Au Japon, une Honda NSX de 1991 abîmée par une inondation a attiré des dizaines d’enchérisseurs, malgré un état plus que préoccupant.
Mis en vente cet été sur la plateforme d’enchères Yahoo Auctions Japan, ce coupé sportif, fortement endommagé par une crue, a tout de même atteint un prix final d’environ 51 000 dollars, rapporte le site spécialisé américain Carscoops. Une somme étonnante au vu des dégâts visibles et du kilométrage très élevé de cette icône japonaise.
Une NSX noyée jusqu’aux portières… mais très convoitée
L’exemplaire concerné est une Honda NSX de première génération, millésime 1991, connue sous le code interne NA1. Cette sportive est équipée d’un V6 3,0 litres atmosphérique associé à une boîte automatique à quatre rapports, moins appréciée que la boîte manuelle par les passionnés.
Selon l’annonce, l’auto affiche 236 776 km au compteur, soit environ 147 000 miles. Elle a déjà connu plusieurs propriétaires et, surtout, a subi de lourds dégâts lors d’inondations survenues en juillet au Japon.
Les photos de l’annonce montrent la Honda NSX stationnée dans une eau trouble qui monte jusqu’aux parties supérieures des portières, transformant le coupé en véritable baignoire roulante.
Le vendeur ne cherchait pas à minimiser la situation. L’annonce la décrivait clairement comme une voiture « endommagée par une inondation », vendue en l’état, présentée comme une base de restauration et même qualifiée sans détour de « ferraille » ou « épave ». Une transparence plutôt rare dans ce type de ventes.
Démarrage à 6 400 dollars, arrivée à plus de 51 000 dollars
La vente a été lancée à un prix d’ouverture d’environ 1 million de yens, soit près de 6 400 dollars. Un tarif qui, sur le papier, pouvait sembler cohérent pour une sportive de 35 ans sévèrement touchée par l’eau et à très fort kilométrage.
Au fil des jours, l’intérêt des acheteurs potentiels s’est pourtant emballé. Les enchères se sont succédé jusqu’à atteindre 8,004 millions de yens, soit un peu plus de 51 000 dollars, après 93 offres enregistrées. L’enchère finale est tombée le 15 août, précise Carscoops.
Avec 93 enchères et un montant final d’environ 51 000 dollars, cette NSX inondée a été payée au prix d’une sportive de collection en état roulant, pas d’une épave à reprendre à zéro.
Ce niveau de prix surprend, d’autant que l’auto cumule plusieurs handicaps : boîte automatique peu recherchée, très fort kilométrage, historique non linéaire avec plusieurs propriétaires, et surtout séjour prolongé dans l’eau.
Une restauration à très haut risque technique
Quand l’eau atteint le haut des portières, les conséquences techniques vont bien au-delà d’un simple remplacement de moquettes ou de sièges. Chaque composant ayant été au contact de l’eau risque d’être touché, parfois de manière invisible au départ.
- Faisceau électrique et connecteurs exposés à la corrosion interne ;
- Boîtiers de commande et modules électroniques susceptibles de tomber en panne à retardement ;
- Interrupteurs, boutons et moteurs de sièges fragilisés ;
- Isolants phoniques gorgés d’eau, pouvant retenir l’humidité longtemps ;
- Risque d’infiltration dans la boîte de vitesses ou même dans le moteur si les joints ont été dépassés.
Carscoops rappelle d’ailleurs le cas d’une autre NSX retrouvée dans une rivière quelques années auparavant et confiée à une équipe professionnelle de restauration spécialisée dans ce modèle. Malgré ce savoir-faire, le chantier n’est toujours pas terminé à ce jour, ce qui illustre l’ampleur du travail à prévoir.
Pourquoi payer si cher pour une NSX inondée ?
Face à la somme engagée, plusieurs hypothèses circulent. La première tient au statut de la NSX elle-même. Lancée au début des années 1990, cette sportive japonaise à moteur central a marqué les esprits par son châssis en aluminium, son équilibre et son utilisation relativement facile au quotidien. Sa cote ne cesse de grimper depuis quelques années.
