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Des scientifiques ont écouté des milliers de conversations entre maîtres et animaux : voici ce que nous leur disons vraiment

Des scientifiques ont écouté des milliers de conversations entre maîtres et animaux : voici ce que nous leur disons vraiment

Aux États-Unis, des chercheurs ont passé au crible des milliers d’enregistrements du quotidien pour comprendre comment nous parlons réellement à nos chiens et chats.

En écoutant discrètement des extraits sonores de la vie de tous les jours, une équipe américaine a décortiqué nos conversations avec les animaux de compagnie. Objectif : mettre noir sur blanc ce que les maîtres racontent vraiment à leurs chiens et leurs chats, rapporte le site italien commentimemorabili.it.

Une étude américaine fondée sur plus de 5 000 extraits audio

La recherche, publiée dans la revue scientifique Frontiers in Psychiatry, a été menée aux États-Unis par Dara S. Jonkoski et ses collègues. Les scientifiques y présentent un nouveau système de codage baptisé AURAL-Pet, pensé pour analyser finement la manière dont les humains parlent à leurs animaux dans leur vie quotidienne.

Pour y parvenir, ils n’ont pas demandé aux participants de se filmer avec leur chien ou leur chat. Ils ont exploité quatre jeux de données audio déjà existants, issus d’études menées auprès :

  • de personnes âgées,
  • d’adultes en bonne santé pratiquant la méditation,
  • de couples confrontés à un cancer du sein,
  • d’adultes récemment divorcés ou séparés.

Ces enregistrements avaient été réalisés grâce à un dispositif baptisé EAR, pour Electronically Activated Recorder : un petit appareil qui capte automatiquement de courts extraits sonores de la journée, par séquences de 30 ou 50 secondes. Rien n’était ciblé sur les animaux à l’origine.

En fouillant ces archives, les chercheurs ont isolé 5 072 clips dans lesquels un animal était présent. Ces extraits concernaient 240 personnes, soit 44 % des 541 participants de départ. L’âge moyen était de 48,5 ans, avec des volontaires de 24 à 87 ans, et une majorité de femmes (68,3 % contre 31,7 % d’hommes).

Les chercheurs ont écouté 5 072 extraits sonores « avec animaux » pour décortiquer en détail la manière dont nous nous adressons à eux.

Un outil pour classer ce que nous disons à nos chiens et chats

AURAL-Pet ne se contente pas de repérer si une personne parle ou non à son animal. Le système s’intéresse à la nature précise des propos tenus. Les chercheurs ont ainsi défini plusieurs grandes catégories, chacune correspondant à un type de discours bien particulier.

Quand nous « lisons » dans la tête de notre animal

Parmi ces catégories, l’une des plus marquantes est appelée « lecture de pensée » (mind reading). Elle s’applique chaque fois qu’un maître formule à voix haute ce qu’il imagine être les pensées, les émotions ou les intentions de son animal.

Concrètement, cela inclut toutes les phrases du type « je sais que tu veux que je reste à la maison », « tu as faim » ou « tu es jaloux », lorsque ces états sont clairement attribués au chien ou au chat. Selon l’étude, ce type de projection mentale apparaît en moyenne dans 8,6 % des extraits codés pour chaque participant, avec une variation énorme : chez certains, cette catégorie pouvait représenter jusqu’à 50 % des clips « en présence d’un animal ».

Les surnoms affectueux omniprésents

Autre volet étudié : les surnoms. AURAL-Pet repère tous les petits noms affectueux ou variantes du nom de l’animal. Les chercheurs citent des exemples en anglais comme « baby », « princess » ou même « big yellow », preuve que le nom officiel noté chez le vétérinaire ne suffit souvent pas.

Ces surnoms apparaissaient en moyenne dans 13,4 % des extraits analysés par participant. Ils forment une part non négligeable de nos échanges verbaux avec chiens et chats, au même titre que dans une relation proche entre humains.

Frustrations, réprimandes et ordres déguisés en questions

Les chercheurs ont aussi codé les séquences marquées par l’irritation ou la frustration du maître. Cela inclut les remontrances après une bêtise, ou les discours fermes adressés à l’animal. Cette catégorie restait minoritaire, avec environ 0,9 % des clips par participant.

AURAL-Pet distingue également les ordres, y compris lorsqu’ils prennent la forme d’une question : par exemple, « tu veux aller chercher cette balle ? ». La structure laisse sembler que l’animal a le choix, mais pour les chercheurs, il s’agit bien d’une consigne, et non d’un véritable dialogue ouvert.

