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Canicule : ce n’est pas l’eau qui hydrate le mieux, selon plusieurs études indépendantes

En plein épisode de fortes chaleurs, des travaux menés au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Irlande bousculent une idée bien ancrée : l’eau ne serait pas toujours la boisson la plus hydratante.

Alors que les autorités sanitaires rappellent à chaque vague de chaleur de « boire beaucoup d’eau », plusieurs études scientifiques pointées par le site d’information santé qui les relaie montrent que le lait, notamment, pourrait mieux maintenir l’hydratation que l’eau seule. Ces recherches, réalisées entre 2007 et 2020 au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Irlande, ne renversent pas les recommandations officielles, mais elles affinent la manière de penser l’hydratation, en particulier en période de canicule.

Ce que montrent les études menées depuis 2007

Les travaux cités par le média de santé en ligne s’étalent sur plus d’une décennie. Ils ne portent pas sur des milliers de volontaires, mais leur protocole reste suffisamment solide pour intéresser la communauté scientifique.

Une première étude après l’effort dès 2007

La première étude remonte à 2007. Des volontaires ont été déshydratés par une activité sportive, puis réhydratés avec différentes boissons : eau, lait et boissons énergétiques.

Les chercheurs ont constaté que le lait entraînait un débit urinaire plus faible que l’eau ou les boissons énergétiques, et que l’équilibre hydrique restait positif jusqu’à cinq heures après l’effort.

Concrètement, les participants qui avaient bu du lait évacuaient moins vite les liquides. Leur niveau d’hydratation restait supérieur plusieurs heures après la fin de l’activité, alors qu’avec les autres boissons, le bilan hydrique retombait à zéro environ une heure après seulement.

Une confirmation en Irlande avec des sportifs réguliers

Dix ans plus tard environ, une équipe de l’Université de Limerick, en Irlande, a reproduit une expérience similaire sur sept jeunes hommes pratiquant régulièrement une activité physique. Là encore, le lait a bénéficié d’un net avantage.

La récupération de l’équilibre hydrique était meilleure avec le lait qu’avec les autres boissons testées. Les chercheurs parlent d’une « synergie des nutriments » du lait pour expliquer cette performance, c’est-à-dire l’action combinée de plusieurs composants (sodium, protéines, graisses) qui amélioreraient la rétention de liquides.

Une grande comparaison de boissons en 2016

En 2016, une étude publiée dans la revue scientifique The American Journal of Clinical Nutrition a élargi le champ. Soixante-douze hommes ont été suivis pendant quatre heures, cette fois sans effort physique préalable.

Les chercheurs ont comparé une palette de boissons très courantes :

  • eau
  • lait entier
  • lait écrémé
  • thé
  • café
  • sodas (dont une version light)
  • jus d’orange
  • bière
  • boisson énergétique pour le sport
  • solution de réhydratation orale utilisée après une diarrhée

Résultat : les deux types de lait, entier et écrémé, ainsi que la solution de réhydratation médicale se sont révélés plus hydratants que l’eau, avec une meilleure rétention de liquides.

Autrement dit, certaines boissons restent plus longtemps dans l’organisme que l’eau, ce qui renforce l’hydratation sur quelques heures.

Une étude en 2020 confirme la tendance

Une publication dans la revue Nutrients, en 2020, est venue confirmer ce constat : le lait présente des effets d’hydratation supérieurs à ceux de l’eau dans les conditions expérimentales testées. Le détail du protocole importe moins ici que la cohérence de la conclusion avec les études précédentes.

Pourquoi le lait peut retenir l’eau mieux que l’eau elle-même

Les scientifiques rappellent une réalité simple : l’organisme ne réagit pas uniquement au volume d’eau ingéré, mais aussi à la composition de la boisson.

La capacité d’une boisson à hydrater et à rester dans le corps dépend étroitement de ses nutriments : électrolytes, protéines, graisses, sucres.

Le rôle clé du sodium et des électrolytes

Le lait est particulièrement riche en sodium et en autres électrolytes. Le sodium agit un peu comme une « éponge » à liquides : il favorise la rétention d’eau dans l’organisme et limite les pertes rapides par les urines.

Dans ces études, les boissons contenant davantage d’électrolytes (laits, solutions de réhydratation orale) ont donc gardé un meilleur score d’hydratation que l’eau plate, qui n’apporte pratiquement que de l’eau pure, avec très peu de sels minéraux.

Protéines, graisses et calories : un frein à la vidange gastrique

Le lait apporte aussi des protéines et des graisses. Ces nutriments ralentissent la vidange de l’estomac et l’absorption des liquides. Cela contribue à étaler la libération d’eau dans le corps et retarde la diurèse.

« Les électrolytes, comme le sodium et le potassium, contribuent à une meilleure hydratation, tandis que les calories contenues dans les boissons ralentissent la vidange gastrique et donc la libération d’urines », explique la diététicienne agréée Melissa Majumdar, porte-parole de l’Academy of Nutrition and Dietetics, citée par la chaîne américaine CBSNews.

