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Des scientifiques déposent une carcasse de vache au fond de la mer de Chine méridionale : l’animal de 7 mètres filmé pour la première fois dans la zone

Au large de la Chine, une expérience insolite avec une carcasse de vache a permis de révéler un géant méconnu des abysses, filmé pour la première fois dans cette région.

En déposant un cadavre de vache à plus de 1 600 mètres de profondeur dans la mer de Chine méridionale, une équipe de chercheurs chinois a obtenu des images inédites d’un prédateur géant des grands fonds. Cette étude, rapportée par le média scientifique international Ocean-Land-Atmosphere Research, apporte des indices précieux sur la présence et le comportement du requin dormeur du Pacifique dans une zone où il n’avait encore jamais été observé.

Une vache coulée à 1 629 mètres pour attirer les grands prédateurs

Pour étudier la façon dont les grands animaux se nourrissent dans les profondeurs marines, les scientifiques ont choisi une méthode radicale : utiliser une carcasse de vache comme appât. L’expérience a été menée au sud-est de l’île de Hainan, en Chine, dans une zone profonde de 1 629 mètres.

  • Lieu : mer de Chine méridionale, au large de l’île de Hainan (Chine)
  • Profondeur : 1 629 mètres
  • Appât : carcasse complète de vache
  • Objectif : observer comment les grands animaux des abysses se nourrissent

Les chercheurs ont fixé une caméra près du cadavre et l’ont laissée enregistrer. Leur but initial : mieux comprendre quelles espèces interviennent dans le recyclage des grandes carcasses tombées au fond de l’océan, un phénomène clé dans les écosystèmes profonds.

En scrutant la vidéo, l’équipe a vu apparaître plusieurs requins dormeurs du Pacifique, une espèce de près de 7 mètres de long rarement observée et jamais filmée jusqu’ici dans cette région du globe.

La séquence, diffusée en juin 2025, montre clairement ces géants lents s’approcher, tourner autour de la vache, puis s’attaquer à la carcasse.

Un requin des eaux froides qui surprend en mer de Chine méridionale

Le requin dormeur du Pacifique est un grand prédateur des profondeurs habituellement associé aux eaux froides du nord de l’océan Pacifique. Il est notamment connu dans la mer de Béring, le golfe d’Alaska ou au large de la Basse-Californie.

Le fait de le retrouver dans la mer de Chine méridionale étonne les chercheurs. La présence confirmée de l’espèce si loin au sud élargit sensiblement son aire de répartition connue. Pour les spécialistes, ce déplacement géographique documenté par l’étude publiée dans la revue Ocean-Land-Atmosphere Research change la carte de ce requin discret.

Les requins filmés se nourrissent lentement, mais avec une force impressionnante. Certains individus dépassant 2,7 mètres arrachent de grands morceaux de chair, tandis que des spécimens plus petits évoluent en périphérie du repas.

Un comportement de « file d’attente » inattendu

Les images ont révélé un comportement social inattendu pour des requins adaptés aux grandes profondeurs. Les animaux ne se ruent pas de façon désordonnée sur la carcasse. Les chercheurs observent une forme d’organisation : ceux qui arrivent par l’arrière semblent obtenir la priorité sur ceux déjà en train de manger.

« Ce comportement suggère que la priorité alimentaire est déterminée par l’intensité de la compétition individuelle, même en milieu profond, ce qui reflète une stratégie de survie adaptée à une quête de nourriture non solitaire chez le requin dormeur du Pacifique », explique Han Tian, chercheur à l’université Sun Yat-sen, cité par Ocean-Land-Atmosphere Research.

Cette scène nuance l’image de requins strictement solitaires. Elle suggère que, lorsqu’une grande source de nourriture se présente, ces prédateurs adoptent des codes tacites de partage fondés sur la force, la taille ou l’insistance de chaque individu.

Des indices sur la richesse encore méconnue des abysses chinois

Au-delà du comportement, l’expérience donne un aperçu indirect de la productivité des profondeurs de la mer de Chine méridionale. Voir plusieurs grands requins se rassembler rapidement autour d’une carcasse indiquerait l’existence d’une faune déjà bien installée et d’une disponibilité non négligeable de nourriture dans cette zone.

Pour Han Tian, « l’agressivité marquée des requins observés en mer de Chine méridionale suggère que cette région abrite encore d’abondantes ressources alimentaires en profondeur. Mais de quoi s’agit-il exactement ? Cette question intrigue autant pour l’étude de la répartition des animaux que pour la compréhension de leur comportement ».

Les scientifiques s’interrogent sur l’origine de ces ressources : chutes régulières de carcasses venues de la surface, abondance de poissons et de céphalopodes dans les couches profondes, ou circulation de masses d’eau riches en nutriments. Les réponses restent à établir, mais cette expérience montre à quel point ces écosystèmes demeurent largement inexplorés.

Des yeux sans membrane, protégés par un mouvement inhabituel

L’étude dévoile aussi un détail anatomique et comportemental intrigant. Alors que beaucoup de prédateurs marins disposent d’une membrane protectrice pour leurs yeux, le requin dormeur du Pacifique n’en a pas. Les chercheurs remarquent pourtant un mouvement caractéristique : au moment de se nourrir, l’animal rétracte ses yeux.

