Une psychologue canado-allemande, spécialiste du crime, affirme qu’une unique question, utilisée en recherche, suffit à repérer un vrai narcissique.
Invitée de l’émission Honesty Box de LADbible Stories, la psychologue criminelle Julia Shaw, installée au Royaume-Uni, a expliqué comment une simple question, tirée d’un outil scientifique, permettrait souvent d’identifier les personnes réellement narcissiques, loin de l’usage abusif du mot dans le langage courant.
Une spécialiste du crime qui s’attaque au « buzzword » du moment
Julia Shaw est psychologue criminelle, connue pour ses travaux sur les faux souvenirs et les comportements délinquants. Interrogée par le média britannique en ligne LADbible, elle rappelle d’abord qu’elle ne croit pas que certaines personnes sont « nées mauvaises ». Selon elle, l’environnement, l’éducation et les pressions de la vie façonnent largement le comportement humain.
Face à l’engouement actuel pour le terme « narcissique », elle note que le mot est devenu presque un réflexe : tout le monde semble avoir un « narcissique » dans son entourage.
Elle cite des phrases qu’elle entend en permanence :
« Oh, ma mère est narcissique. Mon thérapeute, ton ex — c’est presque toujours un ex pour les femmes — est narcissique », raconte-t-elle à LADbible Stories.
Pour elle, ce succès du mot masque un vrai problème : une confusion entre comportement égoïste, traits de caractère désagréables, et véritable trouble de la personnalité narcissique.
Qu’est-ce qu’un vrai narcissique pour les psychologues ?
Dans la classification psychiatrique, le trouble de la personnalité narcissique, souvent désigné par l’acronyme anglais NPD, se caractérise par :
un sentiment exagéré de sa propre importance ;
un besoin constant d’admiration ;
une tendance à se croire spécial ou supérieur ;
une difficulté marquée à ressentir de l’empathie pour les autres.
Comme le rappelle l’article de LADbible, avoir parfois des pensées égoïstes ou se trouver bon dans un domaine ne fait pas de quelqu’un un narcissique au sens clinique. Le diagnostic repose normalement sur un entretien approfondi, mené par un professionnel formé.
C’est dans ce contexte que Julia Shaw évoque une trouvaille de la recherche en psychologie, qu’elle présente comme « l’un de [ses] résultats préférés » : une échelle ultra-simple, basée sur une seule question.
La « single item narcissism scale » : une seule question clé
Pour éviter les questionnaires interminables, des chercheurs ont testé une approche radicale : réduire l’évaluation du narcissisme à une seule question directe. Ils ont baptisé cet outil la « single item narcissism scale », soit une échelle du narcissisme à un seul item.
Selon les recherches citées par Julia Shaw, la question est simplement : « Êtes-vous narcissique ? »
La psychologue explique que les chercheurs ont d’abord travaillé avec une vingtaine de questions. Puis ils ont tenté de voir si une version ultra-raccourcie pouvait donner des résultats comparables.
Elle résume ainsi le processus :
« Les psychologues ont essayé avec 20 questions et se sont dit : voyons si ça marche. Puis ils se sont dit : en fait, pourquoi ne pas essayer une question ? Et ils ont développé ce qu’on appelle l’échelle de narcissisme à un seul item, qui est littéralement juste la question : “Êtes-vous narcissique ?” »
Résultat, selon elle :
« C’était aussi prédictif du fait que les gens sont narcissiques que 20 ou plus de questions. Ce qui est assez drôle — et je pense que ça peut aussi être utile. »
Comment un narcissique répondrait à cette question
Pour Julia Shaw, la force de cette question tient au fait que les narcissiques ont souvent une vision exagérément positive d’eux-mêmes et ne voient pas forcément de problème à le reconnaître.
