En Italie, un nouveau radar routier ne s’attaque pas à la vitesse, mais à la façon d’effectuer un dépassement, au grand dam de nombreux conducteurs.
Dans la péninsule italienne, un dispositif inédit de contrôle routier fait beaucoup parler de lui, rapporte le site spécialisé Motorpasión Moto. Surnommé « sorpassomètre », ce radar ne s’intéresse pas au compteur de vitesse mais aux dépassements interdits, avec une technologie qui pourrait, à terme, s’exporter ailleurs en Europe.
Un radar qui surveille les dépassements, pas la vitesse
En Italie, la sécurité routière prend un nouveau virage avec l’arrivée du SV3, un radar présenté comme une véritable rupture. Là où les appareils classiques traquent les excès de vitesse, celui‑ci se concentre sur un point précis et souvent difficile à contrôler : les dépassements en zone interdite.
Le SV3, surnommé « sorpassomètre », a pour fonction principale de détecter automatiquement les dépassements interdits, une infraction jusqu’ici compliquée à prouver.
Selon Motorpasión Moto, le premier exemplaire a été installé en août 2025 sur la route nationale SS18, en Calabre, une région du sud de l’Italie connue pour ses axes chargés et ses tronçons à visibilité réduite. Depuis sa mise en service, les réactions s’enchaînent sur les réseaux sociaux et dans la presse italienne : certains automobilistes saluent un outil qui pourrait sauver des vies, d’autres dénoncent une « nouvelle trappe à amendes » sur le bord des routes.
Des capteurs dans l’asphalte et une analyse automatique des manœuvres
Derrière ce radar se trouve une entreprise italienne spécialisée dans le contrôle du trafic, déjà à l’origine des modèles SV1 et SV2. Le SV3 représente une nouvelle génération, plus fine et beaucoup plus automatisée.
Le système combine des capteurs incrustés dans l’asphalte et des caméras haute résolution capables de repérer tout véhicule franchissant une ligne continue.
Concrètement, des capteurs sont placés dans la chaussée sur des tronçons ciblés. Ils travaillent de concert avec une ou plusieurs caméras installées à proximité. Lorsqu’un véhicule traverse une ligne continue pour dépasser, le dispositif se déclenche automatiquement.
Le SV3 enregistre alors une séquence vidéo d’environ quinze secondes qui montre la situation avant, pendant et après la manœuvre. Cette vidéo devient l’élément central du dossier d’infraction. Pour les autorités, cette preuve visuelle limite les contestations. Pour les conducteurs, elle rend le système difficile à prendre en défaut.
Le radar ne se contente pas de filmer. Grâce à un traitement par intelligence artificielle, il identifie :
- le type de véhicule (voiture, moto, camion…) ;
- la plaque d’immatriculation ;
- le ou les voies de circulation utilisées ;
- la position exacte de l’infraction sur la route.
Toutes ces opérations se font sans intervention humaine. Les forces de l’ordre reçoivent un dossier déjà constitué, prêt à être vérifié et, le cas échéant, transformé en contravention.
Installations ciblées sur les zones les plus dangereuses
D’après les médias italiens cités par Motorpasión Moto, l’objectif n’est pas de parsemer toutes les routes du pays de SV3, mais de les réserver à des endroits bien précis. Les autorités envisagent une installation ciblée sur :
- les routes de montagne, où la visibilité varie brutalement ;
- les virages aveugles, qui cachent complètement la circulation en face ;
- les longues lignes droites, où la tentation de doubler malgré une ligne continue reste forte.
Sur ces tronçons, les accidents liés à un dépassement mal évalué impliquent souvent des motards, particulièrement vulnérables face à un véhicule qui mord sur leur voie.
Les deux‑roues apparaissent au cœur du dispositif. Un automobiliste qui s’engage quelques secondes sur la voie de gauche peut se retrouver face à une moto arrivant en sens inverse, avec très peu de marge de manœuvre. Les autorités italiennes mettent en avant ce risque pour justifier le déploiement du SV3.
Ce que risquent les conducteurs en Italie
Le cadre répressif italien est déjà bien établi pour les dépassements interdits. Motorpasión Moto rappelle que ces infractions sont sanctionnées par des amendes comprises entre 42 et 345 euros, selon le type de route et la gravité de la manœuvre, auxquelles s’ajoute un retrait de points sur le permis de conduire italien.
Les responsables de la sécurité routière répètent que le SV3 constitue « un outil de sécurité routière » et non un dispositif conçu pour gonfler les recettes de l’État. Le débat reste vif : en 2024, les amendes liées au trafic routier ont dépassé les 2 milliards d’euros en Italie, un chiffre qui nourrit la méfiance d’une partie des automobilistes.
Un dispositif critiqué comme « trappe à amendes »
Une partie de l’opinion perçoit ce radar comme un symbole d’acharnement contre les conducteurs. L’idée d’un système qui filme, analyse et sanctionne presque sans intervention humaine alimente la crainte d’une route sur‑surveillée. Certains conducteurs évoquent le sentiment d’être suivis en permanence, surtout sur des itinéraires déjà très contrôlés par les radars de vitesse.
