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Eaux aromatisées en bouteille : ce que révèlent les experts de 60 Millions de consommateurs sur leur composition et leurs traitements

Très présentes en supermarché en France, les eaux aromatisées en bouteille interrogent de plus en plus sur leurs traitements, leurs sucres et leurs impacts locaux.

Les eaux aromatisées connaissent un succès croissant dans les rayons, mais leur image de boisson légère et saine mérite un sérieux décryptage. Le magazine de consommation 60 Millions de consommateurs s’est penché sur leur composition, les traitements qu’elles subissent et l’argent qu’elles génèrent pour les communes françaises.

Une boisson qui n’a pas le même statut que l’eau minérale

Derrière l’appellation « eau aromatisée », beaucoup de consommateurs imaginent une simple eau minérale ou de source, agrémentée d’un peu de fruit. En réalité, la réglementation française les place dans une catégorie à part, distincte des eaux minérales naturelles et des eaux de source.

Même lorsqu’elles proviennent d’une eau minérale ou d’une eau de source, ces boissons changent de statut dès qu’on leur ajoute des arômes, du sucre ou des édulcorants. Elles deviennent alors des « boissons aromatisées à base d’eau », un régime plus proche de celui des sodas que de l’eau plate.

Classées dans une catégorie différente, les eaux aromatisées peuvent subir des traitements de désinfection proches de ceux appliqués à l’eau du robinet.

Cette classification permet notamment des traitements qui resteraient interdits pour une véritable eau minérale naturelle, censée être microbiologiquement saine à l’émergence et ne pas être désinfectée. Les eaux aromatisées, elles, peuvent être filtrées et désinfectées, comme l’eau du robinet, pour garantir la sécurité sanitaire du produit final.

Une teneur en sucres qui rivalise avec les limonades

Sur le plan nutritionnel, l’écart est net avec une simple eau plate. Beaucoup d’eaux aromatisées contiennent du sucre ajouté, parfois en quantité loin d’être négligeable. 60 Millions de consommateurs rappelle que ces boissons relèvent du « produit plaisir » plutôt que de l’hydratation quotidienne.

En moyenne, un verre de 20 cl d’eau aromatisée apporte entre 5 et 10 g de sucres, et certaines références atteignent 15 à 16 g pour la même quantité, soit l’équivalent de 2,5 morceaux de sucre. On se rapproche alors des teneurs observées dans certaines limonades.

Un simple verre de 20 cl peut apporter autant de sucre qu’un petit verre de limonade, loin de l’image d’une « eau légère ».

Pour un consommateur qui pense juste « changer de l’eau » avec une option plus gourmande, le risque est d’augmenter son apport en sucres sans s’en rendre compte. Pris au quotidien, ces verres s’additionnent et pèsent sur l’équilibre alimentaire.

Les réflexes à adopter avec les eaux aromatisées

  • Lire systématiquement la liste des ingrédients et le tableau nutritionnel.
  • Comparer les teneurs en sucres pour choisir les références les moins sucrées.
  • Réserver ces boissons aux moments de plaisir, comme un dessert ou un apéritif.
  • Alterner avec de l’eau du robinet ou de l’eau minérale nature pour l’hydratation quotidienne.

Les versions sans sucres ou aux édulcorants existent, mais elles n’échappent pas à leur statut de boisson transformée. Elles répondent à une envie de goût, pas à un besoin hydrique de base.

Un marché en forte croissance, mais encore loin de l’eau nature

Selon les données du cabinet Circana relayées par 60 Millions de consommateurs, les ventes d’eaux aromatisées en France ont atteint 199,5 millions d’euros entre mai 2024 et mai 2025. Une performance significative pour une catégorie qui ne s’est réellement installée qu’à la fin des années 1980.

Ce chiffre reste pourtant modeste face au mastodonte de l’eau en bouteille : sur la même période, les seules eaux plates natures représentent 2,5 milliards d’euros de ventes. Le poids de l’eau aromatisée demeure donc minoritaire, mais sa progression attire l’attention des industriels… comme des autorités sanitaires.

Moins de 200 millions d’euros de ventes pour les eaux aromatisées, contre 2,5 milliards pour les eaux natures : un segment encore secondaire mais en pleine expansion.

Cette dynamique pousse les marques à multiplier les saveurs – citron, pamplemousse, pêche-abricot, fruits rouges – et les formats, avec des bouteilles familiales, des petites bouteilles nomades ou des packagings plus ludiques visant les enfants et les adolescents.

