Au sommet d’une pyramide de Gizeh, en Égypte, une inscription gravée en 1902 intrigue les chercheurs, qui y voient la trace d’un Écossais.
Un photographe égyptien a mis au jour, au faîte de la pyramide de Khéphren près du Caire, un graffiti mentionnant Glasgow et daté de 1902. Selon un article de la chaîne d’information britannique GB News, des spécialistes écossais pensent avoir retrouvé l’identité probable de son auteur, un savant amateur de Glasgow passionné de géologie et d’archéologie.
Un nom de Glasgow gravé au sommet de la pyramide de Khéphren
Les faits se déroulent sur le plateau de Gizeh, en Égypte. Des photographies récentes du sommet de la pyramide de Khéphren, la deuxième plus grande pyramide du site, ont révélé un graffiti inattendu. On peut y lire, gravé dans la pierre : « J Neilson Glasgow 1902 ».
Ces images ont été prises par le photographe égyptien Osama Sherif Elmedany. Le sommet des pyramides étant désormais strictement protégé, très peu de personnes ont aujourd’hui accès à cette zone. Ses clichés offrent donc un regard rare sur un espace longtemps foulé par des voyageurs, mais devenu inaccessible au public.
La mention « J Neilson Glasgow 1902 » figure tout en haut de la pyramide de Khéphren, un endroit aujourd’hui interdit aux visiteurs.
Les photos montrent aussi d’autres inscriptions anciennes, vestiges d’une époque où les touristes pouvaient encore escalader librement les monuments de Gizeh. Ces gravures s’ajoutent à une longue histoire de marques laissées sur les sites antiques par des visiteurs venus du monde entier.
La piste James Neilson, savant écossais de Dennistoun
Très vite, les regards se tournent vers un certain James Neilson, figure connue de la communauté scientifique écossaise du début du XXe siècle. L’inscription « J Neilson Glasgow » fait en effet immédiatement penser à ce chercheur amateur originaire du quartier de Dennistoun, à Glasgow.
James Neilson était un membre influent de la Geological Society of Glasgow, une société savante de géologie. Il y a occupé les fonctions de membre du conseil et de vice-président. Il était considéré comme l’un des « citizen scientists », ces scientifiques amateurs particulièrement actifs dans la recherche et la vulgarisation.
Ce passionné a publié de nombreux travaux sur la paléontologie et l’archéologie de l’ouest de l’Écosse. Il organisait régulièrement des sorties de terrain vers des sites comme l’île d’Arran, le rocher d’Ailsa Craig ou encore le site fossilifère végétal de Whiteinch, à Victoria Park, à Glasgow, dans le cadre de l’Andersonian Naturalists’ Society.
Son intérêt ne se limitait pas à l’Écosse. James Neilson voyageait aussi à l’étranger. Il s’est rendu en Syrie et dans les lieux saints du Proche-Orient, alors sous domination ottomane. Et surtout, il a séjourné en Égypte au moment même où le graffiti est daté.
Un voyage en Égypte qui colle parfaitement à la date de 1902
En mai 1902, James Neilson rédige un article intitulé « Notes sur un récent voyage en Égypte », publié ensuite dans les Transactions of the Geological Society of Glasgow, les actes de la société. Pour les spécialistes, ce document constitue un indice majeur.
Interrogé par le journal écossais The Herald, cité par GB News, Ian Millar, secrétaire de la Geological Society of Glasgow, fait le lien entre ce texte et l’inscription de Gizeh :
« L’année gravée [au sommet de la pyramide de Khéphren] nous semble être 1902. Cela correspond à son séjour en Égypte, à son intérêt pour les types de roches utilisés pour construire les temples et monuments, et à sa passion pour l’archéologie autant que pour la géologie. »
Pour Ian Millar, la concordance des éléments est frappante : un scientifique écossais, installé à Glasgow, en voyage en Égypte précisément en 1902, passionné de pierres et de monuments anciens. Tous ces points vont dans le sens de la piste James Neilson.
