En Allemagne, certaines applications pour téléviseurs connectés transforment discrètement votre salon en porte d’entrée vers votre réseau domestique.
Un article du site technologique allemand futurezone met en lumière un risque souvent ignoré des possesseurs de téléviseurs connectés LG et Samsung : des applications gratuites, parfois très banales, peuvent partager la connexion Internet du foyer avec des inconnus, sans que l’utilisateur le réalise.
Des téléviseurs qui servent de relais à des inconnus
Les smart TV actuels fonctionnent comme de véritables ordinateurs : système d’exploitation, boutique d’applications, connexion permanente au Wi-Fi. Cette configuration pratique ouvre aussi la voie à des usages détournés.
Selon une analyse de l’entreprise de sécurité Spur Intelligence Labs, menée fin juin 2026, certaines applications pour téléviseurs LG (webOS) et Samsung (Tizen) intègrent des modules de « proxy résidentiel ». Ces modules transforment la connexion Internet du foyer en point de passage pour des tiers.
Spur Intelligence Labs a identifié des composants de proxy résidentiel dans 2 058 applications sur 6 038 examinées pour LG webOS et Samsung Tizen.
Pour les applications LG, 42,5 % des apps analysées contenaient ce type de module. Pour Samsung Tizen, la proportion atteignait 26,9 %. Ces chiffres ne signifient pas que tous les téléviseurs équipés de ces apps ont effectivement servi de relais, mais qu’un code permettant cet usage était bien présent dans les applications.
Un « proxy résidentiel » redirige le trafic Internet via une connexion domestique classique. Pour les sites web visés, tout semble provenir directement du foyer de l’utilisateur. Le téléviseur connecté devient ainsi un maillon d’un réseau beaucoup plus vaste, souvent monétisé.
Quand un écran devient un point d’entrée dans le réseau
Les réseaux de proxy résidentiel ne sont pas illégaux en soi. Ils peuvent servir à des usages présentés comme légitimes, comme l’indexation de sites. Le risque apparaît quand les utilisateurs ne comprennent pas ce qu’ils acceptent, ou quand ces réseaux servent de couverture à des activités douteuses.
Des dialogues de consentement étudiés par Spur Intelligence Labs indiquent que le proxy peut continuer à fonctionner même après la fermeture de l’application TV.
Les chercheurs soulignent un point particulièrement préoccupant : certains accords d’utilisation laissent entendre que le partage de connexion se poursuit après la fermeture de l’app. Dans certains jeux, la possibilité de partager sa bande passante est même proposée comme alternative à la publicité.
Pour des personnes mal intentionnées, utiliser une adresse IP privée présente un avantage clair. Leur trafic ressemble à celui d’un foyer lambda, ce qui permet :
- de contourner des blocages d’adresses IP ;
- de franchir des restrictions géographiques ;
- de déjouer certains systèmes de protection basés sur la réputation des adresses IP.
Les experts cités par futurezone mettent aussi en garde contre un scénario plus grave : si le service de proxy filtre mal les accès, le téléviseur pourrait servir de point de départ vers d’autres équipements du réseau domestique. Routeur, caméra connectée, serveur de fichiers ou ordinateur personnel pourraient alors se retrouver exposés.
Un cas spectaculaire avec un célèbre kit de proxy
Une autre enquête, réalisée en août 2026 par la société de cybersécurité Mnemonic, illustre la difficulté à contrôler ce type de fonction. Les chercheurs ont mis au jour la présence du kit Bright Data, l’un des packages de proxy résidentiel les plus connus, dans plusieurs applications du développeur Play.Works.
Parmi elles figurait une application de jeu Pac-Man mise en avant par Samsung comme « Editor’s Choice ». Mnemonic précise toutefois que le simple fait d’installer l’application ne transformait pas automatiquement le téléviseur en relais : au moment de l’étude, une grande partie du module litigieux était désactivée.
Mnemonic signale que certains éléments de l’application étaient chargés dynamiquement depuis un serveur, laissant la porte ouverte à une activation ultérieure des fonctions de proxy.
Cette capacité de mise à jour à distance complique fortement la tâche des contrôles classiques. Une app peut sembler inoffensive lors de sa validation, puis récupérer plus tard, en toute discrétion, un composant modifié.
LG et Samsung tentent de rassurer et durcissent les règles
Face à ces révélations, les deux géants de l’électronique affirment avoir pris des mesures. LG a indiqué au site spécialisé KrebsOnSecurity que les réseaux de proxy résidentiel ne correspondaient pas à l’usage prévu de ses téléviseurs connectés.
Le groupe explique travailler avec les développeurs pour supprimer ces fonctions des applications webOS. Les apps qui ne seraient pas modifiées risquent le blocage du côté de LG.
