 11, Microsoft aurait pu profiter d’une refonte technique pour abandonner ce système de lettres hérité d’un autre âge. Pourtant, la convention perdure.
La raison est simple : la compatibilité. Pendant des années, une masse considérable de programmes, de scripts d’entreprise, d’outils d’administration et d’installateurs ont été conçus en partant d’un postulat : le système se trouve sur C:. Modifier ce principe obligerait à adapter ou réécrire une partie de cet écosystème, avec un risque élevé de dysfonctionnements.
Changer la lettre du disque système reviendrait à prendre le risque de briser des milliers de logiciels et de procédures, y compris en usage professionnel.
Windows conserve donc le schéma historique. Les lettres A: et B: restent associées à des unités amovibles ou réservées à des usages particuliers, même si les lecteurs de disquettes ont largement disparu. C: demeure la lettre « naturelle » du disque système, un compromis entre héritage historique et stabilité du parc logiciel.
A:, B:, C:… comment Windows attribue les lettres aujourd’hui
Sur les machines actuelles, les lecteurs de disquettes n’existent presque plus, mais Windows garde la trace de cette époque. Les lettres A: et B: sont encore considérées comme des lettres spéciales, traditionnellement réservées aux unités amovibles ou à d’anciens lecteurs de disquettes, si l’on en installe encore.
Le fonctionnement général suit une logique simple :
Cette organisation n’est pas seulement pratique pour l’utilisateur. Elle facilite aussi l’automatisation : scripts de sauvegarde, déploiements en entreprise, outils de diagnostic attendent tous que le système se comporte de manière prévisible avec ses lettres de lecteur.
Et sur les ordinateurs en France, qu’est-ce que cela change ?
Pour un utilisateur en France, la logique reste exactement la même que partout ailleurs, car il s’agit d’une caractéristique propre à Windows, indépendamment du pays. Que l’on soit sur un PC acheté à Paris, Lyon ou Marseille, le disque système sera quasi systématiquement C:.
Le fait marquant pour le public français tient surtout à la comparaison avec d’autres systèmes d’exploitation. Les utilisateurs de macOS ou de certaines distributions Linux, par exemple, ne voient pas cette segmentation en lettres : l’arborescence y est organisée autour d’un « disque racine » unique. Windows, lui, continue d’afficher ses lettres historiques, A:, B:, C:, comme un vestige de l’ère des disquettes.
Cette différence a des effets concrets :
- les tutoriels Windows mentionnent souvent le chemin « C:Program Files » ou « C:Users », ce qui n’a pas d’équivalent direct sur macOS ou Linux ;
- les outils de maintenance et de réparation fournis en France par les fabricants de PC reposent eux aussi sur la présence du disque C: ;
- les formations en bureautique ou en administration système dispensées en France intègrent cette notion de lettre de lecteur, toujours d’actualité.
Un héritage des disquettes qui continue d’être utile
Même si les lecteurs de disquettes ont disparu du paysage grand public, l’héritage d’A:, B: et C: garde un intérêt pratique. Pour un utilisateur, associer une lettre précise à chaque support facilite l’orientation dans l’explorateur de fichiers. Pour un administrateur système, cette stabilité permet d’écrire des procédures valables sur un grand nombre de machines.
Cette convention aide aussi à comprendre certains termes courants. L’expression « formater C: » par exemple, désigne le fait d’effacer et réinitialiser le disque principal. Elle provient directement de cette association entre C: et disque système. Comprendre pourquoi cette lettre a été choisie, c’est donc aussi mieux lire certains messages techniques ou avertissements de Windows.
Un autre cas fréquent : les configurations où plusieurs disques sont installés. Le fait que C: soit presque toujours réservé au disque système empêche certaines confusions. Les autres disques, destinés aux données ou aux sauvegardes, sont identifiés par d’autres lettres, ce qui limite les erreurs lors d’une manipulation sensible.
Enfin, cette histoire rappelle que nombre de comportements actuels de nos ordinateurs proviennent de compromis techniques anciens. Les disquettes ont disparu des bureaux, CP/M et MS-DOS appartiennent au passé, mais la lettre C: continue de s’afficher à l’écran à chaque fois que l’on ouvre l’explorateur de fichiers. Un petit morceau des années 1980, toujours actif sur les PC de 2024.