Dans ce cas précis, quelques arguments peuvent avoir pesé dans la balance :
- le simple fait qu’il s’agisse d’une NSX, modèle désormais recherché par les collectionneurs ;
- sa construction très largement en aluminium, qui limite la rouille de la carrosserie par rapport à une voiture en acier ;
- son origine japonaise, potentiellement importante pour un acheteur souhaitant une auto restée sur son marché d’origine ;
- la valeur croissante des pièces spécifiques de NSX, qui peuvent justifier un achat en tant que « banque de pièces ».
Malgré ces atouts, Carscoops souligne que 51 000 dollars reste un montant très élevé pour une auto décrite comme « base de restauration » et qualifiée de « junk » par le vendeur lui-même.
Le futur propriétaire peut espérer soit une restauration complète, coûteuse mais rentable à terme si les prix continuent de grimper, soit démonter la voiture pour revendre les éléments encore exploitables à des tarifs élevés. Dans les deux cas, il mise sur la rareté et l’aura de ce modèle culte.
La cote des Honda NSX s’envole partout, y compris en France
Ce cas japonais illustre une tendance visible sur de nombreux marchés, dont la France : la NSX de première génération est devenue un objet de collection très recherché. Les exemplaires en bon état, bien entretenus, avec boîte manuelle et faible kilométrage, se négocient désormais à des tarifs largement supérieurs à ceux des années 2000 ou 2010.
Sur le marché français, l’offre reste faible : la NSX a été importée en quantités limitées et beaucoup d’exemplaires sont aujourd’hui entre les mains de collectionneurs qui les conservent. Les annonces concernent souvent :
- des modèles avec historique limpide, vendus avec leurs factures d’entretien ;
- des voitures modifiées à l’époque par leurs propriétaires, parfois remises d’origine à grands frais ;
- des exemplaires importés d’Allemagne, du Japon ou des États-Unis.
Un modèle accidenté ou légèrement endommagé peut déjà se vendre cher, tant la demande est forte. Pour une voiture ayant subi une inondation majeure, la prudence reste toutefois de mise. Les professionnels français de la restauration et de l’expertise automobile mettent en garde contre les pièges liés aux dégâts d’eau, difficiles à évaluer sans démontage approfondi.
Inondation et voiture de collection : les principaux risques
Pour un lecteur français tentant d’interpréter ce cas japonais, plusieurs points techniques méritent d’être rappelés. Une voiture partiellement ou totalement submergée peut présenter des défauts longtemps après l’achat.
Les principaux dangers sont bien identifiés par les spécialistes :
Sur un modèle ancien très coté comme la NSX, chaque intervention exigeant des pièces spécifiques ou une main-d’œuvre spécialisée fait rapidement grimper la facture. Le pari pris par l’acheteur japonais est donc particulièrement audacieux.
Pourquoi certaines voitures « irrécupérables » deviennent intéressantes
Malgré les risques, une voiture considérée comme hors d’usage peut garder une valeur importante, surtout lorsqu’il s’agit d’un modèle emblématique. Trois logiques coexistent généralement :
- Restauration patrimoniale : des passionnés acceptent d’investir des montants très élevés pour sauver un modèle rare, parfois sans espoir de rentabilité financière immédiate.
- Banque de pièces : une épave permet de récupérer des éléments introuvables ou vendus très cher au détail (carrosserie, vitrage spécifique, pièces de finition, éléments de structure).
- Spéculation à long terme : certains parient sur une hausse future de la cote, notamment si la production du modèle a été limitée.
La Honda NSX coche ces trois cases. Aluminium, ligne désormais iconique, image de sportive japonaise des années 1990 et production relativement restreinte en font un candidat idéal pour ce type de paris, même lorsqu’un exemplaire a passé un séjour forcé dans l’eau.
Dans le cas de la vente rapportée par Carscoops, le montant atteint montre jusqu’où certains collectionneurs ou investisseurs sont prêts à aller pour posséder, ou simplement exploiter, un châssis de NSX, quitte à accepter des risques techniques et financiers considérables.








