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Vous ressentez un soulagement quand quelqu’un échoue : une psychologue explique ce que cache vraiment ce sentiment

Vous ressentez un soulagement quand quelqu'un échoue : une psychologue explique ce que cache vraiment ce sentiment

Être presque soulagé en voyant quelqu’un échouer peut mettre mal à l’aise. En Espagne, une psychologue détaille ce que révèle réellement cette réaction.

Ce petit frisson de satisfaction devant l’échec d’un collègue, d’un ex ou d’une célébrité ne se dit pas facilement. Interrogée par un média en ligne espagnol, la psychologue Esther Boada, qui dirige le centre Sukha Psychologie à Barcelone, explique pourquoi ce sentiment, loin de faire de nous des « monstres », parle surtout de nos insécurités et de notre manière de nous comparer aux autres.

Un sentiment tabou qui ne dit pas forcément qu’on est cruel

Dans la vie quotidienne, certains affects s’assument sans difficulté : la tristesse, la joie, la colère. D’autres restent cachés, parfois même à nous-mêmes. Le soulagement ressenti quand une personne qui semblait réussir sur tous les plans trébuche fait clairement partie de cette deuxième catégorie.

Reconnaître ce type d’émotion renvoie immédiatement à une question embarrassante : « Qu’est-ce que ça dit de moi ? »

Ressentir un certain soulagement face à l’échec d’un autre ne signifie pas automatiquement qu’on est mauvais ou sans empathie.

Esther Boada insiste : ce n’est pas forcément de la méchanceté pure. Selon elle, cette réaction émotionnelle traduit souvent davantage nos propres fragilités, nos comparaisons constantes ou des besoins affectifs non comblés, que la personnalité de la personne qui échoue.

La psychologie de la schadenfreude : ce qui se joue dans la comparaison

Les chercheurs ont donné un nom à ce phénomène : la « schadenfreude », un terme allemand qui désigne le fait d’éprouver une certaine joie ou satisfaction devant le malheur d’autrui.

La psychologue espagnole précise que cette émotion est « assez fréquente » dans la pratique clinique et ne renvoie pas automatiquement à un profil manipulateur ou antisocial. Elle invite à ne pas la juger uniquement sur un plan moral, mais à l’observer aussi comme un phénomène psychologique courant.

Un des éléments clés, explique-t-elle, se trouve dans la façon dont nous construisons notre estime de nous-mêmes.

Quand quelqu’un qu’on perçoit comme supérieur échoue, l’écart symbolique entre cette personne et nous se réduit temporairement, ce qui peut soulager notre ego.

Les travaux en psychologie sociale montrent que nous évaluons constamment notre valeur en nous comparant aux autres. Voir une personne admirée, enviée ou privilégiée se tromper ou échouer peut donc, l’espace d’un instant, apaiser un sentiment d’infériorité ou d’injustice.

Il ne s’agit pas toujours de se réjouir activement de sa souffrance, mais parfois d’un simple relâchement intérieur : l’impression qu’on n’est plus « à la traîne » pendant que les autres avancent à toute allure.

Ce que dit le cerveau quand l’autre échoue

Cette réaction a aussi une dimension biologique. Esther Boada rappelle que des études de neurosciences montrent que, lorsqu’on assiste à l’échec d’une personne que l’on envie, les circuits de récompense du cerveau peuvent s’activer. Autrement dit, l’événement est perçu comme émotionnellement satisfaisant sur le plan neurologique, même si, rationnellement, on n’en est pas fier.

La psychologue insiste toutefois : cela ne veut pas dire qu’il faille encourager cette émotion ou la banaliser. Elle invite plutôt à la voir comme profondément humaine, modelée par la comparaison sociale, l’estime de soi, l’envie et notre sens personnel de la justice.

Quand ces « vilaines émotions » apparaissent : que faire de la culpabilité ?

Il peut arriver que l’on remarque, plusieurs fois, une petite satisfaction interne à la vue des difficultés d’un collègue, d’un proche ou même d’une personnalité publique que l’on n’apprécie pas.

Lorsque ce ressenti se répète, le réflexe consiste souvent à se juger très durement ou à tenter de faire disparaître comme par magie cette émotion, en la niant ou en la refoulant.

Pour Esther Boada, ce n’est pas la meilleure stratégie :

La culpabilité tient souvent lieu d’écran de fumée : elle empêche de comprendre ce qui se joue vraiment derrière le soulagement ressenti.

La spécialiste recommande, au contraire, d’adopter une posture d’enquête intérieure. Se demander, par exemple, ce que ce ressenti essaie de signaler : un besoin ignoré, une blessure ancienne, un sentiment de ne pas être reconnu.

