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Un volcan sous-marin que l’on croyait éteint se réveille : les scientifiques y découvrent des milliers d’œufs géants

Un volcan sous-marin que l'on croyait éteint se réveille : les scientifiques y découvrent des milliers d'œufs géants

Au large du Canada, un ancien volcan sous-marin supposé éteint s’avère encore actif et abrite un écosystème inattendu, niché dans les profondeurs.

Au fond de l’océan Pacifique, au large de la côte canadienne, une équipe de chercheurs a mis au jour une zone volcanique encore chaude que l’on pensait endormie. Ce site, décrit par le média scientifique américain The Daily Galaxy, s’est révélé être une véritable pouponnière pour une espèce de raie des grands fonds, avec des dizaines, voire des centaines de milliers d’œufs déposés sur son sommet.

Un volcan sous-marin supposé éteint, mais toujours en activité

L’expédition s’est déroulée au large de la côte pacifique du Canada, à environ 1,5 kilomètre sous la surface. Les scientifiques y ont exploré une montagne sous-marine qui s’élève d’environ 1 100 mètres au-dessus du plancher océanique. Ils s’attendaient à trouver une structure froide, ancienne, géologiquement inerte. La réalité observée par les caméras du robot sous-marin a été tout autre.

Le volcan émet encore des fluides chauds, riches en minéraux. Ce dégagement de chaleur alimente un habitat sous-marin dense et structuré, loin de l’image désertique que l’on associe souvent aux grands fonds. Des coraux profonds colonisent le sommet, formant une sorte de jardin sur un relief balayé par des eaux tièdes, inhabituelles à cette profondeur.

Un ancien volcan supposé éteint continue de relâcher des fluides chauds et transforme son sommet en gigantesque nurserie pour la vie marine.

À la tête de la mission, la biologiste marine des grands fonds Cherisse Du Preez, qui travaille pour Pêches et Océans Canada, a confié au site scientifique Live Science qu’il s’agissait « d’un endroit vraiment spécial au sommet d’un endroit vraiment spécial ». Pour les océanographes, ce type de relief sous-marin est connu sous le nom de mont sous-marin, un point chaud de biodiversité lorsque les conditions s’y prêtent.

Une nurserie cachée pour les raies des profondeurs

La principale surprise ne venait pas seulement des fluides volcaniques. Le sommet de la montagne s’est révélé littéralement recouvert d’œufs de raies blanches du Pacifique, connues sous le nom scientifique de Bathyraja spinosissima. Ces animaux vivent habituellement entre 800 et 2 900 mètres de profondeur le long des côtes ouest de l’Amérique du Nord et de l’Amérique centrale, et restent parmi les espèces de grands fonds les moins étudiées.

Les œufs observés, de forme rectangulaire, ont une taille inhabituelle pour des animaux marins : environ 0,5 mètre de long. Ils rappellent ce que les biologistes surnomment des « bourses de sirène », ces capsules rigides qui protègent les embryons de certaines raies et requins.

Selon Cherisse Du Preez, le sommet recouvert d’œufs pourrait en abriter « 100 000, voire un million ».

Cette estimation donne une idée de l’ampleur du site. Jusqu’ici, un seul autre lieu de reproduction de cette espèce de raie avait été identifié, près de sources hydrothermales aux îles Galápagos, dans le Pacifique tropical. Là-bas, les scientifiques n’avaient recensé qu’« une douzaine ou deux d’œufs », a rappelé Du Preez.

La comparaison souligne le caractère exceptionnel de la montagne canadienne : d’une poignée d’œufs observés en 2018 aux Galápagos, les scientifiques passent ici à une nurserie potentielle de plusieurs centaines de milliers de capsules.

La chaleur du volcan, une couveuse naturelle

Les observations réalisées lors de l’expédition, présentées notamment dans une vidéo publiée sur YouTube, renforcent l’idée que ces raies utilisent les sites volcaniques comme des incubateurs naturels. Les œufs de raies blanches du Pacifique mettent plusieurs années à se développer dans les grands fonds, un environnement froid et sombre.