Une « preuve » qui restera sans doute à jamais incertaine
Les experts restent toutefois prudents. La lettre « J » gravée dans la pierre pourrait renvoyer à d’autres prénoms que James.
Ian Millar rappelle ainsi : « Le J pourrait être John, Jonathan ou Julian, par exemple, donc en l’absence d’un aveu oral ou écrit, ou d’un autre témoignage, cela ne pourra jamais être prouvé de manière définitive. [C’est] un mystère intéressant. »
En clair, tout concorde, mais une part de doute subsiste. Les archives connues ne mentionnent pas explicitement que James Neilson ait gravé son nom au sommet de la pyramide. Aucun récit de voyage ou témoignage ne vient confirmer noir sur blanc cet acte de vandalisme selon les critères actuels.
La piste James Neilson apparaît comme la plus plausible aux yeux des spécialistes, mais l’identité du graveur ne pourra sans doute jamais être confirmée totalement.
Les chercheurs traitent donc cette inscription comme un cas d’étude fascinant, à la croisée entre histoire des sciences, archéologie et pratiques touristiques du début du XXe siècle.
Graver son nom sur des sites antiques, une vieille habitude humaine
Pour les spécialistes interrogés par The Herald et repris par GB News, ce graffiti s’inscrit dans une tradition bien plus ancienne que le tourisme moderne. Les humains laissent des marques sur les monuments depuis des siècles, voire des millénaires.
Ian Millar, toujours, rappelle que l’ajout de noms ou de symboles sur des sites historiques « semble être aussi ancien que l’histoire humaine ». Il évoque plusieurs exemples marquants :
- des runes norroises ou vikings gravées sur des sites paléolithiques ;
- des inscriptions laissées sur des bâtiments de l’époque byzantine ;
- des aigles pictes sculptés à Dunadd, en Écosse, après la défaite des Scots de Dalriada.
Ces marques anciennes, aujourd’hui étudiées comme des témoignages historiques, illustrent la tentation constante des visiteurs de se signaler, de laisser une trace de leur passage. Les graffitis de Gizeh, réalisés à une époque où l’accès aux pyramides était beaucoup moins encadré, s’inscrivent dans cette continuité.
Les spécialistes rappellent toutefois que ces pratiques ne doivent pas être encouragées. Les sites antiques sont désormais protégés, et de telles inscriptions sont aujourd’hui considérées comme des dégradations, passibles de poursuites dans de nombreux pays, dont l’Égypte et la France.
Les pyramides de Gizeh, un site archéologique désormais ultra-protégé
Les pyramides de Gizeh forment l’un des ensembles archéologiques les plus célèbres au monde. Elles ont plus de 4 500 ans et abritent la seule des sept merveilles du monde antique encore entièrement debout.
La pyramide de Khéphren, où se trouve le graffiti lié à Glasgow, s’élève à environ 448 pieds de hauteur, soit plus de 135 mètres. C’est la deuxième plus grande pyramide du site.
À ses côtés se dressent :
| Pyramide | Pharaon associé | Particularité |
|---|---|---|
| Grande pyramide | Khéops (Khufu) | Plus grande des trois, seule merveille antique encore intacte |
| Pyramide de Khéphren | Khéphren (Khafre) | Deuxième plus grande, sommet où se trouve le graffiti écossais |
| Pyramide de Mykérinos | Mykérinos (Menkaure) | La plus petite des trois principales pyramides de Gizeh |
Aujourd’hui, ces monuments sont strictement protégés par les autorités égyptiennes. L’escalade des pyramides est interdite. Les sommets, comme celui où Osama Sherif Elmedany a pris ses photos, ne sont plus accessibles aux touristes ordinaires.
Les inscriptions visibles sur ces blocs sommitaux sont donc des traces d’une autre époque, lorsque les contrôles étaient beaucoup plus laxistes et que les visiteurs pouvaient parfois gravir les marches de pierre jusqu’au sommet.
