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Une plante qui vit sous terre et se nourrit de champignons : les chercheurs découvrent une espèce jamais décrite

Dans un parc national de Thaïlande, des botanistes viennent d’identifier une minuscule fleur souterraine au mode de vie aussi discret qu’inquiétant.

Repérée dans une forêt de montagne en Thaïlande, cette plante baptisée Thismia daemona intrigue la communauté scientifique par son allure sombre, son existence presque entièrement cachée sous les feuilles mortes et sa dépendance totale à des champignons souterrains, rapporte le média scientifique anglophone qui détaille l’étude publiée dans la revue PhytoKeys.

Une « fleur du diable » qui vit presque entièrement sous terre

La nouvelle espèce a été trouvée dans le parc national de Thong Pha Phum, dans l’ouest de la Thaïlande, lors d’une mission botanique menée en 2025 par des chercheurs de l’université Chulalongkorn et de la Prince of Songkla University. Il s’agit d’une plante à fleurs, mais qui ne ressemble en rien aux images classiques d’un végétal de sous-bois.

La plante appartient au genre Thismia, parfois surnommé « lanternes féeriques » en raison de la forme singulière de ses fleurs. Ce groupe se caractérise par un point clé : ces espèces ne possèdent pas de chlorophylle. Elles ne peuvent donc pas réaliser la photosynthèse comme la majorité des plantes terrestres.

Thismia daemona vit cachée dans la litière de feuilles, sans chlorophylle, et tire sa nourriture de champignons enfouis dans le sol.

Au lieu de produire leur énergie grâce à la lumière, ces plantes adoptent un mode de vie souterrain : elles s’associent à des champignons présents dans le sol et détournent, via ces partenaires, les nutriments fournis par l’écosystème forestier. On parle de plante mycohétérotrophe, un terme qui désigne les végétaux qui se nourrissent indirectement grâce aux champignons plutôt qu’à la lumière.

Selon l’étude citée par le média anglophone, Thismia daemona passe presque toute son existence enfouie dans la litière de feuilles mortes. Elle n’émerge au-dessus de la surface du sol que durant une courte période, au moment de la floraison et de la fructification. Ce comportement rend son observation extrêmement rare, ce qui explique pourquoi elle n’avait jamais été décrite auparavant.

Une découverte à près de 1 000 mètres d’altitude

La petite population de Thismia daemona a été trouvée à presque 1 000 mètres d’altitude, dans une forêt de montagne. Pour ce genre de plantes, ce cadre est plutôt inhabituel. Les espèces de Thismia se rencontrent le plus souvent dans des forêts tropicales de basse altitude, chaudes et très humides.

Dans ce cas, la fleur vit dans un environnement plus frais et plus sec, ce qui élargit l’éventail connu des habitats de ce groupe végétal. Cette localisation apporte une information importante pour les botanistes : la section taxonomique à laquelle appartient Thismia daemona, nommée Geomitra, n’avait jusqu’ici été signalée qu’en Malaisie péninsulaire, à Bornéo et à Sumatra. La présence de cette section en Thaïlande repousse donc sa zone de répartition vers le nord.

La découverte en Thaïlande étend la répartition connue de la section Geomitra, auparavant limitée à la Malaisie péninsulaire, Bornéo et Sumatra.

Les chercheurs n’ont identifié qu’une seule population, sur une surface plus petite qu’un terrain de football, et comptant moins de 50 individus. Cette rareté, combinée à un habitat fréquenté par de nombreux visiteurs, a conduit l’équipe scientifique à proposer pour l’instant un classement de l’espèce en danger critique d’extinction.

Un aspect sombre et « diabolique » qui a inspiré son nom

Le surnom de « fleur du diable » vient directement de son apparence. La fleur de Thismia daemona se présente comme une petite structure majoritairement noire, avec des touches orangées à la base. Des excroissances évoquant de petites cornes accentuent son allure étrange.

Pour les botanistes, ce physique singulier, combiné à un mode de vie caché sous la litière et à sa rareté, justifie pleinement la référence au diable dans son nom scientifique.

« Associée à son mode de vie caché, souterrain et mystérieux sur le sol forestier, notre équipe a unanimement convenu que la nommer Thismia daemona rendait parfaitement son essence énigmatique et diabolique », explique Sahut Chantanaorrapint, de la Prince of Songkla University.

Cette esthétique déroutante s’ajoute à une longue liste de plantes aux allures jugées « monstrueuses » ou « extraterrestres » par le grand public. Les chercheurs y voient, eux, autant d’adaptations fines à des milieux très spécifiques.

