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Vous pensez bien faire au bureau : ce comportement très courant ruine vos chances de promotion, alerte un psychologue

Au bureau, beaucoup de salariés, en France comme ailleurs, misent sur la même « qualité » pour briller. Selon des psychologues, elle pourrait surtout freiner leur carrière.

Être partout, tout le temps, répondre à tous les mails, accepter chaque nouvelle mission… Ce réflexe professionnel très répandu est souvent présenté comme un atout en entretien d’embauche. Pourtant, des spécialistes interrogés par le site américain Psychology Today et le média santé VeryWell Mind estiment qu’il s’agit d’un piège qui nuit autant aux performances qu’aux perspectives de promotion.

Être multitâche, une « qualité » qui se retourne contre vous

Depuis des années, la capacité à être multitâche s’est imposée comme une valeur sûre à mettre en avant face à un recruteur. Au quotidien, beaucoup de salariés cherchent alors à cumuler les tâches : répondre aux messages tout en étant en réunion, lancer un nouveau dossier tout en bouclant le précédent, gérer un appel pendant qu’ils trient leurs mails.

L’intention est claire : montrer sa motivation, son efficacité, sa disponibilité permanente. Dans les faits, ce comportement omniprésent au bureau peut avoir l’effet inverse de celui recherché. Il détériore la qualité du travail, augmente la fatigue mentale et finit par altérer l’image que les supérieurs hiérarchiques se font du salarié.

Chercher en permanence à être multitâche crée l’illusion de la performance, mais produit souvent moins, moins bien et dans un état de stress plus élevé.

Le psychologue américain Guy Winch, cité par Psychology Today, rappelle à quel point ce réflexe est devenu banal : « La grande majorité d’entre nous effectue plusieurs tâches à la fois sur notre smartphone. Nous jouons, écrivons, naviguons sur les réseaux sociaux, envoyons des SMS et utilisons des applications et autres fonctions tout en regardant la télévision, en mangeant, en travaillant ou en discutant avec quelqu’un. » Pour lui, essayer d’être multitâche est devenu si fréquent que « la plupart d’entre nous pensent le faire bien », sans imaginer que ce soit potentiellement « dangereux ».

Ce qui se passe vraiment dans le cerveau quand vous « faites tout à la fois »

Avec les smartphones, les messageries instantanées et les outils collaboratifs, jongler entre plusieurs activités semble presque naturel. Pourtant, les études citées par Psychology Today décrivent un mécanisme bien différent de l’idée d’« efficacité maximale » souvent associée au multitâche.

Une recherche publiée en 2016 a montré que le fait de se mettre fréquemment en mode multitâche pouvait être associé à une réduction de la matière grise dans certaines zones du cerveau. Les régions concernées participent notamment au contrôle cognitif, à la régulation de la motivation et des émotions. Autrement dit, ce fonctionnement répété affecterait les capacités qui permettent justement de se concentrer, de gérer ses priorités et de maintenir un certain équilibre émotionnel.

Une autre étude évoquée dans l’article pointe un lien entre multitâche et faiblesse de la mémoire, qu’il s’agisse de la mémoire de travail, celle que l’on mobilise pour traiter une information en cours, ou de la mémoire à long terme. Le risque de distraction augmente, tout comme le niveau de stress.

Plus vous multipliez les tâches en même temps, plus votre cerveau perd en efficacité à la fois sur le moment et, potentiellement, dans la durée.

Loin de permettre de gagner du temps, cette pratique entraîne souvent des erreurs, des oublis, des retours en arrière, donc des dossiers qui avancent moins vite. À la clef : une impression de surcharge permanente et une fatigue cognitive qui finit par se voir.

« Multitâche » ou simple passage frénétique d’une tâche à l’autre ?

Pour la spécialiste américaine de réhabilitation psychosociale Kendra Cherry, interrogée par VeryWell Mind, le mot « multitâche » prête lui-même à confusion. « Ce que l’on fait en réalité, c’est déplacer rapidement son attention et sa concentration d’une chose à l’autre, un processus que les psychologues appellent le passage d’une tâche à l’autre », explique-t-elle.

Ce basculement constant a un coût : chaque changement d’activité impose au cerveau de se réajuster. La spécialiste souligne que ce passage d’une tâche à l’autre « peut rendre difficile l’élimination des distractions et provoquer des blocages mentaux qui peuvent vous ralentir ».

Ce phénomène se traduit concrètement au bureau : relire un mail trois fois avant de l’envoyer, oublier un point important évoqué en réunion parce qu’on répondait à un message, perdre le fil d’un dossier à force d’interruptions.

Comment repérer que vous êtes tombé dans le piège au travail ?

Kendra Cherry liste une série de comportements qui permettent de repérer cette tendance chez soi, y compris dans un contexte professionnel :

  • Démarrer deux projets en même temps, sans en terminer un seul.
  • Écouter la radio ou un podcast en conduisant pour se rendre au travail, tout en réfléchissant déjà à ses mails.
  • Parler au téléphone tout en rédigeant un document ou un compte-rendu.
  • Regarder la télévision tout en répondant à des mails professionnels le soir.
  • Faire défiler les réseaux sociaux pendant une réunion, même en visioconférence.
  • Écouter un collègue ou un manager tout en rédigeant une liste de choses à faire.

