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Des ultrasons inaudibles installés sur les voitures : la piste des chercheurs pour sauver les hérissons écrasés sur les routes

Un petit hérisson marron recouvert de piquants, assis sur une surface herbeuse, regardant vers la gauche dans un environnement naturel de forêt ou de jardin

Au Royaume-Uni, des chercheurs misent sur des signaux ultrasonores, imperceptibles pour l’oreille humaine, pour éloigner les hérissons des routes.

Alors que les hérissons européens disparaissent peu à peu sous les roues des voitures, une équipe de l’université d’Oxford, citée par le média en ligne Euronews, teste une idée inattendue : utiliser leur ouïe exceptionnelle pour les avertir du danger à temps. Objectif affiché : réduire le nombre d’animaux écrasés, au Royaume-Uni notamment, où l’espèce subit une forte pression liée au trafic routier.

Un petit animal en grand danger sur les routes britanniques

Le hérisson européen garde une image attendrissante, mais sa situation se dégrade. Selon les données relayées par Euronews, environ un tiers des décès au sein des populations locales est lié aux collisions avec des véhicules. Malgré un rythme de reproduction élevé, comparable à celui de petits rongeurs, cette mortalité routière pèse lourd.

L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe aujourd’hui le hérisson européen dans la catégorie « quasi menacé ». Ce statut reflète un risque réel de déclin à long terme, notamment dans les pays densément urbanisés comme le Royaume-Uni, où certaines populations locales approchent l’extinction à cause des accidents de la route.

Les chercheurs d’Oxford se sont donc demandé comment transformer une caractéristique clé de l’animal, son ouïe, en outil de protection face aux voitures.

Une capacité auditive hors norme mise en lumière

L’étude, réalisée sur des hérissons recueillis dans un centre de soins au Danemark, montre pour la première fois que l’animal entend des ultrasons très au-delà des capacités humaines. Les scientifiques ont soumis les hérissons à de courtes salves sonores, ne dépassant pas 20 secondes, couvrant un large éventail de fréquences inaudibles pour l’homme.

Les animaux portaient de minuscules électrodes permettant de mesurer l’activité cérébrale entre l’oreille interne et le cerveau. Ce protocole, fréquemment utilisé en audiologie animale, permet de déterminer précisément les fréquences auxquelles l’oreille réagit le mieux.

Résultat : le hérisson perçoit des ultrasons jusqu’à environ 85 000 hertz, avec une sensibilité maximale autour de 45 000 hertz, soit l’ordre de grandeur d’un sifflet pour chien.

Pour comparer, un humain entend en général jusqu’à 20 000 hertz. Les chiens et les chats vont nettement plus haut, mais restent en dessous de cette limite de 85 kHz atteinte par le hérisson. Ce seuil extrêmement élevé ouvre la voie à des signaux sonores totalement discrets pour l’oreille humaine, mais très nets pour l’animal.

Des oreilles proches de celles des chauves-souris

Les chercheurs ne se sont pas arrêtés aux tests auditifs. Ils ont aussi étudié l’anatomie de l’oreille d’un hérisson grièvement blessé, euthanasié pour des raisons vétérinaires. Grâce à des micro-scanners (micro-CT), ils ont obtenu des images détaillées du canal auditif et des structures internes.

Les observations montrent une architecture de l’oreille étonnamment proche de celle de certaines chauves-souris, connues pour utiliser l’écholocation. Sans affirmer que le hérisson « voit » par le son comme ces animaux, les scientifiques estiment que cette parenté structurelle pourrait expliquer sa sensibilité extrême aux hautes fréquences.

Le professeur David Macdonald, co-auteur de l’étude, confie à Euronews qu’il trouve « particulièrement enthousiasmant » qu’un projet né d’un besoin de conservation débouche sur « une découverte fondamentale sur la biologie d’une espèce » et, en retour, ouvre « une nouvelle piste de protection » pour cette même espèce.

La question suivante intrigue les scientifiques : à quoi servent exactement ces ultrasons dans la vie quotidienne du hérisson ?