Une espèce déjà menacée dans un parc très touristique

Les botanistes n’ont observé qu’un seul groupe de Thismia daemona, avec moins de 50 individus sur une petite zone du parc national. Dans l’étude relayée par le média anglophone, ils estiment que la situation justifie une alerte immédiate.

La plante se trouve dans un parc particulièrement fréquenté par les touristes. La présence de sentiers, de zones de pique-nique ou de passages répétés peut provoquer un piétinement ou des modifications du sol et de la litière de feuilles. Or, pour une espèce souterraine qui dépend de champignons précis, le moindre changement dans le micro-habitat peut se révéler fatal.

  • Une seule population connue à ce jour
  • Moins de 50 individus recensés
  • Surface occupée plus petite qu’un terrain de football
  • Habitat situé dans un parc national très visité

Face à ces éléments, l’équipe thaïlandaise a proposé de classer provisoirement Thismia daemona parmi les espèces « en danger critique d’extinction ». Ce statut correspond à la catégorie la plus sévère dans les listes rouges de conservation.

Un genre fascinant : ces plantes qui vivent grâce aux champignons

Le cas de Thismia daemona ne représente qu’un exemple au sein d’un ensemble déjà très particulier. Les scientifiques connaissent aujourd’hui autour de 120 espèces différentes de Thismia, principalement en Asie, en Australie et en Asie du Sud-Est.

Toutes partagent ce trait surprenant : l’absence de chlorophylle. Elles vivent cachées dans le sol ou dans l’épaisse couche de feuilles mortes des forêts, et dépendent des réseaux de champignons pour récupérer les nutriments. Ce mode de vie, très spécialisé, les rend aussi vulnérables à la destruction des habitats forestiers.

Caractéristique Thismia daemona
Présence de chlorophylle Non
Source de nutriments Champignons souterrains
Habitat connu Forêt de montagne en Thaïlande, vers 1 000 m
Population observée Moins de 50 individus
Statut proposé En danger critique d’extinction

Les chercheurs avertissent que nombre d’espèces de Thismia figurent déjà parmi les plantes les plus menacées de leur région. Leur petite taille, leur apparition très brève à la surface et leur dépendance à un habitat intact compliquent fortement leur suivi.

Existe-t-il un équivalent en France ?

En France métropolitaine, on ne trouve pas d’espèces de Thismia. Le climat tempéré et l’histoire végétale du territoire ne favorisent pas ce groupe propre aux forêts tropicales et subtropicales d’Asie et d’Océanie. En revanche, l’idée d’une plante qui vit sans lumière n’est pas inconnue aux botanistes français.

Certains végétaux de nos forêts adoptent un mode de vie partiellement ou totalement mycohétérotrophe, c’est-à-dire qu’ils tirent une partie de leur alimentation de champignons associés aux racines d’arbres. Contrairement à Thismia daemona, plusieurs conservent toutefois de la chlorophylle et peuvent encore, au moins en partie, utiliser la lumière.

Les principes en jeu restent comparables : la plante dépend à la fois du champignon et de l’écosystème forestier. La disparition des vieux bois, le tassement des sols ou la perturbation de la litière peuvent rompre ces chaînes discrètes. Les scientifiques français qui travaillent sur les forêts anciennes et la mycorhization des arbres suivent donc avec intérêt ce type de découverte en Thaïlande, qui illustre à l’extrême la spécialisation de certaines flores.

Ce que révèle cette plante sur la fragilité des forêts

Le cas de Thismia daemona met en lumière un point rarement visible pour le grand public : une partie de la biodiversité se cache dans les couches profondes des forêts, à l’interface entre la litière de feuilles, le sol et les réseaux de champignons.

La plante dépend de plusieurs éléments imbriqués :

  • Un sol intact, non compacté, riche en matière organique.
  • Un réseau de champignons bien installé, lui-même lié aux arbres environnants.
  • Un microclimat forestier stable, à l’abri des perturbations répétées.
  • Un simple changement de sentier, l’élargissement d’un accès touristique ou le nettoyage trop énergique des sous-bois peuvent donc suffire à mettre en péril ces micro-populations invisibles. À travers cette fleur noire à cornes, les scientifiques thaïlandais rappellent ainsi que la conservation de la biodiversité ne concerne pas seulement les espèces emblématiques, mais aussi ces organismes minuscules, enfouis, dont l’existence n’est révélée qu’au prix de longues années d’observation.

    Pour un lecteur français, cette découverte venue de Thaïlande illustre la manière dont la science continue de recenser des espèces jusque-là inconnues, parfois sur des sites très fréquentés. Elle souligne aussi l’intérêt de maintenir, dans les parcs nationaux comme dans les forêts domaniales, des zones où le sol, la litière de feuilles et les réseaux de champignons restent le moins perturbés possible, afin de préserver la vie cachée qui s’y trouve.

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