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Les graines de cet « arbre miracle » éliminent 98,5 % des microplastiques de l’eau du robinet : aussi efficaces que le traitement chimique actuel

Au Brésil, des chercheurs testent les graines du moringa, un « arbre miracle » tropical, pour purifier l’eau chargée en microplastiques.

Un travail mené à l’université de l’État de São Paulo, au Brésil, et rapporté par le média anglo-saxon Good News Network, montre que les graines du moringa, un arbre déjà connu pour ses usages alimentaires et médicinaux, pourraient offrir une alternative naturelle aux traitements chimiques classiques pour retirer les microplastiques de l’eau potable.

Un « arbre miracle » face à la pollution plastique

Le moringa, ou Moringa oleifera, porte depuis longtemps le surnom d’« arbre miracle » dans de nombreuses régions tropicales. Ses feuilles très nutritives, ses propriétés médicinales et son usage en agroforesterie lui ont donné une réputation à part. L’équipe du Dr Adriano Gonçalves dos Reis, professeur à l’Institut des sciences et technologies de l’université de l’État de São Paulo, lui a trouvé une nouvelle utilité : piéger les microplastiques dans l’eau.

Les chercheurs se sont intéressés à un type de microplastique particulièrement problématique : le PVC, utilisé dans de nombreux produits industriels et difficiles à éliminer une fois fragmenté. Ils ont reproduit le fonctionnement d’une station de potabilisation pour voir si des graines de moringa pouvaient rivaliser avec un coagulant chimique de référence.

Dans un dispositif imitant une usine de traitement de l’eau, des graines de moringa ont éliminé 98,5 % des microplastiques de PVC.

Ce résultat place les graines de moringa au niveau du standard actuel utilisé dans de nombreuses installations : le sulfate d’aluminium, appelé alum.

Une méthode qui imite une usine de traitement de l’eau

Pour tester ce procédé, l’équipe brésilienne a d’abord réduit des objets en PVC en particules de taille microscopique, environ un quart de l’épaisseur d’un cheveu humain. Ces fragments ont ensuite été mélangés à de l’eau, comme s’il s’agissait d’une ressource brute prélevée dans l’environnement.

Les scientifiques ont ensuite soumis cette eau à une chaîne de traitement classique, appelée « coagulation–floculation–filtration », très proche de celle utilisée dans les usines de production d’eau potable modernes :

  • Coagulation : ajout d’une substance qui neutralise les charges électriques des particules.
  • Floculation : formation de « flocs », des agglomérats plus lourds qui se regroupent.
  • Filtration : passage de l’eau à travers un filtre qui retient ces flocs.

Dans l’expérience, les extraits de graines de moringa jouaient précisément le rôle de coagulant. En se liant aux fragments de plastique, ils favorisaient la formation de flocs et leur capture dans le filtre. Le taux de 98,5 % de microplastiques retirés place cette solution naturelle dans la même gamme d’efficacité que le sulfate d’aluminium.

Le moringa offre un pouvoir coagulant comparable à celui de l’alum, sans recourir à un métal lourd toxique.

Une efficacité renforcée en eau alcaline

Un point relevé par l’équipe du Dr Gonçalves dos Reis retient l’attention : les graines de moringa se montrent encore plus performantes que l’alum lorsque l’eau est plus alcaline, c’est-à-dire avec un pH plus élevé. Or, la qualité de l’eau brute varie fortement selon les régions, et certaines nappes ou rivières affichent justement une alcalinité marquée.

Autre donnée utile avancée par les chercheurs : une seule graine de moringa permettrait de traiter environ 10 litres d’eau. Pour un village, un hameau ou un quartier rural, l’échelle paraît réaliste, à condition de disposer de suffisamment d’arbres.

Microplastiques : un risque diffus, partout sur la planète

Les microplastiques représentent aujourd’hui un défi global. Les chercheurs les définissent comme des fragments dont la taille va de morceaux visibles à des particules jusqu’à 25 000 fois plus fines qu’un cheveu humain. Ces particules ont été détectées pratiquement partout : dans l’atmosphère, dans la haute troposphère, dans les sédiments des océans profonds et désormais dans les tissus humains.

Good News Network rappelle que des microplastiques ont été retrouvés dans tous les organes étudiés, du cerveau au placenta. Par l’eau du robinet, l’eau en bouteille et l’air des villes, une personne pourrait en ingérer l’équivalent de plusieurs cartes bancaires par an.

Les plastiques comptent parmi les perturbateurs endocriniens, des composés qui dérèglent les signaux hormonaux de l’organisme.

Les chercheurs soulignent que la charge réelle de ces polluants sur la mortalité humaine reste mal quantifiée. En revanche, leur capacité à agir comme perturbateurs endocriniens est bien documentée : certains additifs et molécules présents dans les plastiques peuvent imiter ou bloquer des hormones, ce qui inquiète particulièrement pour les femmes enceintes, les enfants et les adolescents.

Moringa contre alum : une alternative pour les petites communautés

Le sulfate d’aluminium reste aujourd’hui un pilier des technologies de potabilisation. Il permet de clarifier l’eau, de retirer une grande partie des particules en suspension, dont certains microplastiques. Mais ce métal, comme l’arsenic ou le plomb, est associé à des effets neurotoxiques et génère des boues chargées en aluminium qui doivent être gérées avec soin.