Autre élément codé : les jugements positifs ou négatifs sur le comportement de l’animal. Les auteurs se sont volontairement appuyés sur le contenu des mots plutôt que sur le ton de la voix, car il s’est avéré difficile de différencier avec fiabilité sarcasme, ironie ou humour. Une phrase du type « tu es adorable » était donc classée à part d’un « tu es un vrai désastre », dès lors que le sens littéral ne prête pas à confusion.

AURAL-Pet isole les « lectures de pensée », les surnoms, les réprimandes, les ordres et les jugements portés sur le comportement de l’animal.

Des confidences sur la météo, le médecin et les projets du jour

L’aspect le plus surprenant de l’étude tient sans doute aux sujets abordés. Les chercheurs ont mis en place une catégorie baptisée « substitut humain » (human substitute) pour les situations où une personne parle à son animal comme à un interlocuteur humain, au sujet de thèmes qui n’ont rien à voir avec ses besoins immédiats.

Il ne s’agit alors plus de demander simplement « tu as faim ? » ou « on sort ? », mais d’échanges beaucoup plus élaborés. En analysant le contenu des clips, les chercheurs ont repéré plusieurs grands types de propos :

  • le maître raconte ce qu’il est en train de faire ou ce qu’il pense ;
  • il commente les actions de l’animal ;
  • il décrit ses projets pour plus tard dans la journée ;
  • il évoque la météo ou la température ;
  • il parle de courses à faire ou de visites au magasin ;
  • il mentionne des rendez-vous médicaux ou des « plans de médecin ».

Les chercheurs notent ainsi que certains maîtres détaillent leur agenda à leur chien ou leur chat avec une grande précision, allant jusqu’à annoncer un futur passage chez le médecin ou au supermarché, ou commenter la chaleur extérieure comme ils le feraient avec un proche.

Presque une conversation sur dix adressée aux animaux

Pour mesurer la place réelle des animaux dans la parole quotidienne, l’équipe a comparé les extraits où les participants s’adressaient à un animal avec l’ensemble de ceux dans lesquels on entendait quelqu’un parler, que ce soit à une autre personne, à un groupe, à lui-même ou à un animal.

Sur 30 433 clips contenant de la parole, les participants parlaient à des animaux dans 9,2 % des cas en moyenne. Là encore, les différences entre individus étaient très marquées : certains n’adressaient pratiquement jamais la parole à un animal, tandis que, chez d’autres, près d’un enregistrement sur deux (49,6 %) impliquait un chien ou un chat.

En moyenne, près d’une conversation sur dix enregistrée impliquait un animal, avec des maîtres qui leur confient même leurs projets médicaux ou la météo.

Un outil de recherche, pas une preuve de bénéfice pour la santé mentale

Les auteurs insistent sur le fait que leur travail vise avant tout à proposer un outil méthodologique. L’étude ne démontre pas que discuter de la météo avec son chat améliore l’humeur, ni que projeter des pensées sur son chien rend plus heureux ou en meilleure santé.

AURAL-Pet fournit surtout un cadre pour mesurer de manière systématique ces interactions, afin de permettre à de futures recherches d’étudier d’éventuels liens entre :

  • la fréquence et le type de conversations avec les animaux,
  • le bien-être psychologique des propriétaires,
  • le bien-être des animaux eux-mêmes,
  • et la qualité du lien entre la personne et son animal.

Les chercheurs signalent aussi plusieurs limites majeures. Les enregistrements provenaient d’études conçues pour d’autres objectifs, sans dimension vidéo. Impossible, dans certains cas, de dire avec certitude si l’animal présent était un chien ou un chat, sauf lorsqu’un aboiement ou un miaulement se faisait clairement entendre. Résultat : la variable « espèce » a été retirée du système final.

Autre point : l’équipe ignorait parfois si l’animal appartenait réellement au participant ou se trouvait simplement dans la même pièce. Pour rester prudents, les auteurs préfèrent parler de situations « en présence d’un animal de compagnie » (pet-adjacent) plutôt que de relations formelles maître–animal.

Enfin, toutes les conversations analysées étaient en anglais américain. Avant d’appliquer AURAL-Pet à d’autres langues, dont le français, des travaux complémentaires seront nécessaires, notamment pour vérifier que les catégories restent pertinentes dans d’autres contextes culturels.

Et en France, parler à son animal, c’est courant ?

