Une enquête menée aux États-Unis auprès de personnes âgées de 100 ans révèle un cocktail d’habitudes bien précises, entre musculation, jardinage, nouvelles technologies et vie sociale intense.
Réalisée aux États-Unis par l’assureur santé UnitedHealthcare et relayée par le média public américain NPR, cette enquête dresse un portrait étonnamment actif des centenaires. Bien loin des clichés, ces hommes et ces femmes de 100 ans et plus misent sur le sport, les liens sociaux, un certain rapport à la technologie et un état d’esprit positif pour bien vieillir.
Une enquête auprès de centenaires américains au quotidien très actif
L’étude citée par NPR repose sur un échantillon de 100 centenaires vivant aux États-Unis. Elle s’intéresse à leurs habitudes de vie, leur perception de l’âge et leurs priorités au quotidien.
Premier constat : ces seniors très âgés ne se considèrent pas comme « vieux » au sens où on l’imagine souvent. Beaucoup disent se sentir des décennies plus jeunes que leur âge réel. La gériatre Rhonda Randall, directrice médicale de UnitedHealthcare, insiste sur l’ensemble des pratiques qu’ils cumulent au fil des jours.
Pour Rhonda Randall, ces centenaires montrent qu’un vieillissement réussi repose sur une approche « holistique » mêlant activité physique, gestion du stress, alimentation, liens sociaux et curiosité.
Ils décrivent plutôt une prise de conscience progressive du vieillissement : besoin de davantage de repos, récupération plus lente après l’effort, douleurs physiques, perte d’audition ou renoncement à la conduite. Malgré ces freins, la majorité affirme continuer à apprécier la vie et à trouver des sources de plaisir simples.
Musculation, marche, jardinage : des centenaires qui bougent encore
L’un des résultats frappants de l’enquête concerne l’activité physique. Contrairement aux idées reçues, nombre de centenaires conservent une routine sportive, parfois structurée.
Près de la moitié pratiquent au moins une séance de musculation ou de renforcement musculaire par semaine.
Environ 42 % déclarent marcher ou faire des randonnées régulièrement.
Près de 30 % travaillent encore dans leur jardin, une activité physique modérée mais continue.
La musculation, souvent associée aux salles de sport et aux pratiquants jeunes, apparaît ici comme un outil clé pour entretenir la force musculaire et l’autonomie fonctionnelle. La marche et le jardinage complètent ce tableau en soutenant l’endurance, l’équilibre et la mobilité quotidienne.
Les centenaires interrogés ne font pas forcément des séances intenses, mais ils gardent une activité régulière qui les maintient en mouvement et retarde la perte d’autonomie.
Rhonda Randall insiste sur cette combinaison d’éléments : ce n’est pas un unique secret miracle, mais un ensemble de petites habitudes cohérentes qui, mises bout à bout, favorisent la longévité en bonne santé.
Bien manger, réduire le stress, rester curieux des nouveautés
L’étude met aussi en avant l’importance de l’hygiène de vie au sens large. Environ 67 % des centenaires interrogés disent suivre une alimentation qu’ils considèrent comme saine. Le détail précis du régime n’est pas donné, mais l’idée d’une certaine vigilance alimentaire est clairement présente.
Sur le plan psychologique, environ 36 % participent à des activités de gestion du stress, comme la méditation ou d’autres pratiques de relaxation. Ces rituels semblent aider à mieux encaisser les aléas de la vieillesse.
Les centenaires ne se coupent pas non plus des innovations. Selon l’enquête :
40 % jouent régulièrement aux jeux vidéo ;
27 % ont déjà interrogé ChatGPT ou une autre plateforme d’IA ;
près de la moitié utilisent les réseaux sociaux pour suivre leur famille et leurs amis.
Le recours à ChatGPT ou aux jeux vidéo illustre une curiosité intacte et une volonté de rester connectés à l’époque, même après 100 ans.
Cette ouverture aux nouvelles technologies ne remplace pas les liens humains, mais elle les prolonge. Les réseaux sociaux ou les outils numériques servent de support complémentaire pour rester en contact et entretenir les échanges.
