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Trois fillettes affirment avoir vu une créature en 1996 : près de trente ans plus tard, la ville en a fait un patrimoine officiel

Trois fillettes affirment avoir vu une créature en 1996 : près de trente ans plus tard, la ville en a fait un patrimoine officiel

En 1996, à Varginha, au Brésil, trois fillettes disent avoir croisé une mystérieuse créature. Aujourd’hui, la ville en a fait un atout assumé.

À Varginha, dans le sud de l’État de Minas Gerais au Brésil, un étrange récit d’apparition d’« être venu d’ailleurs » en janvier 1996 est devenu, près de trente ans plus tard, une politique publique à part entière. Comme le raconte la Fondation culturelle de Varginha et le portail officiel du tourisme de la ville, les autorités ont transformé cette histoire en patrimoine immatériel, en circuit touristique et même en motif architectural visible à des kilomètres.

Une rencontre étrange devenue patrimoine officiel

Tout commence en janvier 1996. Trois fillettes affirment avoir vu, dans un terrain vague du quartier Jardim Andere, un être bipède à la peau tachetée, aux yeux rouges, au regard déroutant. Le récit circule, est repris par la presse brésilienne, puis par des passionnés d’OVNI du monde entier. Le « cas de Varginha » entre alors dans le folklore de l’ufologie internationale.

À l’époque, aucun élément matériel ne vient confirmer l’histoire. Pourtant, le récit marque durablement l’imaginaire local. Les habitants sont vite associés, dans le reste du Brésil, à cet épisode mystérieux qui fait basculer leur ville dans une notoriété inattendue.

En 2023, Varginha a fait un choix rare : reconnaître officiellement ce cas d’OVNI comme partie intégrante de son identité culturelle.

Selon le dossier de la Fondation culturelle de Varginha, une équipe de recherche a travaillé sur le sujet entre janvier et avril 2023. Le conseil municipal du patrimoine a ensuite approuvé l’enregistrement du bien culturel le 18 mai 2023, avant une homologation par le Décret municipal n° 1 628 du 5 juin 2023.

« Le cas de l’E.T. et l’entité varginhense » : ce que protège la ville

Le bien culturel immatériel enregistré porte un nom explicite : « Le cas de l’E.T. et l’entité varginhense ». L’objectif n’est pas de trancher la question de savoir si la créature a réellement existé, mais de préserver une mémoire collective et un imaginaire partagés.

Dans le droit du patrimoine immatériel, il s’agit de sauvegarder :

  • des récits transmis de génération en génération ;
  • des symboles visuels et des personnages devenus emblématiques ;
  • des fêtes, manifestations ou usages locaux qui y sont liés ;
  • la façon dont une communauté se définit à travers cette histoire.

À Varginha, ce qui est protégé, c’est donc le lien entre les habitants et ce récit ufologique. La ville est désormais officiellement décrite comme la « capitale brésilienne de l’ufologie », formule qu’elle utilise elle-même pour promouvoir son image et son tourisme.

Le terrain vague du récit racheté pour le tourisme

Pour ancrer cette histoire dans un lieu tangible, la mairie a décidé de s’attaquer au décor d’origine. Le terrain vague du quartier Jardim Andere, où les trois fillettes disent avoir vu la créature en 1996, a été racheté par la Secrétairerie municipale du tourisme et du commerce.

Selon la municipalité, l’objectif est de l’intégrer au « circuit ufologique » de la ville. Le projet prévoit de conserver au maximum l’ambiance du site tel qu’il était dans les années 1990, tout en ajoutant :

  • des aménagements pour accueillir le public ;
  • des chemins de visite ;
  • des panneaux explicatifs ;
  • des infrastructures de sécurité.

Un simple terrain vague de quartier, sans intérêt particulier pendant des années, devient l’un des lieux centraux du nouveau récit touristique de Varginha.

La ville parie sur la curiosité : voir de ses propres yeux l’endroit précis où la fameuse créature aurait surgi, c’est ajouter une dimension presque « pèlerinage » au circuit.

Quand une réserve d’eau se transforme en soucoupe volante

Le cas de Varginha n’a pas seulement inspiré des brochures touristiques. Il a aussi façonné le paysage urbain. Au début des années 2000, un projet architectural transforme une infrastructure banale en icône : la Nave do ET, littéralement la « navette de l’ET ».

D’après le portail officiel du tourisme, il s’agit en réalité d’un réservoir d’eau surélevé construit par Copasa, la compagnie de distribution d’eau du Minas Gerais, sur la place Marechal Floriano. Le projet date de 2001 et les travaux ont débuté en 2003.

La structure repose sur une grande colonne cylindrique qui soutient une forme de soucoupe stylisée, clairement inspirée des représentations classiques d’OVNI. Devenu l’un des principaux repères visuels du centre-ville, ce château d’eau pas comme les autres illustre la manière dont Varginha a accepté d’être associée à cette histoire.

Dans les rues, un autre symbole prolonge ce branding : les statues de « ETzinho », une version plus sympathique et cartoonesque de la créature. Selon le portail du tourisme, le dessin original est signé par le cartonniste et illustrateur Paulo Antônio de Carvalho. Son personnage a quitté les illustrations pour se matérialiser en statues disséminées sur plusieurs places.

Un véritable « circuit de l’ET » pour les visiteurs

Les autorités locales mettent désormais en avant un véritable « circuit de l’ET », concentré essentiellement dans la zone urbaine et réalisable en une journée. Les principaux arrêts sont clairement identifiés par la mairie et le portail de tourisme.