Le procédé à base de moringa présente plusieurs caractéristiques mises en avant par l’équipe brésilienne :

  • Coagulant d’origine végétale : issu d’un arbre déjà cultivé pour l’alimentation et la médecine.
  • Moins de dépendance à l’industrie minière : pas d’extraction d’aluminium ni de transformation lourde.
  • Potentiel d’autonomie locale : les communautés rurales peuvent produire elles-mêmes une partie du coagulant.

Le procédé n’est pas sans limite. Pour une grande ville, les volumes seraient considérables : il faudrait une quantité importante de graines pour suivre le débit d’une usine de traitement d’eau. Par ailleurs, le système génère un volume de déchets organiques conséquent, qu’il faut ensuite valoriser ou gérer.

Les chercheurs estiment que la méthode au moringa vise d’abord les petites collectivités, isolées ou mal desservies en produits chimiques industriels.

À l’inverse, le traitement à l’alum produit un « sludge » toxique, des boues contenant de l’aluminium qui nécessitent un stockage ou un traitement spécialisé, avec un impact environnemental non négligeable.

Un atout pour les zones rurales des tropiques

Le moringa est déjà très présent sous les climats tropicaux et subtropicaux. Il est cultivé pour ses feuilles comestibles, ses gousses utilisées en cuisine, ses usages médicinaux traditionnels et même comme ressource pour la production de miel, les fleurs nourrissant les abeilles.

Dans ce contexte, le Dr Gonçalves dos Reis met en avant un scénario précis : dans des villages ou petites villes tropicaux, où le sulfate d’aluminium reste coûteux ou difficile d’accès, les habitants pourraient valoriser les graines de moringa issues de cultures déjà existantes pour améliorer la qualité de leur eau.

Les communautés qui récoltent déjà les gousses pour se nourrir ou pour vendre les graines pourraient donc ajouter une corde à leur arc : transformer une partie de ces graines en coagulant naturel, utilisable dans des systèmes de filtration simples.

Que signifie « coagulant » dans une station d’eau potable ?

Dans le traitement de l’eau, un coagulant est une substance qui aide les particules en suspension à se rassembler. De nombreuses impuretés, dont une partie des microplastiques, sont si petites qu’elles restent en suspension dans l’eau et traversent difficilement un filtre sans étape préalable.

Le coagulant modifie les charges électriques à la surface de ces particules. Elles s’attirent alors les unes les autres et forment des amas plus lourds : les flocs. Ces flocs coulent partiellement ou se font piéger par les filtres à sable ou à membrane. C’est à ce moment-là que l’eau devient beaucoup plus claire.

Aspect Alum (sulfate d’aluminium) Graines de moringa
Origine Métal lourd issu de l’industrie minière Coagulant végétal extrait de graines
Efficacité sur microplastiques de PVC Très élevée Environ 98,5 %, comparable à l’alum
Résidus générés Boues toxiques contenant de l’aluminium Déchets organiques à gérer localement
Contexte d’utilisation idéal Grandes usines et réseaux urbains Petites communautés, régions tropicales

Où en est la France sur la question des microplastiques ?

En France, les eaux destinées à la consommation humaine passent par des procédés très encadrés, inspirés des mêmes principes de coagulation–floculation–filtration que ceux testés par l’équipe brésilienne. Les opérateurs d’eau potable utilisent généralement des coagulants minéraux, comme des sels d’aluminium ou de fer, ou parfois des solutions plus avancées selon les besoins locaux.

Les autorités sanitaires et les agences de l’eau surveillent de plus en plus la présence de microplastiques, même si la réglementation se concentre encore surtout sur les paramètres microbiologiques et chimiques classiques. La question des alternatives naturelles comme le moringa ne fait pas partie des pratiques courantes en France, notamment parce que l’arbre ne pousse pas naturellement sous nos latitudes et que les systèmes déjà en place affichent des performances élevées sur de nombreux polluants.

Pour un lecteur français, cette recherche brésilienne illustre surtout une tendance : l’exploration de solutions de traitement de l’eau plus sobres en produits chimiques, adaptées aux pays tropicaux ou aux contextes où les infrastructures lourdes restent limitées. Elle rappelle aussi que la réduction des microplastiques passe autant par la limitation à la source (moins de plastiques, meilleure gestion des déchets) que par des innovations dans la filière eau potable.

Une piste prometteuse, mais encore expérimentale

Les travaux cités par Good News Network restent menés en conditions contrôlées, sur des dispositifs imitant les installations réelles. Avant une adoption à grande échelle, plusieurs questions doivent encore trouver des réponses : stabilité du coagulant issu des graines, dose optimale, gestion des déchets organiques produits, ou encore risques microbiologiques éventuels si la matière végétale se dégrade.

Les chercheurs envisagent toutefois des applications concrètes dans des zones où la qualité de l’eau pose problème, notamment dans les régions rurales tropicales qui disposent déjà de moringa. Des systèmes de petite taille, inspirés des circuits de traitement municipaux, pourraient y être reproduits avec des moyens limités.

Pour les habitants concernés, l’avantage serait concret : une technologie plus accessible, reposant sur une ressource locale renouvelable, tout en réduisant l’exposition à une partie des microplastiques présents dans l’eau de boisson.

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