Les auteurs de l’article estiment que ce geste rapide jouerait le rôle de protection de fortune. Lorsqu’un requin mord dans une carcasse, il s’expose à des coups, des arrachements d’os, des chocs avec d’autres individus. Rétracter les yeux limiterait le risque de blessure dans cette zone particulièrement vulnérable.

Caractéristique Observation chez le requin dormeur du Pacifique
Membrane protectrice de l’œil Absente
Stratégie de protection Rétraction rapide de l’œil lors de l’alimentation
Habitat typique Grands fonds, eaux froides du Pacifique Nord
Nouveau secteur documenté Mer de Chine méridionale

Une assemblée 100 % femelle qui interroge les chercheurs

En analysant les images image par image, l’équipe a remarqué un autre point commun entre les requins observés : tous étaient des femelles. Aucun mâle n’a été identifié dans la séquence tournée au sud-est de Hainan.

Les auteurs du travail rappellent que ce biais en faveur des femelles a déjà été relevé pour d’autres espèces de requins des grands fonds dans la région, comme le mégamouth. Ils avancent l’hypothèse que cette zone pourrait servir de « nurserie » pour plusieurs espèces de grands requins.

Une nurserie de requins est une zone où les femelles se rassemblent pour se reproduire, mettre bas ou élever leurs jeunes, généralement dans des conditions jugées plus favorables à la survie des juvéniles.

Si cette hypothèse se confirme, la mer de Chine méridionale jouerait un rôle central pour le renouvellement de plusieurs grandes espèces, avec des enjeux importants en matière de protection de ces milieux face à la pêche profonde, aux forages et au trafic maritime.

Ce que cette étude révèle sur la recherche en milieu profond

Le protocole mis en œuvre par l’université Sun Yat-sen et le Southern Marine Science and Engineering Guangdong Laboratory illustre une tendance croissante en océanographie : attirer la faune plutôt que tenter de la surprendre. L’usage de carcasses déposées au fond permet d’observer en peu de temps des espèces rares ou extrêmement dispersées.

Les chercheurs combinent ce type de « pièges vidéo » avec des enregistreurs de données et des capteurs environnementaux. Cela leur offre un instantané de la vie des abysses : espèces présentes, manière de se nourrir, interactions entre individus, et parfois comportements encore jamais décrits.

Les grands requins des profondeurs et la France : quelles pistes de comparaison ?

Les faits relatés concernent la mer de Chine méridionale et une espèce spécifique au Pacifique, mais la question des grands requins de profondeur se pose aussi ailleurs, y compris près des eaux françaises. Dans l’Atlantique Nord-Est, notamment au large de la Bretagne ou dans le golfe de Gascogne, des espèces comme le requin du Groenland, d’autres requins dormeurs et divers squales des grandes profondeurs ont déjà été signalés par les scientifiques.

En France, ce type de recherche relève principalement d’organismes publics comme l’Ifremer, l’équivalent français des grands laboratoires océanographiques étrangers. Ces institutions utilisent des robots sous-marins, des caméras tractées ou posées sur le fond, et des balises fixées sur les animaux pour étudier la vie profonde sans recourir systématiquement à des appâts animaux de grande taille.

  • Suivi des requins via balises pour étudier leurs migrations.
  • Usage de robots et de véhicules téléguidés pour filmer les fonds.
  • Programmes de surveillance des captures accidentelles par les pêcheurs.

Les défis restent comparables à ceux rencontrés en mer de Chine méridionale : faible lumière, pression extrême, rareté des observations directes. Les scientifiques français s’intéressent particulièrement au rôle de ces grands prédateurs dans l’équilibre des écosystèmes profonds et à l’impact de la pêche et des activités industrielles sur leurs populations.

Pourquoi ces recherches sur les carcasses comptent pour l’avenir des océans

L’étude publiée par Ocean-Land-Atmosphere Research montre qu’un simple dispositif – une vache coulée avec une caméra – peut révéler une part importante de la biodiversité cachée. Dans les abysses, les grandes carcasses animales représentent des « banquets » rares, mais décisifs pour de nombreuses espèces. Comprendre qui y participe, comment et avec quelle hiérarchie aide à reconstituer les chaînes alimentaires profondes.

Pour un lecteur français, ce type de travail fournit aussi un repère sur la fragilité de ces milieux. La même logique s’applique au large de l’Hexagone : grands requins, poissons profonds et invertébrés se partagent les ressources qui tombent des couches supérieures. Toute modification dans ces flux – pollution, surpêche, changement climatique – peut modifier en profondeur cette organisation.

Enfin, cette expérience en mer de Chine méridionale illustre la façon dont les scientifiques étendent progressivement les cartes de répartition des espèces. Un requin supposé cantonné au Pacifique Nord se révèle présent beaucoup plus au sud. Ce genre de découverte rappelle que les grands fonds restent l’un des milieux les moins connus de la planète, où une simple carcasse de vache suffit encore à révéler un animal de 7 mètres filmé pour la première fois dans la zone.

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