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Pourquoi les moustiques vous piquent vous et pas les autres : les scientifiques ont identifié le cocktail chimique de votre peau

Pourquoi les moustiques vous piquent vous et pas les autres : les scientifiques ont identifié le cocktail chimique de votre peau

Dans certains pays, des chercheurs ont identifié les signaux chimiques qui transforment certaines peaux en aimants à moustiques, tandis que d’autres sont presque épargnées.

Dans une dépêche de l’agence de presse française AFP, des scientifiques basés en France, en Suède, aux Pays-Bas et au Burkina Faso expliquent comment les moustiques choisissent leurs victimes, et pourquoi certaines personnes se font systématiquement piquer. Leurs travaux détaillent un cocktail précis d’odeurs de peau, de chaleur corporelle et même de consommation de bière, alors que ces insectes vecteurs de maladies gagnent du terrain, notamment en France.

Un « cocktail chimique » qui guide les moustiques

Les chercheurs rappellent d’abord que la sensation d’être la cible privilégiée des moustiques est bien réelle. « Ce n’est pas une idée reçue – les moustiques sont attirés par certaines personnes plus que par d’autres », explique Frederic Simard, entomologiste médical à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), cité par l’AFP. Mais cette « attractivité » varie au fil du temps et des situations : « Nous ne sommes pas tous des aimants à moustiques en permanence », précise-t-il.

Les moustiques femelles, seules à piquer, utilisent plusieurs signaux sensoriels pour repérer un humain plutôt qu’un autre. Trois facteurs clés ressortent des études présentées :

  • le dioxyde de carbone (CO₂) que nous expirons, détectable à plusieurs dizaines de mètres ;
  • les odeurs de notre peau, perçues à moyenne distance ;
  • la chaleur et l’humidité dégagées par le corps, qui affinent le ciblage à courte portée.

Le chercheur suédois Rickard Ignell, interrogé par l’AFP, rappelle que le CO₂ constitue le premier déclencheur du comportement de recherche : les moustiques se dirigent vers la source de ce gaz avant de s’affiner grâce aux odeurs et à la température. Quand ils se rapprochent à moins d’une dizaine de mètres, les effluves de la peau prennent le relais et renforcent l’attraction.

Les moustiques ne choisissent pas au hasard : ils suivent une succession de signaux, du CO₂ à distance jusqu’aux molécules odorantes présentes à la surface de la peau.

Le groupe sanguin ou la couleur des yeux ne changent rien

Plusieurs idées largement répandues ressortent démenties par ces travaux. L’hypothèse selon laquelle certains groupes sanguins seraient plus appétissants que d’autres « n’a aucun fondement scientifique », insiste Frederic Simard. Des études ont bien été menées, mais sur « très peu de personnes », ce qui ne permet pas de conclure de manière solide.

Les chercheurs soulignent également que la couleur de la peau, des yeux ou des cheveux ne semble pas jouer de rôle direct. Les moustiques ne ciblent donc pas une « apparence » mais un ensemble d’odeurs et de signaux physiques beaucoup plus subtils.

L’odeur de la peau, véritable aimant à moustiques

L’odeur corporelle se révèle en revanche déterminante. Elle provient en grande partie de notre microbiote cutané, c’est-à-dire l’ensemble des bactéries vivant à la surface de la peau. Celles-ci transforment les substances produites par notre organisme en centaines de molécules odorantes différentes.

Les humains libèrent entre 300 et 1000 composés odorants, selon les recherches citées par l’AFP. Les moustiques n’en détectent qu’une partie, mais ce « mélange » varie fortement d’une personne à l’autre, ce qui expliquerait pourquoi certains sont piqués en permanence dans un groupe, tandis que d’autres sont très peu touchés.

Les scientifiques commencent à identifier quels composés, parmi plusieurs centaines possibles, composent le cocktail qui rend une peau irrésistible pour certains moustiques.

Une étude en laboratoire sur 42 femmes

Dans une étude récente dirigée par Rickard Ignell, des moustiques Aedes aegypti – vecteurs de la dengue et de la fièvre jaune – ont été lâchés en laboratoire sur 42 femmes. L’objectif : voir vers quelles personnes ces insectes se dirigeaient le plus.

Les chercheurs ont isolé 27 composés odorants que les moustiques peuvent effectivement percevoir parmi ceux présents sur la peau. Ils ont constaté que les femmes les plus piquées, notamment des femmes enceintes au deuxième trimestre, produisaient en grande quantité un composé issu de la dégradation du sébum, l’huile naturelle de la peau.

Ce composé, appelé « 1-octen-3-ol » et parfois surnommé « alcool de champignon », semble jouer un rôle clé. Rickard Ignell souligne auprès de l’AFP qu’« une augmentation même faible » de ce composé suffisait à modifier l’attractivité d’une personne pour les moustiques, ce qui a surpris l’équipe de recherche.

La bière, un vrai booster pour les piqûres

Les habitudes de vie influeront aussi sur le risque de se faire piquer. Plusieurs travaux mentionnés par l’AFP mettent en cause la consommation de bière, qui rendrait certaines personnes plus attractives pour les moustiques.

En cause : la bière augmente la température corporelle, modifie la quantité de CO₂ expiré et change l’odeur de la peau. Dans une étude menée au Burkina Faso avec le moustique Anopheles, vecteur du paludisme, des volontaires ont été exposés en laboratoire après avoir bu de la bière, puis, plusieurs jours plus tard, après avoir seulement bu de l’eau. Les moustiques se sont davantage dirigés vers les participants ayant consommé de la bière.

