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Les personnes qui ont un bureau en désordre seraient plus créatives : voici ce que dit vraiment la science

Les personnes qui ont un bureau en désordre seraient plus créatives : voici ce que dit vraiment la science

Votre bureau déborde de papiers et de post-it ? Des recherches menées aux États-Unis et en Chine suggèrent que ce chaos n’est pas forcément un handicap.

Longtemps présenté comme un défaut à corriger, le désordre sur le bureau pourrait, dans certains contextes, doper la créativité, rapporte le magazine scientifique brésilien SuperInteressante. Plusieurs études menées aux États-Unis et en Chine ont comparé les performances de personnes travaillant dans des pièces parfaitement rangées à celles évoluant dans des environnements franchement chaotiques.

Quand une salle en bazar rend les idées plus originales

Une première série d’expériences marquantes a été menée en 2013 par des chercheurs de l’université du Minnesota, aux États-Unis. Les participants étaient répartis en deux groupes : l’un travaillait dans une salle impeccablement ordonnée, l’autre dans une pièce délibérément désorganisée, remplie d’objets et de papiers éparpillés.

Les volontaires devaient notamment proposer des usages nouveaux pour des balles de ping-pong. Leurs propositions ont ensuite été évaluées par un panel indépendant, chargé de juger la créativité et l’intérêt des idées, sans savoir dans quel type de salle chaque participant avait travaillé.

Les idées issues de la salle en désordre ont été jugées plus créatives et plus intéressantes que celles produites dans la salle rangée.

Dans une autre expérience du même protocole, les personnes installées dans l’environnement désordonné montraient aussi une plus forte tendance à choisir un produit nouveau plutôt qu’un produit déjà bien établi sur le marché.

Ordre, désordre : deux « climats mentaux » différents

À partir de ces résultats, l’équipe du Minnesota a formulé une hypothèse : le degré d’ordre dans l’environnement influencerait le type de mentalité adoptée par les individus.

  • Un environnement très organisé pousserait vers la convention, la tradition, le maintien du statu quo.
  • Un environnement désorganisé encouragerait la remise en question des règles, la recherche de nouveauté et l’originalité.

Dans les expériences, cela s’est traduit par des comportements différents selon le contexte :

  • Dans les salles rangées, les participants choisissaient plus souvent des aliments présentés comme plus sains, donnaient davantage à des œuvres caritatives et privilégiaient des options décrites comme « classiques ».
  • Dans les salles désordonnées, les sujets se distinguaient par une créativité plus élevée et par une préférence pour les options présentées comme « nouvelles ».

Les chercheurs ne concluent pas que le désordre est « bon » et l’ordre « mauvais », mais que chaque type d’environnement favorise des comportements différents, selon l’objectif recherché.

Autrement dit, un bureau parfaitement trié peut soutenir des choix prudents et conformes, quand un espace encombré peut faciliter l’émergence d’idées originales.

Des résultats confirmés par des recherches chinoises

Shandong : la créativité grimpe dans les pièces désordonnées

Les résultats américains ne restent pas isolés. Toujours en 2013, une équipe de l’université normale de Shandong, en Chine, a retrouvé un schéma comparable. Les chercheurs ont placé des participants dans des environnements ordonnés ou désordonnés, puis ont mesuré différents aspects de la créativité.

Trois dimensions étaient évaluées :

  • La fluidité : le nombre d’idées produites.
  • La flexibilité : la variété des catégories d’idées.
  • L’originalité : le caractère inhabituel ou rare des propositions.

Les personnes installées dans les environnements désorganisés ont, en moyenne, obtenu de meilleurs scores sur ces indicateurs. Le travail suggère que la désorganisation de l’espace pourrait élargir la palette mentale des réponses possibles.

Le rôle clé de l’autocontrôle

Les mêmes chercheurs sont revenus sur le sujet en 2020, avec une nuance importante : tout le monde ne bénéficierait pas de la même manière du désordre. Ils ont intégré dans leurs tests une mesure de l’autocontrôle individuel, c’est-à-dire la capacité d’une personne à se concentrer, à résister aux distractions et à réguler ses impulsions.

Les gains de créativité dans les environnements désordonnés apparaissaient surtout chez les participants dotés d’un autocontrôle élevé.

Chez ces derniers, les scores créatifs augmentaient dans les pièces en bazar. Chez les personnes avec un autocontrôle faible, la différence entre pièce rangée et pièce désordonnée était beaucoup moins nette.

Les auteurs avancent une explication possible : pour certains profils, le désordre fournirait un « bruit » stimulant, sans faire complètement dérailler l’attention. Pour d’autres, déjà plus vulnérables à la distraction, le chaos visuel ne suffirait pas à déclencher un surcroît de créativité, voire risquerait surtout de les disperser.