Cherisse Du Preez explique que le développement complet des jeunes prend environ quatre ans. Dans un océan profond où les températures restent très basses, ce délai représente un handicap important pour la survie des embryons. L’apport de chaleur lié à l’activité volcanique pourrait réduire ce temps de gestation et augmenter le nombre de jeunes qui parviennent à éclore.

« Il faut quatre ans pour que les jeunes se développent. L’eau chaude accélère probablement la gestation, ce qui donne davantage de juvéniles viables », résume la biologiste.

Elle souligne aussi que le sommet relativement peu profond, couvert de coraux, constitue un milieu plus sûr pour les jeunes raies. Cette « sorte de jardin de corail » offre abri et nourriture jusqu’à ce que les juvéniles rejoignent ensuite les profondeurs plus importantes, où résident les adultes.

Une observation inédite de la reproduction

L’équipe ne s’est pas contentée de filmer des œufs inertes. Les caméras ont capté les premières images connues d’une femelle raie blanche du Pacifique en train de pondre. Une séquence rare pour des animaux qui vivent loin de la lumière et échappent presque toujours aux regards humains.

Les chercheurs ont vu des raies se déplacer sur le sommet du volcan, choisir des zones réchauffées par les fluides volcaniques puis déposer leurs œufs dans cet environnement thermalement avantageux. Cette stratégie de reproduction semble clairement liée à la présence de chaleur géothermique.

Un milieu fragile face aux activités humaines

Malgré son importance biologique, ce mont sous-marin du Pacifique nord-est ne bénéficie pas encore de statut de protection. Or ces reliefs appartiennent aux zones recherchées pour certaines formes de pêche de fond ou pour l’exploration minière en haute mer.

Les scientifiques s’inquiètent du risque pour ce site où se concentrent :

  • une activité volcanique encore en cours ;
  • une forêt de coraux profonds ;
  • un nombre massif d’œufs de raies en développement ;
  • une étape cruciale du cycle de vie d’une espèce méconnue.

Les engins traînants, comme certains chaluts de fond, peuvent détruire en quelques passages des structures coralliennes qui ont mis des siècles à se former. Un impact de ce type sur un site utilisé comme nurserie pourrait affecter la reproduction de l’espèce à grande échelle, sur des décennies.

Que représente cette découverte pour la compréhension des océans ?

Pour les biologistes marins, ces nouvelles données changent la perception des monts sous-marins considérés comme « éteints ». Un volcan inactif en apparence peut encore diffuser suffisamment de chaleur pour modifier totalement les conditions locales et attirer une faune spécialisée.

Cette découverte canadienne, associée à celle de 2018 aux Galápagos, laisse penser que plusieurs espèces de poissons cartilagineux des grands fonds utilisent la chaleur géothermique comme ressource pour la reproduction. Les scientifiques devront désormais rechercher d’autres nurseries potentielles autour de sources hydrothermales ou de volcans sous-marins encore mal cartographiés.

Élément Galápagos (2018) Côte pacifique du Canada
Type de site Sources hydrothermales Mont sous-marin volcanique actif
Nombre d’œufs observés Une douzaine à deux douzaines Entre 100 000 et 1 000 000 (estimation)
Espèce concernée Raie blanche du Pacifique Raie blanche du Pacifique

Quelle situation pour les monts sous-marins en France et dans le monde ?

Les eaux françaises métropolitaines ne comptent pas de volcans sous-marins comparables à ceux de la côte pacifique du Canada, mais l’espace maritime français outre-mer recouvre des zones volcaniques, notamment dans l’océan Indien et dans le Pacifique sud. Là aussi, des monts sous-marins hébergent des coraux profonds et une faune spécialisée, encore peu étudiés.