Pris isolément, chacun de ces comportements peut sembler anodin. Répétés au quotidien, ils créent un mode de fonctionnement où l’attention est en permanence morcelée. Cette dispersion finit par se voir : réponses imprécises, manque de recul, tensions avec l’équipe, irritabilité, impression de ne jamais « décrocher ».

Un salarié constamment dispersé donne rarement l’image d’une personne prête à assumer davantage de responsabilités, même s’il travaille beaucoup.

Pourquoi ce réflexe nuit aussi à vos chances de promotion

Pour un manager, un collaborateur qui accepte tout, répond à tout et semble connecté sans arrêt n’est pas forcément celui qui inspire le plus confiance pour un poste clé. Les études citées par Psychology Today et VeryWell Mind mettent en lumière plusieurs effets qui peuvent freiner une évolution de carrière :

  • Baisse de la qualité des livrables : plus d’erreurs, moins de profondeur dans l’analyse, oublis de consignes.
  • Moindre fiabilité perçue : difficulté à respecter les priorités, retards accumulés, demandes de précisions répétées.
  • Stress apparent : fatigue, nervosité, difficultés à gérer la pression lors de pics d’activité.
  • Absence de vision d’ensemble : focalisation sur la réaction immédiate plutôt que sur la construction de solutions durables.

Or une promotion repose souvent sur la capacité à prendre du recul, à hiérarchiser, à trancher. Un salarié qui semble en permanence happé par les notifications peut être perçu comme efficace dans l’urgence, mais pas forcément comme un futur responsable.

La situation en France : des entreprises encore ambivalentes face au multitâche

En France, le terme « multitâche » reste valorisé dans de nombreuses offres d’emploi, en particulier dans les petites structures où chacun doit gérer un périmètre large. Les pratiques managériales évoluent toutefois avec la montée des risques psychosociaux et des sujets liés à la santé mentale au travail.

La notion de droit à la déconnexion, inscrite dans le code du travail, va dans le sens d’une limitation des sollicitations permanentes, même si son application reste très variable selon les entreprises et les secteurs. Des formations à la « gestion du temps » ou à « l’organisation du travail » insistent désormais davantage sur la priorisation et la concentration sur une seule tâche que sur la capacité à tout faire en parallèle.

Pour un salarié français, ces travaux scientifiques confortent un mouvement déjà perceptible : la réhabilitation du travail « monotâche », avec des plages sans notifications, des réunions sans écrans parallèles et des temps concentrés sur un seul dossier. Les employeurs qui veulent retenir leurs talents commencent à y voir un levier de performance durable plutôt qu’un signe de lenteur.

Comment passer du multitâche au travail concentré sans perdre la face

Changer de posture au bureau ne signifie pas devenir moins engagé. Il s’agit plutôt de montrer sa capacité à organiser son travail avec discernement. Quelques pistes pratiques, cohérentes avec ce que décrivent les psychologues :

  • Planifier des créneaux dédiés : réserver des blocs de temps pour une seule tâche prioritaire et prévenir son équipe que l’on sera moins réactif pendant ce laps de temps.
  • Limiter les doubles écrans inutiles : éviter de garder sa messagerie ouverte pendant une réunion ou la rédaction d’un document important.
  • Réduire les sollicitations informelles : proposer de regrouper les demandes dans un point quotidien plutôt que de répondre à l’instant à chaque message.
  • Ritualiser les retours aux mails : traiter les messages par lots, à heures fixes, plutôt qu’au fil de l’eau.
  • Ces ajustements peuvent d’abord surprendre un entourage habitué à une disponibilité immédiate. Mais un travail plus structuré, moins sujet aux erreurs et plus calme dans la relation aux autres finit souvent par être remarqué positivement.

    Un salarié qui sait dire « je termine ce dossier et je reviens vers vous » envoie un signal de maîtrise, pas de désengagement.

    Un enjeu qui dépasse le bureau : attention, mémoire, bien-être

    Les études citées par Psychology Today et VeryWell Mind montrent que la tendance à la dispersion ne concerne pas seulement la vie professionnelle. Elle touche aussi les loisirs, les échanges familiaux, les trajets, avec smartphone et écrans toujours présents. Le même mécanisme de passage d’une tâche à l’autre est à l’œuvre, avec les mêmes conséquences sur l’attention et la mémoire.

    Réapprendre à faire une seule chose à la fois peut ainsi devenir une forme d’hygiène de vie cognitive. Certains psychologues recommandent, par exemple, de prendre un repas sans écran, d’écouter vraiment une personne sans taper en même temps sur un clavier, ou encore de marcher sans podcast ni musique, ne serait-ce que quelques minutes par jour.

    Pour un salarié qui vise une promotion, ce travail sur l’attention n’est pas un détail. Il alimente la clarté d’esprit, la capacité à argumenter, la maîtrise émotionnelle en situation de tension. Autant de qualités scrutées par les managers lorsqu’il s’agit de confier de nouvelles responsabilités.

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