Humour, optimisme et petites joies : un état d’esprit bien particulier
Au-delà des habitudes concrètes, les centenaires décrivent un rapport au temps et aux difficultés très différent de celui des plus jeunes. Selon l’enquête, 85 % déclarent rire facilement et garder un sens de l’humour.
Une participante explique ainsi que le plaisir tient à sa capacité à rester active à son niveau : aller au jardin, lire un bon livre, tricoter une écharpe pour un petit-enfant. Le critère principal reste de pouvoir accomplir ce qui la rend heureuse sans être totalement épuisée.
Un autre témoignage met en avant la manière dont l’expérience transforme le regard sur les problèmes :
« Quand on est jeune, chaque petit souci paraît être la fin du monde. Après une longue vie, on sait que la plupart des inquiétudes finissent par passer et on apprend à apprécier les petits moments de joie. »
Cette distance face aux contrariétés nourrit un optimisme global. Deux tiers des répondants déclarent maintenir un « état d’esprit positif » malgré les difficultés liées à l’âge.
Vie sociale intense : un ciment central de la longévité
L’enquête montre aussi à quel point les liens sociaux restent structurants. Près des deux tiers des centenaires disent rester proches de leurs amis et de leur famille. Quatre sur cinq voient régulièrement leurs proches, au moins une fois par semaine.
Pour Rhonda Randall, ces interactions fréquentes servent d’amortisseur face à la solitude et aux maladies chroniques. Elle rappelle que les communautés où les liens sociaux sont les plus forts affichent généralement moins de pathologies chroniques et une espérance de vie plus élevée.
L’écrivain Ken Stern, fondateur de « The Longevity Project », a étudié plusieurs communautés américaines réputées pour leur longévité, de régions rurales du Kentucky à certains quartiers de New York. Dans son livre « Healthy to 100: How Strong Social Ties Lead to Long Lives », il met en avant les institutions locales, les associations, les pratiques religieuses ou culturelles qui renforcent les relations de voisinage, familiales ou amicales.
Pour Ken Stern, les résultats de l’enquête confirment un constat récurrent : rester connecté aux autres et cultiver une vision positive de la vie favorisent un vieillissement en meilleure santé.
Les centenaires ne détiennent pas seulement des souvenirs ; ils accumulent aussi une somme d’expériences utiles sur la manière de ménager leur santé et leur cerveau au fil des décennies.
Ce que dit la science sur le cerveau et le vieillissement
Le neurologue Jonathan Rosand, cofondateur du McCance Center for Brain Health à Boston, voit dans ces témoignages l’illustration concrète de travaux scientifiques récents. Selon lui, ces centenaires consacrent beaucoup d’« énergie cognitive » à prendre soin d’eux, c’est-à-dire à réfléchir à leurs choix de vie au quotidien.
Il rappelle que le « cœur du vieillissement réussi » se joue dans les décisions prises chaque jour : ce que l’on mange, la quantité d’exercice, la manière de gérer le stress, mais aussi les efforts pour rester connecté aux autres et garder un sentiment de sens.
Ses travaux et ceux de ses collègues montrent qu’un mode de vie sain réduit nettement le risque de démence et de nombreuses maladies liées à l’âge. Un rapport publié en 2024 par la Commission Lancet estime qu’environ 45 % des cas de démence pourraient être évités ou retardés en agissant sur 14 facteurs de risque modifiables, dont :
l’activité physique régulière ;
le tabagisme ;
la consommation d’alcool ;
l’alimentation et le poids ;
l’isolement social.
Rosand et ses collaborateurs ont conçu un outil appelé « Brain Care Score », un questionnaire qui permet à chacun d’évaluer ses habitudes. Un score plus élevé reflète un mode de vie plus protecteur pour le cerveau. L’idée est ensuite d’identifier quelques leviers concrets d’amélioration : augmenter un peu la marche, diversifier l’alimentation, renforcer les contacts sociaux, réduire le tabac ou l’alcool, etc.