Samsung, cité par le média FlatpanelsHD, affirme avoir déjà limité l’acceptation de nouvelles apps intégrant ce type de proxy. Le constructeur dit avoir mis à jour ses règles pour interdire explicitement ces kits de proxy résidentiel et procéder au retrait des applications concernées.
futurezone rappelle que la problématique n’est pas propre à ces deux marques : des discussions similaires ont eu lieu autour de plateformes comme Fire TV ou Roku, certains fournisseurs ayant fini par restreindre ou interdire ces modèles.
Quelles applications méritent d’être supprimées en priorité ?
Les chercheurs et les constructeurs invitent les utilisateurs à faire le tri dans les apps installées sur leur smart TV. Les profils les plus à risque sont souvent les mêmes :
- jeux gratuits rarement utilisés ;
- économiseurs d’écran et animations (aquariums, paysages, horloges animées) ;
- applications de fond d’écran, ambiances visuelles ou sonores ;
- apps peu connues, installées par curiosité puis oubliées.
Méfiez-vous des applications qui demandent d’utiliser votre connexion pour du « Web Indexing », un « Residential Proxy », un partage de bande passante ou un fonctionnement persistant en arrière-plan.
Les offres du type « pas de publicité en échange de l’utilisation de ta connexion Internet » méritent également un examen attentif. L’utilisateur accepte alors un modèle économique où sa bande passante devient une ressource monnayable, souvent à son insu.
Autre point souligné : dans certains cas, le partage de la connexion peut continuer après la fermeture de l’application. Fermer l’app ne suffit donc pas forcément à stopper le relais. La suppression complète de l’application reste la solution la plus sûre.
Comment supprimer ces apps sur un téléviseur Samsung ou LG
Les procédures de désinstallation restent relativement simples, même si certaines apps préinstallées demeurent impossibles à enlever.
| Marque | Chemin pour supprimer une app | Particularités signalées |
|---|---|---|
| Samsung (Tizen) | Smart Hub > Apps > Paramètres des apps, puis sélectionner l’app et choisir deux fois « Supprimer » | Les données associées à l’app sont également effacées ; certaines apps préinstallées ne peuvent pas être supprimées |
| LG (webOS) | Depuis l’écran d’accueil, sélectionner l’app, maintenir la touche OK pour ouvrir le mode édition, puis utiliser l’icône de suppression | La désinstallation retire l’application de la liste ; les apps système restent protégées |
Les spécialistes recommandent aussi de maintenir à jour le logiciel du téléviseur. Les mises à jour de firmware intègrent souvent des corrections de sécurité ou des restrictions supplémentaires pour ce type de pratiques.
Ce que cela change pour les foyers français
Les faits décrits par futurezone concernent d’abord des téléviseurs commercialisés en Allemagne, mais les modèles LG webOS et Samsung Tizen sont largement vendus en France avec des environnements logiciels similaires.
En France, un foyer dont la connexion sert de relais à des tiers peut, en théorie, se retrouver associé à des activités en ligne qu’il n’a jamais commises. L’adresse IP publique identifie la ligne, pas la personne. En cas de fraude, d’attaque informatique ou de téléchargement illégal provenant d’un proxy résidentiel, les premières traces mèneront au titulaire de l’abonnement.
Autoriser une app TV à partager la connexion revient à confier son adresse IP à des inconnus, avec un contrôle souvent très limité sur l’usage réel.
La législation française sur la cybersécurité et les infractions en ligne reste focalisée sur les auteurs et complices, mais la position d’un abonné dont la connexion aurait servi d’intermédiaire peut vite devenir inconfortable : demandes d’explications, nécessité de prouver le caractère involontaire, vérifications techniques.
Pour un lecteur français, l’enjeu principal est donc de réduire au maximum les applications superflues sur son téléviseur connecté, de refuser les autorisations floues et de privilégier les apps issues d’éditeurs identifiés, déjà connus sur d’autres supports (smartphone, tablette, console).
Bonnes pratiques pour garder la main sur son réseau domestique
Au-delà de la suppression des apps douteuses, quelques réflexes limitent les risques autour des téléviseurs connectés :
Beaucoup d’utilisateurs considèrent encore le téléviseur comme un appareil « passif ». Les enquêtes relayées par futurezone, Spur Intelligence Labs ou Mnemonic rappellent qu’il s’agit d’un terminal connecté à part entière, soumis aux mêmes logiques commerciales et aux mêmes risques que les smartphones ou les ordinateurs.
La notion de « proxy résidentiel » reste technique, mais son impact est très concret : transformer à grande échelle des millions de box Internet domestiques en maillage de points de passage. Pour l’utilisateur final, le seul véritable levier consiste à garder la maîtrise des applications autorisées à tourner sur ses appareils, y compris sur l’écran du salon.








