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Ciao Energy, la boisson de Squeezie, Léna Situations et Inoxtag : pourquoi les nutritionnistes la jugent « problématique »

Ciao Energy, la boisson de Squeezie, Léna Situations et Inoxtag : pourquoi les nutritionnistes la jugent « problématique »

Les couleurs claquent, les prénoms aussi : Squeezie, Léna Situations, Inoxtag. On imagine déjà les stories Insta, les défis TikTok, les frigos de coloc remplis de ces petites bombes fluo. Un samedi après-midi, dans un centre commercial de banlieue, deux ados hésitent devant le rayon : “On en prend combien ?” demande l’un. Le second répond en rigolant : “Frérot, c’est signé Squeezie, on y va.”

À quelques mètres, une mère observe la scène, canette en main, en train de déchiffrer la liste des ingrédients comme si c’était un exercice de maths. Sucre, caféine, extraits de plantes, vitamines, édulcorants… Le cocktail paraît technique, presque rassurant. Après tout, si leurs youtubeurs préférés en boivent, *ça ne doit pas être si grave*. Et pourtant, depuis quelques semaines, les nutritionnistes se succèdent dans les médias pour qualifier Ciao Energy de boisson « problématique ». Une expression qui sonne comme un avertissement discret, mais sérieux.

Ciao Energy, une boisson pensée pour la génération YouTube… pas pour les diététiciens

On connaît tous ce moment où l’on ouvre une boisson fraîche en plein après-midi, comme un petit shoot de motivation en canette. Ciao Energy s’est glissée pile dans cette faille de nos journées fatiguées, en ajoutant un ingrédient marketing redoutable : la proximité avec trois géants de YouTube. Le message implicite est simple : si tu veux être dans le mood de Squeezie, Léna ou Inox, tu bois ce qu’ils boivent. La boisson devient un badge social, presque un accessoire de communauté.

Le souci, expliquent de nombreux nutritionnistes, c’est que l’énergie vendue n’est pas que symbolique. Chaque canette affiche autour de 32 mg de caféine pour 100 ml, soit facilement l’équivalent d’un double expresso pour une boisson de 500 ml. *Sur un corps d’ado, ça cogne fort*. À cela s’ajoutent les sucres ou les édulcorants, selon les versions, et un mélange de vitamines et d’extraits de plantes “boostants”. Le packaging raconte une histoire fun et colorée. L’étiquette nutritionnelle, elle, raconte un tout autre récit.

Beaucoup de spécialistes de la nutrition pointent surtout du doigt l’effet miroir entre ces créateurs et leur public. Ciao Energy est clairement calibrée pour une cible jeune, très jeune parfois. Les couleurs pastel, les codes graphiques proches du gaming, le ton “buddy” des vidéos où la boisson apparaît : tout parle à des collégiens et lycéens. Or, les recommandations de santé publique restent claires sur un point : **les boissons énergisantes ne sont pas adaptées aux adolescents**, encore moins à ceux qui cumulent manque de sommeil, stress scolaire et temps d’écran massif. Quand on met ce contexte en face du marketing, la boisson commence à poser question.

Ce qui inquiète les nutritionnistes : caféine, sucre… et confusion

Les professionnels de santé ne diabolisent pas une canette occasionnelle, ils s’inquiètent du scénario le plus banal : celui où Ciao Energy devient une habitude quasi quotidienne. Le matin pour “se réveiller”, l’après-midi pour “tenir en cours”, le soir pour “tryhard sur Valorant ou Fortnite”. Une sorte de béquille liquide. La caféine augmente la vigilance, oui, mais elle met aussi le système nerveux en tension. Chez un ado qui dort déjà trop peu, le combo devient glissant. La fatigue est masquée, pas réglée.

Sur le plan métabolique, la question du sucre revient comme un boomerang. Certaines versions de la boisson présentent un apport sucré non négligeable, proche de ce que l’on trouve dans un soda classique. D’autres misent sur les édulcorants. Dans les deux cas, les nutritionnistes parlent de “récompense liquide” qui entretient le goût du très sucré. Et soyons honnêtes : personne ne boit ce type de boisson en savourant chaque gorgée comme un grand cru. On l’avale vite, devant un écran, sans vraiment sentir la quantité qui passe.

L’autre point qui fait tiquer les experts, c’est l’emballage pseudo-“health” du produit. Vitamines B, taurine, extraits végétaux, promesse de “focus” ou de “concentration”. Tout cela donne l’impression d’une boisson fonctionnelle, presque utile. Dans la réalité, très peu d’adolescents manquent de vitamine B au point d’avoir besoin d’une canette pour combler leur déficit. *Ce n’est pas une cure, c’est un coup de fouet marketing*. Les nutritionnistes parlent alors de message brouillé : le cerveau retient “vitamines” et “influenceurs”, pas “stimulation du système nerveux” ou “trouble du sommeil potentiel”.