Étape Lieu Particularité
1 Memorial do ET Inauguré le 9 novembre 2022, avec vue panoramique sur la ville et un planetarium.
2 Nave do ET Château d’eau en forme de soucoupe volante, sur la place Marechal Floriano.
3 Statues de « ETzinho » Figurines de la créature, version mascotte, installées sur plusieurs places.
4 Terrain de Jardim Andere Parcelle où les fillettes auraient aperçu la créature, en aménagement touristique.

En quelques arrêts, le visiteur passe du décor du récit de 1996 aux symboles urbains qui ont donné une nouvelle identité à la ville.

Un mémorial entre mystère, tourisme et astronomie

Inauguré en novembre 2022, le Memorial do ET ne se contente pas de capitaliser sur la légende. Situé sur un point haut, il offre une vue sur Varginha et abrite surtout un planetarium qui sert à des projections de films éducatifs et culturels.

Le lieu accueille des publics très variés :

  • classes d’écoles municipales de Varginha ;
  • touristes brésiliens venus de tous les États ;
  • ufologues et passionnés d’astronomie ;
  • curieux étrangers de passage.

Le bâtiment abrite aussi la Secrétairerie du tourisme et du commerce et porte le nom du journaliste radio José Galvão Conde. Interrogée par différents médias brésiliens, la secrétaire au tourisme, Rosana Carvalho, indique que le livre d’or du mémorial comptabilise déjà plus de 100 000 visiteurs, originaires de tous les États du Brésil et d’au moins 38 pays. Les groupes scolaires doivent réserver à l’avance auprès de la mairie.

Pour les autorités, l’enjeu dépasse la simple curiosité autour d’une apparition supposée. L’association entre récit mystérieux, sciences de l’espace et éducation donne une légitimité durable au projet, tout en alimentant l’économie touristique locale.

Quel climat pour organiser un séjour à Varginha ?

La municipalité met aussi en avant un argument pratique : le climat de Varginha se prête bien au tourisme étalé sur l’année. La zone connaît des étés chauds et pluvieux et des hivers doux et très secs.

  • Janvier : environ 255 mm de pluie, températures élevées, période la plus humide.
  • Juillet : seulement 15 mm de pluie en moyenne, avec des minimales proches de 12 °C.

Les indications fournies sur la base des données de Climatempo dressent un calendrier informel :

  • Étés (décembre-février) : 18 à 27 °C en moyenne, pluies très fréquentes ; idéal pour les séances au planetarium.
  • Automnes (mars-mai) : 14 à 26 °C, pluviométrie modérée ; conditions favorables pour des photos de la Nave do ET.
  • Hivers (juin-août) : 12 à 25 °C, très peu de pluie ; période propice aux balades à pied parmi les statues d’ETzinho.
  • Printemps (septembre-novembre) : 15 à 27 °C, pluviométrie moyenne ; bonne visibilité depuis le mémorial.

Entre juin et août, la quasi-absence de pluie et le ciel dégagé offrent les meilleures conditions pour photographier les attractions en plein air.

Janvier, mois anniversaire du cas de 1996, coïncide en revanche avec la période la plus pluvieuse : la mairie recommande de privilégier alors les visites en intérieur, comme le planetarium et les expositions du mémorial.

Et en France, comment une ville valorise-t-elle ses légendes ?

Pour un lecteur français, la démarche de Varginha rappelle la manière dont certaines communes mettent en avant leurs propres récits, parfois liés à des phénomènes inexpliqués ou à des créatures fantastiques. Dans l’Hexagone, plusieurs petites villes ou villages ont déjà fait de ce type d’histoires un véritable argument de développement local.

On retrouve par exemple :

  • des circuits autour de légendes de loups-garous ou de bêtes mystérieuses, portés par les offices de tourisme ;
  • des musées municipaux consacrés à un crime célèbre, un fantôme ou un fait divers qui a marqué les esprits ;
  • des fêtes locales inspirées de contes régionaux, souvent inscrites dans l’inventaire du patrimoine culturel immatériel.

En France, ce sont généralement les offices de tourisme, les services municipaux de la culture ou encore les communautés de communes qui pilotent ce type de mise en valeur. Ils conçoivent des parcours, éditent des brochures et organisent des visites guidées ou des événements thématiques, parfois en lien avec les académies et les écoles pour un volet pédagogique.

La logique est proche de celle de Varginha : transformer une histoire populaire, parfois controversée, en ressource culturelle et touristique. L’accent mis sur un planetarium au Brésil trouve son écho, en France, dans les nombreuses structures d’astronomie ouvertes au public, souvent gérées par des associations ou des collectivités, qui utilisent elles aussi l’attrait pour « ce qu’il y a dans le ciel » pour sensibiliser aux sciences.

Une stratégie qui mêle économie locale et culture populaire

Le cas de Varginha illustre un mouvement plus large : la volonté de nombreuses villes moyennes de se distinguer par une identité forte, facilement identifiable. En misant sur l’« E.T. », la municipalité s’est dotée :

  • d’un récit immédiatement reconnaissable dans tout le Brésil ;
  • d’une iconographie simple à décliner (soucoupe, mascotte, statues) ;
  • d’un thème fédérateur pour des activités éducatives autour de l’astronomie.

Pour les habitants comme pour certains visiteurs, cette démarche comporte aussi des risques : enfermement dans une image jugée trop anecdotique, confusion entre légende et réalité, ou encore saturation commerciale autour d’un seul thème. Les autorités de Varginha répondent à ces critiques en insistant sur la dimension patrimoniale et scientifique du projet, via la reconnaissance officielle du patrimoine immatériel et le rôle central du planetarium.

À terme, ce type d’initiative peut servir de modèle à d’autres villes, au Brésil comme ailleurs, qui cherchent à transformer une histoire locale atypique en moteur de fréquentation touristique, à condition de trouver un équilibre entre divertissement, respect des faits historiques et apport culturel réel pour les habitants et les visiteurs.

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