En France, la gestion de ces milieux repose en grande partie sur les aires marines protégées, pilotées notamment par l’Office français de la biodiversité. Quand un site sous-marin présente un intérêt écologique particulier, il peut être intégré à un parc naturel marin ou à un réseau de protection, ce qui permet de limiter certaines pratiques de pêche ou d’exploration.

Les travaux menés au large du Canada servent d’argument supplémentaire pour renforcer la surveillance des monts sous-marins à l’échelle internationale. Ils montrent que des reliefs supposés peu actifs peuvent jouer un rôle clé dans la reproduction d’espèces rares ou mal connues.

Ce que les raies blanches du Pacifique apprennent aux scientifiques

Les raies blanches du Pacifique restent très peu observées in situ. Les chercheurs connaissent encore mal leur longévité, leurs déplacements précis ou leur capacité à s’adapter à des changements rapides de l’environnement, comme le réchauffement des océans ou l’acidification.

Le fait de localiser une nurserie de cette taille ouvre plusieurs pistes :

  • suivre l’évolution des œufs au fil des années ;
  • mesurer précisément l’effet de la température sur la durée de développement ;
  • comprendre quels facteurs environnementaux déclenchent la ponte ;
  • évaluer l’impact potentiel de la pêche autour du mont sous-marin.

Pour un lecteur français, cette découverte illustre aussi à quel point les grands fonds restent largement inexplorés, même près de côtes bien étudiées. Alors que les débats portent souvent sur la pêche, les aires protégées ou la possible exploitation minière des fonds marins, ces images de raies utilisant la chaleur du volcan comme couveuse rappellent que chaque intervention humaine dans ces milieux peut toucher des mécanismes biologiques encore mal compris.

Elle met enfin en lumière un aspect particulier des volcans : loin de n’être que des sources de risques, certains d’entre eux, une fois apaisés mais encore tièdes, deviennent des refuges. Dans l’obscurité du Pacifique nord-est, la chaleur résiduelle d’un ancien édifice volcanique façonne aujourd’hui l’avenir d’une espèce discrète, œuf après œuf, capsule après capsule.

Questions fréquentes

Comment les scientifiques ont-ils découvert cette nurserie de raies ?

Une équipe de chercheurs canadiens exploraient une montagne sous-marine à 1,5 kilomètre de profondeur au large de la côte pacifique du Canada en utilisant un robot sous-marin équipé de caméras. Ils s'attendaient à trouver une structure froide et géologiquement inerte, mais ont découvert à la place une zone volcanique toujours active.

Pourquoi les raies utilisent-elles ce volcan pour reproduire ?

La chaleur dégagée par les fluides volcaniques accélère le développement des embryons, qui prennent normalement quatre ans à se développer dans les eaux froides des grands fonds. Le sommet couvert de coraux offre également un abri et une source de nourriture protégeant les jeunes raies jusqu'à leur migration vers les profondeurs.

Combien d'œufs ont été observés sur ce site ?

Selon la biologiste Cherisse Du Preez, le sommet du volcan pourrait abriter entre 100 000 et un million d'œufs. Cette estimation contraste fortement avec l'autre site de reproduction connu aux îles Galápagos, où seulement une douzaine ou deux d'œufs avaient été observés.

Ce site est-il actuellement protégé ?

Non, malgré son importance biologique cruciale, ce mont sous-marin ne bénéficie pas d'un statut de protection. Les scientifiques s'inquiètent des risques liés aux chaluts de fond et à l'exploration minière en haute mer, qui pourraient détruire les coraux et compromettre la reproduction de l'espèce.

Cette découverte change-t-elle notre compréhension des volcans sous-marins ?

Oui, elle révèle que les volcans sous-marins apparemment éteints peuvent encore diffuser suffisamment de chaleur pour créer des écosystèmes uniques. Cela suggère que plusieurs espèces de poissons cartilagineux des grands fonds utilisent la géothermie pour la reproduction, incitant les scientifiques à rechercher d'autres nurseries similaires.

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