D’autres, au contraire, se montrent favorables à ce type d’équipement dans des zones connues pour leurs dépassements risqués. Ils y voient un moyen de modifier les comportements sur des portions où un simple panneau d’interdiction ne suffit plus à dissuader.
Et si le « sorpassomètre » arrivait dans d’autres pays européens ?
Motorpasión Moto imagine déjà un scénario où ce type de radar franchirait les Alpes pour être adopté dans d’autres pays européens. En Espagne, le dépassement en zone interdite est puni par la direction générale du trafic, l’équivalent espagnol de la direction de la sécurité routière, par une amende de 200 euros assortie d’un retrait de quatre points sur le permis.
Le principe n’aurait donc rien d’incompatible avec les législations européennes actuelles : il s’agirait surtout d’un changement de technologie, pas d’un changement de philosophie. Les règles existent, mais jusqu’ici, leur contrôle reste souvent ponctuel, lié à des opérations de police sur le terrain.
Ce que cela impliquerait pour la France
En France, les dépassements en zone interdite sont déjà sanctionnés par le code de la route, avec des amendes et un retrait de points. Les contrôles se font aujourd’hui via :
- les forces de l’ordre sur le terrain, lors d’opérations ciblées ;
- des radars fixes ou mobiles qui peuvent, dans certains cas, être utilisés pour constater une manœuvre dangereuse ;
- les signalements d’accidents ou de comportements répétés sur des axes sensibles.
La généralisation d’un dispositif comme le SV3 impliquerait un changement d’échelle : la détection serait quasi automatique sur certains tronçons, avec une preuve vidéo difficile à contester. La France utilise déjà largement les radars de vitesse, les radars de feu rouge ou les dispositifs de contrôle de franchissement de passage à niveau. L’étape suivante pourrait logiquement viser les dépassements.
Un tel système poserait toutefois des questions récurrentes : choix des emplacements, transparence sur les objectifs, gestion des données vidéo et acceptation par les usagers. Le débat observé en Italie donne un avant‑goût des discussions qui émergeraient en cas de déploiement similaire en France.
Pourquoi ce type de radar vise particulièrement les motards
Les motards se sentent directement concernés par ce nouveau radar italien. Les dépassements en zone interdite constituent pour eux l’un des scénarios les plus critiques : un automobiliste qui empiète quelques secondes sur la voie opposée peut couper net la trajectoire d’une moto lancée en sens inverse.
Le SV3 cible les manœuvres qui génèrent des collisions frontales ou latérales, souvent dramatiques lorsque des deux‑roues sont impliqués.
Sur une route de montagne ou dans un virage aveugle, la marge pour freiner ou se déporter reste minime. Un dispositif qui réduit le nombre de dépassements risqués peut donc avoir un impact direct sur la sécurité des motards. C’est l’argument principal mis en avant par les défenseurs du radar.
Comprendre le fonctionnement technique du SV3
Le SV3 s’appuie sur deux briques techniques principales :
- Des capteurs dans l’asphalte, qui détectent la présence, la trajectoire et parfois la vitesse des véhicules sur une zone délimitée.
- Des caméras haute résolution, capables de filmer de jour comme de nuit et de lire les plaques d’immatriculation.
Lorsqu’un véhicule traverse une ligne continue pour se déporter sur la voie opposée, les capteurs enregistrent ce changement de trajectoire. Le système déclenche alors l’enregistrement vidéo qui sert de preuve. L’intelligence artificielle s’occupe ensuite d’identifier le véhicule, le type de manœuvre et l’instant précis où l’interdiction est violée.
| Élément | Rôle dans le SV3 |
|---|---|
| Capteurs dans l’asphalte | Détecter le passage et la position des véhicules sur chaque voie |
| Caméras haute résolution | Filmer la manœuvre et lire les plaques d’immatriculation |
| Intelligence artificielle | Analyser la manœuvre, classifier le véhicule et générer le dossier d’infraction |
| Enregistrement de 15 secondes | Constituer une preuve vidéo avant, pendant et après le dépassement |
Ce fonctionnement limite les erreurs humaines d’observation, mais il repose sur un paramétrage précis : la position de la ligne continue, la zone de détection et les conditions de déclenchement doivent être rigoureusement définies pour éviter les faux positifs.
Quelles conséquences possibles sur le comportement des conducteurs ?
L’arrivée de ce type de radar tend à modifier la façon d’aborder certains tronçons. Un conducteur qui connaissait une portion « à risque » mais peu surveillée pourrait désormais renoncer à un dépassement limite, sachant qu’un dispositif automatique enregistre chaque manœuvre.
À l’inverse, un sentiment d’injustice peut émerger si les usagers ont l’impression que les radars ne sont installés que sur des zones perçues comme « rentables » et non sur les plus dangereuses. Le choix des emplacements jouera donc un rôle central dans l’acceptation du système.
Pour les motards, un radar spécifiquement orienté vers les dépassements interdits peut être perçu comme un allié. À condition que l’objectif affiché – réduire les manœuvres les plus dangereuses pour eux – se traduise réellement par une baisse des accidents sur les tronçons concernés.