Les chercheurs insistent sur un point : plus les habitudes saines sont adoptées tôt, plus l’effet protecteur est fort. Mais ils rappellent aussi qu’il n’est jamais trop tard pour s’y mettre.
Ce que cela signifie pour un lecteur en France
Si l’enquête citée par NPR concerne des centenaires américains, les grandes lignes rejoignent les recommandations émises en France par les autorités sanitaires et les spécialistes du vieillissement. Les principes restent similaires : bouger régulièrement, limiter le tabac et l’alcool, manger équilibré, entretenir des relations sociales et stimuler son cerveau.
En France, la prévention du vieillissement en bonne santé est portée par plusieurs acteurs : l’Assurance maladie, les agences régionales de santé, ou encore les caisses de retraite qui financent parfois des ateliers d’activité physique adaptée, de prévention des chutes ou de soutien aux aidants. Les maisons de retraite, les résidences autonomie et de nombreuses associations locales organisent aussi des activités collectives pour lutter contre l’isolement des personnes âgées.
Pour un lecteur français, plusieurs gestes concrets s’inspirent des centenaires américains :
intégrer un peu de renforcement musculaire, même léger, avec un encadrement adapté à l’âge ;
préserver une marche quotidienne, éventuellement en groupe ;
entretenir un jardin ou quelques plantes si possible, pour bouger et garder une routine ;
garder le lien avec la famille et les amis, en face-à-face ou via le téléphone et les outils numériques ;
tester des activités de gestion du stress comme la méditation guidée, le yoga doux ou la respiration ;
continuer à apprendre, lire, s’intéresser aux nouvelles technologies, y compris à l’IA comme ChatGPT.
Vieillir longtemps et en forme : un équilibre à construire
Les centenaires interrogés ne vivent pas une existence sans contraintes ni problèmes de santé. L’enquête rappelle la réalité des pertes physiques, des douleurs, des renoncements au fil de l’âge. Ce qui ressort, en revanche, c’est la manière dont ils composent avec ces limites.
Ils misent sur un ensemble de leviers : rester actifs à leur mesure, préserver leurs relations, maintenir une curiosité intellectuelle et technologique, cultiver l’humour et relativiser les tracas quotidiens. La recherche scientifique, aux États-Unis comme en France, converge vers la même idée : l’espérance de vie ne dépend pas que des gènes ou du hasard, mais aussi de milliers de petites décisions prises jour après jour.
Les centenaires de cette étude font-ils vraiment de la musculation ?
Oui, selon l'enquête menée par UnitedHealthcare, près de la moitié des 100 centenaires interrogés pratiquent au moins une séance de musculation ou de renforcement musculaire par semaine. La musculation sert à entretenir la force musculaire et l'autonomie fonctionnelle avec l'âge.
Quel est le rôle des réseaux sociaux et de ChatGPT chez ces centenaires ?
Selon l'enquête, 27 % des centenaires ont interrogé ChatGPT ou une autre plateforme d'IA, et près de la moitié utilisent les réseaux sociaux pour suivre leur famille et leurs amis. Ces outils prolongent les liens humains plutôt que de les remplacer.
La vie sociale est-elle vraiment importante pour la longévité ?
Oui, l'enquête montre que près des deux tiers des centenaires restent proches de leurs amis et de leur famille, et quatre sur cinq les voient régulièrement. Selon la gériatre Rhonda Randall, ces interactions fréquentes servent d'amortisseur face à la solitude et aux maladies chroniques.
Ces centenaires se considèrent-ils comme « vieux » ?
Non, beaucoup des centenaires interrogés disent se sentir des décennies plus jeunes que leur âge réel. Bien qu'ils décrivent une prise de conscience progressive du vieillissement, la majorité continue à apprécier la vie et à trouver des sources de plaisir.
Quel est le secret principal selon cette enquête ?
Il n'y a pas un unique secret, mais plutôt une approche « holistique » mêlant activité physique, gestion du stress, alimentation saine, liens sociaux forts et curiosité, selon la gériatre Rhonda Randall. Ce sont des petites habitudes cohérentes mises bout à bout.