Des retombées financières non négligeables pour certaines communes

L’enjeu de l’eau en bouteille ne se limite pas à la santé publique ou au marketing. 60 Millions de consommateurs rappelle qu’il s’agit aussi d’une manne financière pour les territoires qui accueillent les sources en France.

Les exploitants versent chaque année aux communes une redevance dont le montant est fixé localement, dans une limite de 0,58 euro par hectolitre. Les volumes exportés à l’étranger en sont exonérés. À cette redevance s’ajoute une contribution supplémentaire de 0,53 euro par hectolitre, destinée à financer les retraites des agriculteurs non salariés.

Commune Montant perçu en 2024
Volvic 3,8 millions d’euros
Vittel 2,3 millions d’euros
Évian-les-Bains 2 millions d’euros
La Salvetat-sur-Agout 1 million d’euros

Ces recettes, relevées pour l’année 2024, montrent l’ampleur du poids économique de l’eau embouteillée dans certaines communes françaises. Elles financent des équipements publics, soutiennent les budgets locaux et peuvent peser dans les choix d’aménagement du territoire.

À Volvic, la redevance versée par l’exploitant atteint 3,8 millions d’euros en 2024, un apport budgétaire majeur pour la commune.

Si ces chiffres portent sur l’ensemble de l’eau embouteillée, et pas uniquement sur les eaux aromatisées, le développement de cette catégorie élargit encore le marché et consolide cette ressource financière pour les territoires concernés.

Que prévoit la réglementation en France pour ces boissons ?

En France, la réglementation distingue plusieurs types d’eaux : eau du robinet, eau minérale naturelle, eau de source et boissons à base d’eau. Les eaux aromatisées entrent dans cette dernière famille lorsqu’elles comportent des arômes, du sucre ou des édulcorants.

Cette classification autorise :

  • des traitements de désinfection et de filtration comparables à ceux appliqués à l’eau potable distribuée au robinet ;
  • l’ajout de différents ingrédients (arômes, correcteurs d’acidité, parfois vitamines ou minéraux) selon des listes encadrées ;
  • un étiquetage détaillé des sucres et des ingrédients, qui doit figurer clairement sur l’emballage.

L’eau minérale naturelle, elle, ne peut pas être désinfectée ni traitée de façon altérant sa composition minérale. Cette différence de statut explique pourquoi une eau minérale, une fois aromatisée et sucrée, change de catégorie juridique.

Eaux aromatisées : intérêt, limites et alternatives pour le consommateur

Pour un lecteur français, ces éléments invitent à repositionner les eaux aromatisées dans son quotidien. Elles peuvent rendre l’hydratation plus agréable pour ceux qui n’aiment pas l’eau nature, ou offrir une alternative ponctuelle aux sodas classiques. Leur apport en sucres, en revanche, impose une consommation raisonnée.

Une manière simple de visualiser leur place consiste à les rapprocher :

  • des sodas et limonades pour la teneur en sucres de nombreuses références ;
  • de l’eau du robinet pour les traitements autorisés ;
  • de l’eau minérale pour l’image véhiculée sur l’emballage, parfois trompeuse si l’on ne lit pas l’étiquette.

Certains consommateurs choisissent des alternatives maison : eau du robinet ou eau de source agrémentée de rondelles de citron, d’orange, de concombre ou de quelques feuilles de menthe. Ces préparations apportent du goût, sans sucre ajouté ni traitement particulier, même si l’arôme sera souvent plus discret que dans une boisson industrielle.

Un terme à connaître : « produit plaisir »

Lorsque 60 Millions de consommateurs qualifie les eaux aromatisées de « produit plaisir », le magazine renvoie à une catégorie de consommation bien précise. Un produit plaisir n’a pas vocation à couvrir un besoin physiologique essentiel, mais à répondre à une envie gustative ou à un moment de convivialité.

Pour l’hydratation quotidienne, les autorités sanitaires en France recommandent l’eau, qu’elle soit du robinet ou en bouteille nature. Les eaux aromatisées, sucrées ou non, prennent plutôt la place d’un dessert liquide, d’un soda ou d’un jus de fruits, à intégrer ponctuellement dans l’alimentation.

Un effet cumulatif peut rapidement apparaître : un verre sucré au déjeuner, un autre au goûter, une boisson aromatisée le soir. Sans attention portée aux étiquettes, le consommateur peut atteindre des apports en sucres proches de ceux d’une consommation régulière de sodas, tout en pensant simplement boire de « l’eau parfumée ».

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