En Estonie, un passionné a racheté pour la sauver de la casse une Lancia Thesis abandonnée, avant de la transformer en étonnante compagne de voyage.
Dans un article publié par le média automobile en ligne Carscoops, un Estonien prénommé Allar raconte comment il a métamorphosé une Lancia Thesis, ancienne berline de prestige prisée des politiciens italiens, en un camping-car discret mais pleinement fonctionnel, capable d’avaler les kilomètres en Europe à 140 km/h, tente de toit déployée sur le pavillon.
Une berline de ministres italiens condamnée… ou presque
Produite au début des années 2000, la Lancia Thesis visait les grosses berlines comme la BMW Série 5. Design rétro-futuriste, intérieur très cossu, confort privilégié : tout la destinait aux hommes d’affaires et aux responsables politiques en Italie, pas aux amateurs de bivouacs en pleine nature.
Sur son trajet domicile-travail, en Estonie, Allar passe pourtant chaque jour devant un exemplaire vert foncé en piteux état. Pendant près d’un an, la berline reste plantée au même endroit, visiblement laissée à l’abandon. Jusqu’au jour où il tombe sur une annonce de vente pour pièces détachées : c’est la même voiture, la casse comme unique horizon.
Touché par le sort de cette grande berline italienne oubliée, il décide d’aller la voir. Le constat est sévère :
- carrosserie couverte de bosses et de rayures ;
- jantes dépareillées ;
- rouille sous la caisse ;
- mécanique capricieuse, la voiture refuse de démarrer ;
- commande de boîte automatique cassée ;
- plusieurs modules électroniques manquants ;
- éléments d’habillage intérieur brisés.
Autant de défauts qui, pour la plupart des acheteurs, auraient signé l’arrêt de mort du véhicule. Allar, lui, y voit une base parfaite pour un projet complètement atypique.
De berline diplomatique à camping-car artisanal, cette Lancia Thesis a failli finir broyée avant de devenir un outil de voyage unique en Europe.
Réparer une Lancia pleine d’électronique, avec des pièces imprimées en 3D
Une fois la voiture achetée, commence pour l’Estonien un long travail de remise en route. Il remplace de nombreuses pièces moteur sur le cinq-cylindres 2,4 litres JTD turbodiesel. Contre toute attente, le bloc se révèle sain. La difficulté vient surtout de la transmission et de l’électronique.
La commande de boîte, introuvable en pièce d’occasion sur ce modèle rare, devient un casse-tête. Allar choisit une solution radicale : il conçoit et fabrique lui-même, grâce à l’impression 3D, les éléments manquants du sélecteur de vitesses. Une approche qui lui permet de contourner la pénurie de pièces et de redonner une fonction normale au levier.
Restent les fameux « caprices électriques » souvent reprochés à certaines italiennes de cette époque. Le propriétaire se met en quête de modules électroniques d’occasion, les installe un à un et chasse les messages d’erreur du tableau de bord, jusqu’à ce que tous les systèmes fonctionnent correctement.
Parallèlement, il redresse un maximum de bosses sur la carrosserie. La voiture garde un aspect « patiné », mais redevient présentable et surtout apte à reprendre la route, après immatriculation et contrôle technique en Estonie.
D’une berline de direction à camping-car avec tente de toit
Une fois la Lancia fiabilisée, un autre problème se pose : Allar possède déjà plusieurs véhicules pour un usage quotidien, dont une BMW 760Li, une Volvo 960, une Porsche 944, une Opel Corsa OPC et deux motos Honda CBR. La Thesis n’a donc pas vraiment de rôle dans son parc.
Plutôt que de la revendre, il choisit d’en faire le support d’un rêve ancien : posséder un véhicule de camping. Il commande une grande tente rigide de toit, qui offre environ 4 m² une fois déployée.
Pour qu’elle puisse reposer solidement sur la Lancia, il conçoit et fabrique un porte-bagages sur mesure, très bas, épousant les lignes du toit et de la malle arrière. L’objectif : limiter la prise au vent et préserver l’élégance générale de la berline tout en supportant le poids de la tente.
Le châssis reçoit aussi des cales de ressorts à l’arrière afin de mieux encaisser la charge supplémentaire. Côté style et tenue de route, Allar monte des jantes de 19 pouces multibranches, provenant d’une Jaguar XF, adaptées grâce à des entretoises et des écrous usinés spécifiquement.
La Lancia Thesis reçoit une tente rigide de toit, un porte-bagages fait maison, des ressorts réhaussés à l’arrière et des jantes de 19 pouces pour devenir un camping-car discret.
À bord, quelques aménagements pratiques complètent l’ensemble. L’ancien cendrier laisse place à un chargeur de téléphone intégré. Une installation à double batterie alimente les équipements auxiliaires et l’électricité de la tente de toit, ce qui permet de vivre ou de travailler à l’étape sans vider la batterie principale de la voiture.