Communication, chasse… ou les deux ?

La docteure Sophie Lund Rasmussen, autrice correspondante de l’étude, avance plusieurs hypothèses. Elle indique déjà travailler sur l’idée que les hérissons puissent utiliser ces hautes fréquences :

  • pour communiquer entre eux, notamment la nuit ;
  • pour détecter des proies, comme de petits insectes ou invertébrés ;
  • ou pour mieux percevoir leur environnement immédiat.

Cette piste reste ouverte : les travaux se poursuivent pour vérifier si les hérissons « parlent » en ultrasons ou s’ils s’en servent surtout pour la recherche de nourriture. Quelle qu’en soit la fonction naturelle, les chercheurs ont décidé de s’en inspirer pour élaborer un système d’alerte face aux voitures.

Des émetteurs ultrasonores sur les voitures pour repousser les hérissons

À partir de ces résultats, l’équipe d’Oxford imagine un dispositif simple : installer sur les voitures, tondeuses ou taille-haies des petits boîtiers capables d’émettre un signal ultrasonore dans la zone de sensibilité maximale du hérisson, autour de 45 kHz.

L’idée est d’émettre, à l’approche d’un véhicule, une note ultrasonore que seuls les hérissons entendent, afin de les inciter à fuir la chaussée avant l’arrivée de la voiture.

Un tel système serait, en théorie :

  • inaudible pour les conducteurs et les passagers ;
  • sans gêne pour les chiens et les chats, si la fréquence est bien choisie ;
  • continu ou déclenché automatiquement selon la vitesse ou la présence d’animaux.

Les chercheurs insistent toutefois sur le caractère expérimental du projet. Rien ne prouve encore que les hérissons réagissent systématiquement à ce type de signal en s’éloignant de la route. Des tests en conditions réelles restent à mener, avec des protocoles stricts pour mesurer le nombre de collisions avant et après installation du dispositif.

Un appel à l’industrie automobile

Pour passer du laboratoire à la route, l’équipe cherche maintenant des partenaires industriels. Les scientifiques aimeraient collaborer avec des constructeurs ou des équipementiers prêts à financer un prototype et à l’installer sur une flotte de véhicules test.

L’objectif serait de définir :

  • la fréquence et l’intensité les plus efficaces sans générer de pollution sonore pour d’autres espèces ;
  • la distance à laquelle le hérisson détecte le signal et modifie son comportement ;
  • le coût de production d’un boîtier montable sur des voitures neuves ou en seconde monte.
  • Si les tests s’avèrent concluants, ces émetteurs pourraient à terme rejoindre la panoplie d’aides à la conduite, comme les détecteurs d’angle mort ou les alertes de franchissement de ligne, avec un focus cette fois sur la protection de la faune sauvage.

    En France, quelles pistes pour épargner les hérissons ?

    En France, le hérisson d’Europe est lui aussi confronté à la mortalité routière, même si l’étude citée par Euronews se concentre sur le Royaume-Uni et un centre de soins danois. Les associations de protection de la nature françaises signalent régulièrement des hérissons écrasés sur les départementales, les routes de campagne et en périphérie urbaine.

    Les initiatives françaises se situent aujourd’hui plutôt du côté :

    • de la sensibilisation du public, avec des campagnes rappelant de lever le pied la nuit ou au printemps, période de forte activité ;
    • de l’aménagement de passages pour la petite faune, par exemple des buses ou petits tunnels sous certaines infrastructures ;
    • de conseils aux particuliers pour rendre les jardins plus sûrs (tonte moins rase, tas de feuilles, vérification avant l’usage des tondeuses).

    Les systèmes d’alerte ultrasonore embarqués directement sur les voitures n’en sont qu’au stade de l’idée. Si les essais menés à Oxford aboutissent, ils pourraient inspirer à terme les constructeurs présents sur le marché français, notamment pour les modèles destinés aux zones rurales ou périurbaines.