D’un point de vue strictement hydrique, une boisson un peu plus riche en nutriments peut donc « tenir » plus longtemps dans l’organisme qu’un grand verre d’eau pure.

Des résultats à interpréter avec prudence

Les spécialistes interrogés par le média de santé restent prudents. Ils soulignent des limites méthodologiques qui empêchent d’affirmer que le lait est « meilleur » que l’eau pour la santé au quotidien.

Peu de volontaires et un suivi limité dans le temps

Les études de 2007 et de l’Université de Limerick ont inclus un très petit nombre de participants, souvent jeunes et sportifs. Les protocoles mesuraient l’hydratation sur des durées courtes, ne dépassant pas cinq heures.

Un professeur de la faculté de médecine de l’Université de Harvard, cité par Harvard Health Publishing, s’interroge : « Si les participants à l’étude avaient été suivis plus longtemps, cette différence [entre le lait et l’eau] aurait-elle disparu ? »

Autre point : ces tests sont réalisés dans des conditions très encadrées, qui ne reflètent pas forcément le rythme de vie, l’alimentation ou les pathologies d’une population générale.

L’eau reste la référence pour une hydratation simple

Les médecins et nutritionnistes continuent donc de recommander l’eau comme boisson principale pour s’hydrater, y compris en cas de forte chaleur. Le lait et les autres boissons plus caloriques sont à considérer dans un contexte précis, par exemple pour la récupération après un effort, ou chez certaines personnes âgées sous suivi médical.

Car le revers de ces boissons plus « efficaces » sur la rétention de liquides, ce sont les calories, les sucres et parfois les graisses qu’elles apportent. Sur la durée, une consommation élevée peut peser sur le poids, la glycémie, voire le cholestérol.

Canicule : que signifient ces études pour un Français ?

En France, les messages des autorités sanitaires, comme Santé publique France ou le ministère de la Santé, sont clairs lors des plans canicule : boire régulièrement de l’eau, sans attendre d’avoir soif, reste la première mesure de prévention de la déshydratation.

Eau, lait, solutions de réhydratation : quelles options ?

Pour un lecteur français, ces travaux étrangers apportent plusieurs nuances utiles :

  • boire de l’eau en quantité suffisante reste la base, notamment pour éviter les apports caloriques inutiles ;
  • chez une personne qui mange peu ou perd beaucoup de sel (transpiration intense, diarrhée), l’apport en électrolytes peut aider à mieux retenir l’eau ;
  • le lait peut ponctuellement contribuer à la réhydratation, mais ne doit pas devenir la boisson principale en cas de canicule, surtout chez les personnes intolérantes au lactose ou souffrant de troubles digestifs ;
  • les solutions de réhydratation orale, disponibles en pharmacie, sont conçues pour les pertes importantes (gastro-entérite, forte diarrhée) et doivent être utilisées selon les conseils d’un professionnel de santé.

En pratique, un Français en bonne santé pourra associer eau, aliments riches en eau (fruits, légumes), et éventuellement laitages, en tenant compte de son état de santé et des recommandations de son médecin.

Hydratation : au-delà de la boisson, d’autres paramètres clés

Ces travaux rappellent enfin que l’hydratation ne dépend pas uniquement de ce que l’on boit, mais aussi de l’alimentation globale, de la température extérieure, de l’activité physique et de l’état de santé.

Comprendre la notion d’« équilibre hydrique »

L’« équilibre hydrique » désigne la différence entre les apports en eau (boissons, aliments) et les pertes (urines, sueur, respiration, selles). Un équilibre positif signifie que le corps retient plus d’eau qu’il n’en élimine, ce qui était le cas chez les participants ayant consommé du lait dans les heures suivant l’effort.

Facteur Impact sur l’hydratation
Température extérieure Augmente la transpiration et les pertes d’eau
Sel (sodium) Favorise la rétention d’eau, mais en excès peut être néfaste
Protéines et graisses Ralentissent la vidange gastrique, prolongent l’effet hydratant
Alcool Accroît la diurèse et favorise la déshydratation

En période de canicule, cet équilibre est plus fragile : le corps transpire davantage et perd des sels minéraux. L’enjeu n’est donc pas seulement de boire plus, mais aussi, dans certains cas, de compenser les pertes de sodium et de potassium, notamment chez les personnes âgées ou les sportifs suivis médicalement.

Pour un adulte sans problème particulier, une alimentation variée (avec fruits, légumes, produits laitiers, céréales) associée à une consommation régulière d’eau permet généralement de maintenir cet équilibre. Les études rappelées par le média de santé montrent surtout que l’eau n’est pas la seule actrice de l’hydratation, mais elles ne remettent pas en cause son rôle central dans les recommandations des autorités sanitaires.

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