Des questions à se poser quand ce sentiment apparaît

Plutôt que de s’accuser, la psychologue propose quelques pistes d’auto-questionnement :

  • Qu’est-ce que cette personne semble avoir que je pense ne pas avoir ?
  • Quel besoin, chez moi, est réveillé par ce qui lui arrive ?
  • Est-ce que cette réaction renvoie à une injustice ancienne, un rejet, une humiliation ?
  • Est-ce que je me sens souvent en compétition avec les autres ?

Ces interrogations permettent de déplacer le regard : au lieu de rester fixé sur la chute de l’autre, on commence à explorer ce qui se joue en soi, dans sa propre histoire.

Utiliser ses insécurités comme levier de croissance personnelle

Pour la psychologue barcelonaise, ces élans de satisfaction face à l’échec d’autrui sont rarement l’« émotion principale ». Ils servent plutôt de signal d’alarme sur un malaise plus profond : comparaison incessante, impression de ne jamais être choisi, sentiment que la vie est injuste, jalousie, peur de ne pas être à la hauteur.

Cette réaction peut être vue comme un miroir émotionnel : elle renvoie à nos blessures, pas seulement à la situation de l’autre.

Plutôt que d’essayer de l’écraser, Boada suggère de l’utiliser comme une source d’informations. Comprendre ce qui se cache derrière cette satisfaction furtive permet ensuite de travailler, sur la durée, sur son estime personnelle.

Elle insiste sur le rôle des comparaisons : plus notre valeur dépend des performances des autres, plus nous devenons dépendants de leurs succès ou de leurs échecs pour nous sentir bien. À l’inverse, une estime de soi plus stable se construit sur ses propres repères : ses valeurs, ses objectifs et son contexte de vie, sans se placer en compétition permanente.

Reconnaître sans justifier

Comprendre une émotion ne revient pas à valider n’importe quel comportement. Esther Boada rappelle qu’on peut avoir été blessé par quelqu’un, sans faire de la souffrance de cette personne notre unique source de réparation.

Si ce type de ressenti devient fréquent ou commence à faire souffrir, cela peut signaler des besoins émotionnels très peu pris en compte. Dans ce cas, un travail thérapeutique peut aider à remettre à plat ses blessures relationnelles, son rapport à l’injustice ou à la réussite des autres. Quand l’estime de soi se renforce, le besoin de se consoler avec l’échec d’autrui a tendance à diminuer.

Ce que cela signifie pour un lecteur en France

Le phénomène décrit par la psychologue espagnole concerne aussi bien l’Espagne que la France. Les mécanismes en jeu – comparaison, sentiment d’injustice, difficultés d’estime de soi – sont universels.

En France, ces questions peuvent être abordées avec différents professionnels : psychologues, psychiatres, psychothérapeutes. Leur approche varie, mais beaucoup travaillent précisément sur les thèmes cités par Esther Boada : blessures anciennes, schémas de comparaison répétitifs, difficulté à accepter ses propres limites.

Aspect Ce qui se joue Piste de travail possible
Comparaison permanente Sentiment d’être toujours derrière les autres Identifier ses propres critères de réussite
Envie et jalousie Croyance que les autres « ont tout » Travailler la reconnaissance de ses propres ressources
Blessures anciennes Rejet, humiliation, injustices passées Mettre ces expériences en mots, parfois en thérapie
Estime de soi fragile Valeur personnelle dépendante du regard extérieur Renforcer ses valeurs, ses limites et ses besoins

Pour un lecteur français, l’enjeu n’est pas de se débarrasser à tout prix de ces émotions jugées « laides », mais d’apprendre à s’en servir comme indicateurs. Elles révèlent des zones sensibles : un sentiment de dévalorisation au travail, une rivalité entre frères et sœurs, une impression de toujours passer au second plan dans la vie affective.

Quelques repères pour mieux vivre avec ces émotions

Sans se substituer au travail d’un professionnel, certains repères peuvent aider à apprivoiser ces réactions :

  • Nommer l’émotion au lieu de la nier (soulagement, satisfaction, envie).
  • Éviter de se définir entièrement par elle (« je suis quelqu’un de mauvais »).
  • Identifier les situations où elle revient le plus souvent (travail, famille, réseaux sociaux).
  • Se demander quel besoin non satisfait ressort à ce moment-là (reconnaissance, sécurité, justice).
  • Réfléchir à des actions concrètes pour mieux répondre à ce besoin, sans passer par la chute de l’autre.

La schadenfreude reste une émotion inconfortable, mais elle peut devenir un point de départ pour mieux se connaître : un signal que quelque chose, dans notre manière de nous voir ou de nous comparer, mérite d’être regardé de plus près.

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