Aux Pays-Bas, une autre étude réalisée en 2023 sur 465 volontaires a confirmé ce phénomène. Les participants devaient placer leurs bras dans des cages remplies de moustiques Anopheles femelles. Ceux qui avaient bu de la bière dans les 24 heures précédentes étaient 1,35 fois plus attractifs pour les moustiques, selon les résultats relayés par l’AFP.

Boire de la bière augmente d’environ un tiers l’attractivité aux moustiques Anopheles, d’après une étude réalisée aux Pays-Bas en 2023.

Un risque sanitaire accru avec le changement climatique

Les chercheurs rappellent que ces travaux ne relèvent pas seulement de la curiosité scientifique. L’extension géographique des moustiques vecteurs de maladies, liée au réchauffement climatique, rend la question très concrète pour de plus en plus de régions tempérées.

L’AFP cite notamment le cas du moustique-tigre, Aedes albopictus, vecteur du virus du chikungunya. Cet insecte, historiquement cantonné à des zones tropicales, colonise désormais de nouveaux territoires. L’agence indique que l’an dernier, des cas de chikungunya ont été recensés jusqu’en Alsace, à l’est de la France, une première pour cette région.

« Ce risque concerne de plus en plus de monde », souligne Frederic Simard. Chaque facteur qui augmente l’attractivité aux moustiques – odeur de peau, bière, chaleur – vient donc renforcer la probabilité d’attraper une maladie vectorielle dans les zones où ces insectes circulent.

Que se passe-t-il pour les moustiques en France ?

En France métropolitaine, plusieurs espèces de moustiques coexistent. Le moustique-tigre Aedes albopictus progresse rapidement sur le territoire, favorisé par des étés plus longs et plus chauds. Il peut transmettre des virus comme la dengue, le chikungunya ou le zika lorsqu’il a préalablement piqué une personne infectée.

Les autorités sanitaires françaises, via l’Agence nationale de santé publique et les agences régionales de santé, organisent une surveillance renforcée de ces moustiques pendant la saison chaude. Le principe reste le même que dans les études citées par l’AFP : plus une personne attire les moustiques, plus elle risque d’être piquée et, dans les zones où circulent des virus, plus la probabilité d’infection augmente.

Les conseils délivrés aux habitants des zones colonisées insistent sur deux axes :

  • limiter les gîtes larvaires (eaux stagnantes dans les soucoupes, gouttières, seaux, récupérateurs mal fermés) ;
  • réduire l’exposition aux piqûres en utilisant des répulsifs adaptés, des moustiquaires et des vêtements couvrants.

Les recherches détaillées par l’AFP sur les odeurs de peau et la bière ne modifient pas ces recommandations, mais elles les éclairent : une personne très souvent piquée doit particulièrement se protéger dans les zones à risque, même lorsque les moustiques semblent ignorer son entourage.

Comment limiter les piqûres au quotidien ?

Interrogé par l’AFP, Frederic Simard évoque plusieurs gestes simples pour réduire le nombre de piqûres, sans prétendre éliminer complètement le risque. Il conseille des vêtements amples couvrant bien la peau, l’usage de moustiquaires et de produits répulsifs adaptés.

Il suggère aussi d’éviter les repas trop lourds le soir et de « lever le pied » sur l’alcool, notamment la bière, dont les effets sur l’attractivité aux moustiques ont été documentés dans les études au Burkina Faso et aux Pays-Bas.

Facteur Effet sur les moustiques Geste possible
CO₂ expiré Attire à distance Éviter l’activité physique intense près des zones infestées
Odeur de la peau Détermine l’attrait individuel Douche régulière, vêtements propres, usage de répulsifs
Bière et alcool Augmente chaleur, CO₂ et odeur Limiter la consommation en soirée dans les zones à moustiques
Chaleur et humidité Affinent le ciblage à courte distance Vêtements légers mais couvrants, ventilateurs, pièces aérées

Pourquoi certaines femmes enceintes sont très piquées

L’étude menée par l’équipe de Rickard Ignell met en lumière un cas particulier : les femmes enceintes au deuxième trimestre, parfois littéralement assaillies par les moustiques. Les chercheurs ont observé qu’elles produisaient davantage du fameux 1-octen-3-ol issu du sébum, ce qui renforçait leur attractivité.

Cette situation pose un enjeu de santé publique dans les régions où circulent des maladies comme la dengue, le paludisme ou le chikungunya. Une femme enceinte particulièrement piquée se trouve plus exposée à ces infections, ce qui conduit les autorités sanitaires de nombreux pays à renforcer les mesures de prévention auprès de ce public.

Un mot sur le « microbiote de la peau »

Le microbiote cutané, au cœur de ces travaux, désigne l’ensemble des micro-organismes – surtout des bactéries – présents à la surface de la peau. Ils se nourrissent notamment du sébum et de la sueur, les transforment et produisent à leur tour des molécules odorantes.

La composition de ce microbiote varie avec l’âge, l’hygiène, le lieu de vie, l’alimentation ou encore l’usage de cosmétiques. Ce sont ces différences qui, en partie, façonnent l’odeur propre à chaque individu. Les études citées par l’AFP montrent que les moustiques exploitent ces variations, en ciblant certains mélanges d’odeurs plutôt que d’autres.

Pour un lecteur en France, ces recherches rappellent que la lutte contre les moustiques ne repose pas seulement sur les répulsifs ou les moustiquaires. Elle implique aussi une meilleure compréhension de ce qui, dans notre corps et nos habitudes (comme la bière en terrasse l’été), peut nous transformer en véritable buffet à ciel ouvert pour ces insectes qui, de plus en plus, véhiculent des maladies sur le territoire européen.

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