« Comment repérer un narcissique ? Demandez-lui. Un narcissique répondrait probablement à cette question, ‘Êtes-vous narcissique ?’ — ‘Euh, oui, mais je suis meilleur que la plupart des gens.’ »
Ce n’est donc pas seulement le « oui » qui compte, mais la façon dont il est justifié. Affirmer être narcissique tout en se présentant comme au-dessus des autres correspond précisément, selon elle, à la logique du narcissisme : se croire meilleur qu’en réalité, et supérieur à ceux qui vous entourent.
Elle résume cette posture de cette manière : une personne vraiment narcissique aura tendance à estimer que son auto-évaluation est parfaitement réaliste, même si elle surestime clairement ses capacités ou sa valeur.
Une question utile, mais pas un diagnostic officiel
Julia Shaw ne présente pas cette question comme un substitut à un diagnostic de psychiatre ou de psychologue clinicien. Il s’agit d’un outil de recherche, qui permet de repérer des tendances dans des études, pas de coller une étiquette définitive sur une personne.
Elle met en garde contre les usages hasardeux : les relations amoureuses compliquées, les conflits familiaux ou les tensions au travail ne relèvent pas systématiquement d’un trouble de la personnalité.
Un mot galvaudé, qui perd son sens
Dans la suite de l’entretien avec LADbible, la psychologue insiste sur la dérive de ce vocabulaire « psy » dans la conversation de tous les jours. Elle parle de « langage thérapeutique » utilisé à tort et à travers, comme une arme rhétorique plutôt que comme une notion médicale précise.
« Nous devons faire extrêmement attention à ne pas utiliser ce langage thérapeutique de manière trop décontractée, trop sûre d’elle, et inexacte — parce que cela enlève du poids aux contextes où ça compte vraiment », avertit Julia Shaw.
Pour elle, parler à tout bout de champ de « manipulateurs », de « pervers narcissiques » ou de « traumas » sans cadre ni nuance finit par brouiller le message des professionnels de la santé mentale. Les personnes qui souffrent réellement d’un trouble peuvent alors être moins entendues.
Les leaders politiques, des narcissiques en puissance ?
Interrogée par LADbible sur les dirigeants politiques, Julia Shaw répond sans s’étendre, mais sans détour. À la question de savoir si les « world leaders » sont souvent narcissiques, elle lâche un simple :
« Définitivement. C’est tout ce que je dirai là-dessus. »
Elle ne cite aucun nom et ne propose pas d’analyse détaillée, mais laisse entendre qu’une certaine dose de narcissisme est fréquente chez celles et ceux qui recherchent le pouvoir au plus haut niveau.
Ce que cela change pour un lecteur en France
En France, le terme « trouble de la personnalité narcissique » est également employé par les psychiatres et psychologues cliniciens, même si le grand public parle plus volontiers de « pervers narcissiques ». Cette expression très médiatisée n’apparaît pas telle quelle dans les classifications internationales, mais elle renvoie, au moins en partie, à ces mêmes traits de personnalité : besoin d’admiration, manque d’empathie, tendance à instrumentaliser les autres.
Comme au Royaume-Uni, une évaluation sérieuse relève des professionnels : psychiatres, psychologues cliniciens, parfois en coordination avec un médecin généraliste. Les centres médico‑psychologiques (CMP), les services hospitaliers de psychiatrie et les cabinets libéraux constituent les principaux points d’entrée.
En France aussi, les spécialistes alertent sur l’usage abusif du mot « narcissique ». Accuser un ex-conjoint, un parent ou un supérieur hiérarchique sans base solide peut aggraver les conflits, voire masquer d’autres problèmes : violences conjugales, difficultés de communication, souffrance au travail ou dépression non diagnostiquée.
Comment utiliser cette question sans se tromper de cible
Pour un lecteur français, la question « Êtes-vous narcissique ? » peut servir surtout d’outil de réflexion plutôt que d’arme accusatrice. Quelques précautions s’imposent :
ne pas prendre la réponse comme un diagnostic, mais comme un indice à replacer dans un ensemble de comportements ;
observer la façon dont la personne justifie sa réponse : se décrit-elle comme naturellement supérieure ? minimise-t-elle l’impact de ses actes sur les autres ? ;
se demander aussi comment on répondrait soi-même à la question, en toute honnêteté ;
en cas de souffrance réelle dans une relation, se tourner vers un professionnel pour un avis éclairé.