    Comment fonctionnent les ultrasons sur les animaux ?

    Les ultrasons sont des sons dont la fréquence dépasse la limite d’audition humaine, située autour de 20 000 hertz. De nombreuses espèces les utilisent :

    • les chauves-souris, pour se repérer et chasser ;
    • certains rongeurs, pour émettre des cris discrets entre congénères ;
    • les chiens, sensibles aux sifflets ultrasonores utilisés pour le dressage.

    Un émetteur ultrasonore pour voitures exploiterait ce principe : cibler précisément la zone de sensibilité maximale du hérisson, tout en évitant d’interférer avec d’autres animaux ou d’introduire un stress inutile pour la faune.

    Espèce Fréquence maximale approximative perçue
    Humain 20 000 Hz
    Chien Plus de 40 000 Hz
    Chat Plus de 60 000 Hz
    Hérisson européen Environ 85 000 Hz

    L’enjeu consiste à ne pas multiplier les signaux en ville, où coexistent déjà de nombreuses sources sonores, classiques ou ultrasonores. Les tests annoncés par l’équipe d’Oxford devront vérifier que ce type de dispositif reste ciblé et n’entraîne pas d’effets indésirables sur d’autres espèces sensibles aux hautes fréquences.

    Un potentiel au-delà des seules voitures

    L’étude citée par Euronews mentionne également les tondeuses et les taille-haies, souvent impliquées dans des blessures graves chez les hérissons qui se cachent dans les jardins. Un petit boîtier ultrasonore fixé sur ces machines pourrait les prévenir quelques instants avant le passage des lames et leur laisser le temps de fuir.

    Pour un particulier, un tel équipement compléterait les gestes déjà recommandés : vérifier un tas de feuilles avant de le broyer, inspecter les hautes herbes et éviter de tondre à la nuit tombée, moment où les hérissons sortent se nourrir.

    Si la technologie confirme son intérêt, elle pourrait s’intégrer dans une approche plus large de cohabitation entre infrastructures humaines et faune sauvage, aux côtés des passages pour animaux, des panneaux de signalisation spécifiques ou des limitations de vitesse ciblées sur certains tronçons.

    Questions fréquentes

    Comment les chercheurs ont-ils découvert la sensibilité ultrasone des hérissons ?

    L'équipe d'Oxford a soumis des hérissons à des salves sonores de courte durée couvrant différentes fréquences, en mesurant l'activité cérébrale via des électrodes microscopiques placées dans l'oreille interne. Ce protocole standard en audiologie animale a permis de déterminer que les hérissons perçoivent jusqu'à environ 85 000 hertz.

    Pourquoi les hérissons ont-ils une ouïe si exceptionnelle ?

    L'étude anatomique montre que l'oreille du hérisson présente une structure très proche de celle des chauves-souris, qui utilisent l'écholocation. Cette parenté structurelle pourrait expliquer cette sensibilité extrême aux hautes fréquences, bien que les scientifiques ne confirment pas que les hérissons « voient » par le son.

    À quoi les hérissons utilisent-ils naturellement ces ultrasons ?

    Les chercheurs formulent plusieurs hypothèses : communication entre hérissons notamment la nuit, détection de petites proies comme les insectes ou invertébrés, ou perception améliorée de leur environnement immédiat. Des travaux sont en cours pour vérifier ces différentes fonctions.

    Le dispositif ultrasonore gênera-t-il les humains et les animaux domestiques ?

    En théorie, le système serait inaudible pour les conducteurs et passagers puisque situé au-delà de 20 000 hertz, limite de l'audition humaine. Il ne devrait pas gêner les chiens et chats si la fréquence est soigneusement choisie, mais des tests réels restent nécessaires.

    Quand ce dispositif sera-t-il disponible sur les voitures ?

    L'équipe recherche actuellement des partenaires industriels pour financer un prototype et tester le système sur une flotte de véhicules. Des tests en conditions réelles doivent encore démontrer son efficacité à réduire les collisions avant toute commercialisation.

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