Un autre Glasgower célèbre avait déjà laissé sa marque sur les pyramides
Le cas du graffiti « J Neilson Glasgow 1902 » n’est pas isolé. Un autre grand nom de Glasgow a lui aussi laissé une empreinte sur les pyramides d’Égypte : Sir Thomas Lipton, fondateur de la célèbre marque de thé Lipton.
Ce commerçant, qui a bâti un empire international à partir de son épicerie de Glasgow, aurait payé pour faire graver son nom et le mot « Scotland » au-dessus de l’entrée de la Grande Pyramide, celle de Khéops, lors d’un voyage en 1882.
Selon le livre de James A. Mackay, publié en 1998 et intitulé The Man Who Invented Himself: A Life of Sir Thomas Lipton, cette inscription a longtemps suscité des réactions contrastées chez les touristes britanniques en Égypte. Certains la trouvaient amusante, d’autres irritante.
L’entrepreneur écossais Sir Thomas Lipton aurait fait graver son nom et « Scotland » au-dessus de l’entrée de la Grande Pyramide, bien avant le graffiti daté de 1902.
Ces exemples illustrent la familiarité qu’entretenaient certains voyageurs occidentaux avec les monuments égyptiens à la fin du XIXe siècle et au début du XXe. À l’époque, la notion de protection du patrimoine n’avait pas le même poids qu’aujourd’hui.
Graffitis sur des monuments : quelle situation en France ?
Pour un lecteur français, cette affaire renvoie à une question bien connue : celle des dégradations sur les monuments historiques. En France, graver son nom sur une cathédrale, un château ou un site classé constitue une infraction.
Le Code pénal réprime la dégradation d’un bien appartenant à autrui, y compris lorsqu’il s’agit d’un monument public. Lorsque le site est classé monument historique ou protégé au titre du patrimoine, les sanctions peuvent être aggravées. Le responsable s’expose à des poursuites, à une amende et à une obligation de réparer les dommages lorsque c’est possible.
Les grands sites touristiques français — tour Eiffel, Mont-Saint-Michel, cathédrales, grottes ornées — disposent de services de surveillance dédiés pour limiter ces comportements. Les campagnes de sensibilisation insistent sur le caractère irréversible que peuvent avoir certaines inscriptions, en particulier sur la pierre, le bois ou les peintures anciennes.
En pratique, les équipes de conservation doivent parfois engager des travaux délicats pour effacer ces marques sans endommager davantage la surface. Ces interventions ont un coût et mobilisent des compétences spécialisées.
Pourquoi ce type de graffiti intéresse tout de même les chercheurs
Malgré leur caractère problématique pour la conservation, certains graffitis anciens attirent l’attention des historiens. Ils fournissent des indices précieux sur les pratiques touristiques d’une époque, les réseaux de voyageurs et les regards portés sur les sites antiques.
Dans le cas de « J Neilson Glasgow 1902 », les spécialistes s’intéressent autant à l’éventuel auteur qu’au geste lui-même. On y lit l’affirmation d’une identité — un nom, une ville, une date — projetée sur l’un des monuments les plus célèbres de la planète.
Pour les chercheurs, ces marques racontent aussi la circulation des savoirs scientifiques au tournant du XXe siècle. Un « citoyen scientifique » écossais, engagé dans la vie des sociétés savantes, se rend en Égypte pour observer les roches, les temples, les pyramides. Son graffiti devient, plus d’un siècle plus tard, un indice de cette curiosité scientifique internationale.
Enfin, ces inscriptions obligent les conservateurs et les archéologues à trouver un équilibre délicat. Certaines marques anciennes, parfois vieilles de plusieurs siècles, finissent par être étudiées comme des objets historiques à part entière, tandis que les inscriptions récentes sont effacées dès que possible. Chaque cas fait l’objet d’une réflexion spécifique, en fonction de l’âge, du contexte et de l’impact sur le monument.