Un camping-car pas comme les autres, qui file à 140 km/h sans bruit d’air
Contrairement à de nombreuses préparations originales qui restent au garage et sortent peu, cette Thesis aménagée sert réellement. Allar l’utilise pour des road trips en Europe, tente de toit fermée, bien sûr, pendant le roulage.
Selon ce qu’il rapporte à Carscoops, la grande berline italienne reste très confortable sur autoroute. Même avec le porte-bagages et la tente, l’auto tient sans difficulté 140 km/h, sans générer de sifflement d’air désagréable dans l’habitacle, ce qui reste rare pour un véhicule équipé d’une telle installation sur le toit.
Tout n’est pas parfait pour autant. Le moteur 2,4 litres turbodiesel se montre un peu rugueux en usage urbain et à basse vitesse. Allar soupçonne une géométrie variable de turbo grippée ainsi qu’une électrovanne de suralimentation fatiguée, ce qui retarde l’arrivée de la puissance.
Côté image, l’auto déroute. Pour un œil non averti, la Lancia garde l’allure d’une vieille berline négligée, marquée par les années. Les passionnés d’automobile, eux, identifient la rareté du modèle, apprécient le travail effectué et saluent le projet. L’engin, un peu cabossé mais entièrement fonctionnel, attire la curiosité et le respect dans les rassemblements comme sur les aires d’autoroute.
Pourquoi cette transformation séduit les passionnés
Ce projet illustre plusieurs tendances fortes chez les amateurs de voitures en Europe :
- le recyclage de véhicules voués à la casse, pour éviter le gaspillage ;
- l’usage de technologies accessibles, comme l’impression 3D, pour reproduire des pièces introuvables ;
- la transformation de berlines ou breaks « de tous les jours » en véhicules de voyage ;
- la recherche de camping-cars plus discrets qu’un fourgon classique.
La Lancia Thesis n’est pas un utilitaire ni un 4×4 de franchissement. Pourtant, la garde au sol restante et les modifications apportées suffisent pour des voyages sur route et des bivouacs en bord de mer, en forêt ou sur des parkings d’aires dédiées au camping.
Les véhicules transformés en camping-car : où en est la France ?
En France, de nombreux automobilistes s’intéressent aussi à la transformation de véhicules en camping-cars légers. Le phénomène touche surtout les fourgons, les utilitaires compacts et les monospaces. Les berlines de luxe transformées en campeuses restent rares, même si certains modèles anciens connaissent une seconde vie similaire à celle de cette Lancia en Estonie.
Les propriétaires français qui souhaitent aménager un véhicule de façon permanente doivent respecter les règles de la réception par les services d’homologation (équivalent de ce qui est géré par les autorités estoniennes). En France, l’administration peut exiger un passage en catégorie « véhicule automoteur spécialisé – caravane » lorsque l’aménagement est fixe et comprend notamment couchage, coin repas et éventuellement coin cuisine.
Ce type de transformation implique aussi de vérifier l’impact sur l’assurance, qui peut demander une déclaration spécifique, ainsi que sur le contrôle technique. Un porte-bagages sur mesure ou une tente de toit, s’ils restent démontables et correctement fixés, s’inscrivent généralement dans la marge de tolérance déjà appliquée aux coffres de toit ou aux barres de toit classiques.
Les tentes de toit connaissent d’ailleurs un vrai succès en France, montées aussi bien sur des SUV que sur des breaks. La démarche d’Allar, même si elle porte sur une berline très rare, rejoint donc une pratique désormais familière aux campeurs et amateurs de road trips français.
Ce que change une tente de toit par rapport à un camping-car classique
Sur le plan pratique, la transformation de la Lancia Thesis en camping-car léger illustre les avantages et limites d’un tel système :
| Atout | Conséquence pour l’utilisateur |
|---|---|
| Berline basse et confortable | Conduite proche d’une voiture classique, consommation plus contenue qu’un camping-car lourd |
| Tente de toit rigide | Montage et déploiement rapides, couchage isolé du sol et des intempéries |
| Double batterie | Alimentation possible des accessoires sans immobiliser le véhicule |
| Structure sur mesure | Moins de bruit d’air, meilleure intégration esthétique |
Un tel aménagement reste toutefois dépendant des capacités de chargement de la voiture. Une berline comme la Thesis ne permet pas les mêmes volumes de rangement qu’un fourgon. Le choix d’Allar s’adresse avant tout à un usage itinérant léger, avec des bagages optimisés et une organisation rigoureuse de l’espace.
Pour un lecteur français qui envisagerait une démarche similaire, l’exemple estonien montre qu’un projet sérieux passe par quelques règles simples : vérifier la charge admissible du toit, adapter la suspension si nécessaire, répartir les masses et s’assurer que la fixation de la tente respecte les points prévus par le constructeur pour les barres de toit.
Cette Lancia, sauvée in extremis du broyeur, montre enfin ce que des technologies abordables comme l’impression 3D peuvent apporter aux passionnés : la possibilité de prolonger la vie de modèles devenus rares, en recréant des pièces introuvables, et d’ouvrir la voie à des usages inattendus, entre voiture de luxe et maison roulante minimaliste.