Comment le désordre modifie la façon de penser

Un autre groupe de chercheurs, à l’université de Jinan, en Chine, s’est intéressé non pas directement aux performances créatives, mais à la manière dont les personnes traitent l’information en fonction de l’ordre ou du désordre de leur environnement.

Leur travail met en avant deux modes de traitement de l’information :

  • Un traitement global et conceptuel, qui consiste à voir les grandes lignes, les relations d’ensemble, les concepts abstraits.
  • Un traitement local et détaillé, centré sur les éléments précis, les caractéristiques concrètes et les détails immédiats.

Les environnements désordonnés semblent favoriser un traitement plus global et conceptuel, tandis que les environnements ordonnés encourageraient un traitement plus local et détaillé.

Cette distinction fournit un début d’explication cognitive à l’association entre désordre et créativité : un mode de pensée global aide à faire des liens entre des idées éloignées, à combiner des concepts, ce qui est au cœur de nombreux processus créatifs.

Que signifient ces résultats pour un salarié ou un étudiant en France ?

Pour un lecteur français, ces études réalisées aux États-Unis et en Chine ne constituent pas des règles de fonctionnement d’entreprise, mais des pistes sur l’organisation du travail au quotidien, au bureau ou à la maison.

Dans de nombreuses entreprises françaises, les services de ressources humaines et les directions privilégient encore l’image d’un poste de travail rangé, parfois renforcée par des politiques de « clean desk » (bureau vide en fin de journée). Ces politiques ont leurs avantages : protection des données sensibles, meilleure circulation dans les open spaces, ambiance visuellement apaisée.

Les résultats scientifiques cités par SuperInteressante invitent néanmoins à nuancer cette vision unique du « bon » bureau. Pour certaines missions – rédaction d’un rapport complexe, conception d’un projet, travail artistique ou universitaire –, accepter un certain désordre pourrait faciliter l’émergence d’idées nouvelles. À l’inverse, pour des tâches de saisie, de contrôle qualité ou de traitement de dossiers, un plan de travail bien structuré garde tout son intérêt.

En France, un manager, un indépendant ou un étudiant peut ainsi s’inspirer de ces travaux pour adapter son environnement :

  • Préserver un espace globalement organisé pour les tâches administratives et les obligations réglementaires.
  • Autoriser des zones plus foisonnantes, avec documents visibles, carnets ouverts, objets variés, lors de phases de réflexion créative.
  • Tenir compte de son propre profil : si l’on sait que l’on se disperse vite, limiter volontairement l’accumulation d’objets, même pendant les phases de création.
  • Vers un « juste désordre » : comment ajuster son bureau

    Ces études ne donnent pas de mode d’emploi universel, mais elles dessinent quelques stratégies concrètes pour articuler ordre et désordre au service de ses objectifs.

    Objectif principal Type d’environnement conseillé Organisation possible du bureau
    Tâche créative (brainstorming, conception, rédaction libre) Légèrement désordonné Documents visibles, carnets ouverts, schémas affichés, objets inspirants à portée de vue
    Tâche de contrôle (comptabilité, relecture technique, saisie) Bien rangé Surface dégagée, peu d’objets, dossiers classés, notifications limitées
    Journée mixte (créatifs + routine) Évolutif Commencer rangé, accepter le désordre pendant les phases créatives, ranger rapidement ensuite

    Un point ressort nettement des travaux chinois sur l’autocontrôle : l’organisation idéale dépend aussi de la personne. Un cadre très méthodique, habitué à gérer beaucoup d’informations, pourra peut-être tolérer davantage d’objets et de piles de documents sans perdre le fil. Un étudiant déjà sujet à la procrastination aura intérêt à maintenir un niveau d’ordre plus élevé pour ne pas se laisser submerger.

    Ces recherches invitent enfin à s’interroger sur la notion même de « désordre ». Un bureau qui semble chaotique pour un observateur extérieur peut, pour son occupant, obéir à une logique implicite, avec des repères visuels bien identifiés. Ce « désordre organisé » pourrait suffire à créer la stimulation cognitive observée par les chercheurs, sans empêcher totalement de retrouver ses affaires.

    Dans la pratique, une approche consiste à distinguer désordre visuel et désordre fonctionnel. Laisser des livres ouverts, des feuilles annotées et des croquis affichés peut nourrir l’inspiration. En revanche, mélanger factures urgentes, documents administratifs et notes de réflexion dans la même pile risque surtout de générer du stress. Ajuster ce curseur permet de bénéficier du coup de pouce potentiel à la créativité, tout en limitant les pertes de temps et les oublis gênants.

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