En France, aucune grande étude équivalente n’a encore codé, clip par clip, le contenu de nos conversations avec chiens et chats. En revanche, les enquêtes sur le lien entre Français et animaux de compagnie convergent : la parole tient une place centrale dans cette relation.

Les vétérinaires, les comportementalistes animaliers ou les associations de protection animale constatent régulièrement que les maîtres s’adressent à leurs compagnons comme à des membres à part entière de la famille. On retrouve les mêmes ingrédients que dans l’étude américaine : surnoms, commentaires sur la journée, confidences lors de moments de stress, voire discussions complètes lorsque l’animal sert de soutien émotionnel.

Certains services français, comme les consultations de comportement canin ou félin, tiennent compte de cette dimension verbale. Les spécialistes analysent la manière dont un maître parle à son animal, la répétition d’ordres, l’usage de menaces ou, au contraire, de phrases très douces, car cela influence la compréhension et le niveau de stress de l’animal.

Pour un lecteur français, l’étude américaine offre donc une grille de lecture intéressante : chacun peut se demander quelle part de son propre discours avec son animal relève des ordres, des encouragements, des confidences ou de la « lecture de pensée ».

Ce que ces résultats disent de notre relation aux animaux

Au-delà de l’aspect anecdotique, cette recherche illustre la place grandissante accordée aux chiens et chats dans la sphère affective. Parler à un animal de son prochain rendez-vous médical, commenter le temps ou les courses prévues revient à le faire entrer dans le récit de sa journée, presque comme un proche silencieux.

Pour certains, cette habitude peut apporter un sentiment de présence ou de continuité dans la journée, en particulier chez les personnes seules, âgées ou fragilisées par un événement de vie (maladie grave, séparation…). Les auteurs de l’étude ne tirent pas de conclusion sur les effets psychologiques, mais offrent un outil pour les examiner à l’avenir.

Un autre enjeu concerne le bien-être animal. Les chiens et les chats ne comprennent pas tous les détails de ces confidences, mais ils réagissent au ton, au rythme, aux postures. Un maître qui parle souvent calmement, avec des phrases prévisibles et rassurantes, ne transmet pas le même message qu’une personne qui s’adresse surtout à son animal dans des contextes de réprimandes.

Les mots adressés aux animaux ne sont pas neutres : ils participent au climat émotionnel du foyer et à la qualité du lien humain–animal.

Pour les propriétaires, réfléchir à ces catégories – ordres, encouragements, « lectures de pensée », confidences – peut devenir un outil pratique. Observer, sur quelques jours, à quoi ressemblent réellement les phrases adressées au chien ou au chat permet de prendre conscience de certaines habitudes, et éventuellement de les rééquilibrer en faveur d’échanges plus cohérents et apaisants.

Questions fréquentes

Comment les chercheurs ont-ils collecté les enregistrements audio ?

Ils ont utilisé un dispositif appelé EAR (Electronically Activated Recorder) qui capturait automatiquement de courts extraits sonores de 30 ou 50 secondes tout au long de la journée. Ces enregistrements provenaient de quatre études existantes portant sur des personnes âgées, des adultes en méditation, des couples confrontés au cancer et des adultes divorcés ou séparés.

Qu'est-ce que la catégorie « lecture de pensée » dans l'étude ?

Il s'agit du moment où un maître formule à voix haute ce qu'il imagine être les pensées, les émotions ou les intentions de son animal, par exemple « je sais que tu veux que je reste à la maison » ou « tu as jaloux ». Cette catégorie apparaît en moyenne dans 8,6 % des extraits par participant.

Quels sujets les maîtres abordent-ils avec leurs animaux ?

Au-delà des besoins immédiats, les maîtres partagent avec leurs animaux ce qu'ils font, leurs projets pour la journée, des commentaires sur la météo, des listes de courses, et même des rendez-vous médicaux, comme s'ils conversaient avec un interlocuteur humain.

Y a-t-il de grandes différences entre les individus dans la façon de parler aux animaux ?

Oui, les variations sont énormes : certains participants parlaient à peine à leurs animaux, tandis que d'autres leur adressaient la parole dans près de 50 % de leurs enregistrements audio. De même, la « lecture de pensée » pouvait représenter jusqu'à 50 % des interactions pour certains et presque rien pour d'autres.

AURAL-Pet est-il une preuve des bénéfices pour la santé mentale ?

Non, les auteurs précisent que leur travail vise avant tout à proposer un outil de recherche pour analyser comment nous parlons aux animaux. L'étude n'établit pas de lien causal entre ces interactions verbales et les bénéfices pour la santé mentale.

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