Comprendre le narcissisme sans tout pathologiser
Le narcissisme, dans le langage courant, désigne souvent un excès d’amour-propre. En psychologie, on distingue pourtant :
Type de narcissisme
Caractéristiques principales
Narcissisme « sain »
Estime de soi réaliste, capacité à se valoriser sans écraser les autres
Narcissisme problématique
Besoin fort d’admiration, susceptibilité, difficulté à accepter la critique
Trouble de la personnalité narcissique
Schéma durable de grandiosité, manque constant d’empathie, relations marquées par l’exploitation des autres
La question unique évoquée par Julia Shaw touche surtout les deux derniers niveaux, là où la personne assume sans gêne une image très grandiose d’elle-même.
Un exemple concret d’usage, et ses limites
Dans un cadre professionnel, un manager pourrait être tenté de poser cette question à un candidat ou à un collaborateur. La réponse peut donner un aperçu du rapport de la personne à elle-même, à la critique, à la collaboration. Un « oui » accompagné d’un discours sur sa supériorité naturelle ou son droit à des traitements de faveur peut alerter sur des difficultés futures dans le travail d’équipe.
Mais la même question peut aussi servir d’outil d’auto-observation : se demander, seul, comment on y répondrait et pourquoi. Se trouver talentueux dans son métier ou fier de certains accomplissements n’implique pas forcément une dérive narcissique. L’enjeu réside dans l’écart entre la perception de soi et la réalité, et dans le respect ou non des autres.
Ce que rappelle Julia Shaw à LADbible, en filigrane, c’est que le vocabulaire de la psychologie doit rester manié avec prudence. Un mot comme « narcissique » ne devrait pas devenir un simple étiquetage de confort, mais rester lié à des critères concrets, à un contexte, et à une réelle souffrance quand il s’agit d’un trouble avéré.
Quelle est cette fameuse question qui démasque les narcissiques ?
La question est simplement « Êtes-vous narcissique ? ». Selon la recherche citée par Julia Shaw, un vrai narcissique répondra probablement « oui » en se justifiant en disant qu'il est meilleur que la plupart des gens, ce qui révèle précisément le trait narcissique.
Pourquoi une seule question suffit-elle ?
Des chercheurs ont découvert que cette question unique était aussi prédictive que 20 questions ou plus. Les narcissiques ont une vision exagérément positive d'eux-mêmes et ne voient pas de problème à l'admettre, ce qui rend cette approche directe efficace.
Quelle est la différence entre un narcissique et une personne simplement égoïste ?
Le trouble de la personnalité narcissique, aussi appelé NPD, se caractérise par un sentiment exagéré d'importance, un besoin constant d'admiration, une incapacité à ressentir de l'empathie, et la tendance à se croire supérieur. Avoir des pensées égoïstes ponctuelles ne suffit pas à poser ce diagnostic.
Peut-on utiliser cette question pour poser un diagnostic officiel ?
Non, il s'agit d'un outil de recherche, pas d'un diagnostic médical. Un vrai diagnostic relève des psychiatres et psychologues cliniciens formés, qui mènent des entretiens approfondis. Julia Shaw avertit contre l'utilisation hâtive de cette question hors de son contexte scientifique.
Pourquoi Julia Shaw s'inquiète-t-elle de l'utilisation du terme « narcissique » ?
Elle estime que le mot est devenu un « buzzword » utilisé à tort et à travers pour qualifier tout comportement désagréable ou relation conflictuelle. Cette surutilisation affaiblit le poids du terme dans les contextes où il s'agit d'un vrai trouble clinique, rendant moins audibles les personnes qui en souffrent réellement.