Comment consommer (ou pas) Ciao Energy sans se mettre en difficulté

Face à ce genre de boisson, la première stratégie reste d’ajouter de la conscience à un geste qui, au départ, est presque automatique. Avant d’ouvrir une canette de Ciao Energy, on peut simplement se poser deux questions : “Pourquoi j’en prends maintenant ?” et “Est-ce que je pourrais faire autrement ?”. Si la réponse, c’est “Je suis explosé, j’ai mal dormi” ou “Je dois bosser jusqu’à 2 heures du matin”, l’alarme interne devrait déjà clignoter. Le problème n’est pas la boisson, mais le rythme global.

Une manière plus pragmatique d’encadrer sa consommation consiste à se fixer des règles simples. Par exemple : pas de boisson énergisante après 16h, pas plus d’une canette par jour, pas tous les jours. Ce sont des garde-fous imparfaits, mais réalistes pour une vie étudiante ou lycéenne. Personne ne va soudain se mettre à ne boire que de l’eau tiède et des tisanes bio. L’objectif n’est pas d’être parfait, juste moins vulnérable à un produit qui joue sur la fatigue et la FOMO sociale.

Du côté des parents, l’erreur fréquente consiste à réagir de façon très frontale : “Tu ne boiras plus JAMAIS ce truc.” La plupart du temps, ça pousse l’ado à en consommer en cachette, avec un petit goût de transgression en bonus. Une approche plus efficace consiste à poser des questions, montrer un véritable intérêt pour ce que représente la boisson : “Qu’est-ce que tu aimes là-dedans ? C’est le goût, le design, le fait que ce soit Squeezie ?”. On n’éduque pas un ado à la nutrition avec des interdictions massives, mais avec une sorte de négociation honnête.

Un nutritionniste que j’ai interrogé résumait ça avec une phrase assez simple :

« Le but, ce n’est pas d’avoir zéro canette dans la vie, c’est de ne pas en faire un réflexe dès qu’on est fatigué, stressé ou qu’on s’ennuie. »

Pour aider à ce déclic, on peut aussi poser concrètement ce que l’on ressent après une canette. Sommeil agité ? Palpitations ? Coup de barre deux heures plus tard ? Mettre des mots sur ces sensations fait baisser le vernis “fun” du produit. Une petite liste personnelle, par exemple dans une note de téléphone, peut servir de repère, avec des questions directes :

  • Comment je dors la nuit où j’en bois ?
  • Est-ce que je me sens nerveux, irritable ou agité après ?
  • Est-ce que j’en ai *envie* ou est-ce que j’en ai pris l’habitude ?
  • Est-ce que je pourrais remplacer une canette sur deux par un simple verre d’eau fraîche ou un café léger ?

Une boisson symptôme d’une génération sous pression

Ciao Energy n’est pas juste une boisson. C’est un révélateur d’une fatigue plus large, presque culturelle. On demande aux jeunes d’être performants en cours, créatifs sur les réseaux, toujours connectés, toujours au courant. Les journées s’allongent, les nuits se raccourcissent, et l’énergie devient une sorte de monnaie d’échange. Dans ce décor, une canette qui promet de tenir plus longtemps ressemble à une solution. Elle n’est au fond que le pansement visible sur une plaie plus profonde : le manque de repos réel.

On pourrait facilement blâmer Squeezie, Léna Situations ou Inoxtag. Ce serait trop simple. Eux surfent sur une logique déjà installée, celle où chaque moment de vie devient une opportunité de contenu, de produit, de collaboration. Ce qui dérange les nutritionnistes, c’est la puissance de ce mélange : une boisson riche en stimulants, portée par des figures presque familières, dans un monde où le mot “fatigue” est devenu la norme dès le collège. La boisson cristallise tout ça dans un objet facile à acheter, facile à partager, facile à afficher en story.

Alors la vraie question n’est peut-être pas “Faut-il interdire Ciao Energy ?”, mais “Quelle place on laisse, collectivement, à la lenteur, au repos, à l’ennui ?”. Une partie des ados boiront quand même cette boisson, et ce ne sera pas forcément dramatique. L’enjeu, c’est qu’ils comprennent ce qu’ils ont entre les mains, qu’ils puissent en rire, s’en lasser, s’en éloigner s’ils le souhaitent. Une canette de temps en temps ne construit pas une vie. Une dépendance discrète à ce genre de produit, si.

Point essentiel Détail Valeur ajoutée pour le lecteur
Ciao Energy vise surtout les jeunes Marketing inspiré des codes YouTube, gaming et influence, dosage en caféine non anodin Comprendre pourquoi la boisson semble “inoffensive” tout en restant surveillée par les nutritionnistes
Le risque vient de l’habitude, pas d’une canette isolée Consommation répétée liée à la fatigue, au stress et au manque de sommeil Identifier les signaux d’alerte et ajuster sa consommation sans tomber dans l’interdit total
Parler de Ciao Energy, c’est parler du rythme de vie La boisson révèle une génération sous pression scolaire, sociale et numérique Inviter à questionner ses besoins réels d’énergie, de repos et de limites personnelles

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