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Une autoroute abandonnée en plein cœur de l’Allemagne : plus personne n’y roule et la nature reprend le bitume

En Rhénanie-du-Nord-Westphalie, une portion d’autoroute achevée a été désertée par les voitures, laissant peu à peu la végétation s’emparer du bitume.

En Allemagne, un tronçon entier de l’A4, pourtant construit et longtemps emprunté, n’accueille plus aucun véhicule depuis plusieurs années. Reporté par le site technologique allemand Chip, ce cas singulier d’« autoroute fantôme » illustre les conséquences très concrètes de l’extension d’une gigantesque mine de charbon à ciel ouvert et les tentatives de reconversion de ces infrastructures.

Une portion de l’A4 déviée à cause d’une mine de charbon

L’autoroute A4 fait partie des axes majeurs du réseau allemand. Elle traverse le pays d’ouest en est et relie notamment Cologne à Aix-la-Chapelle (Aachen). Entre ces deux villes, un segment précis ne voit plus passer aucune voiture depuis 2014.

Selon Chip, la cause remonte au vaste projet d’extension du bassin minier de Hambach, l’une des plus grandes mines de charbon à ciel ouvert d’Europe. Pour permettre l’agrandissement de cette exploitation, l’ancienne emprise de l’A4, au niveau de la ville de Kerpen et de son quartier Buir, a dû être déplacée.

La déviation de l’autoroute n’est pas née du jour au lendemain. L’idée figurait déjà dans les plans d’aménagement des années 1990. L’objectif : libérer de l’espace pour la progression du « Tagebau Hambach », cette extraction minière à ciel ouvert qui grignote depuis des décennies le paysage du bassin rhénan.

En 2014, la portion historique de l’A4 entre Cologne et Aix-la-Chapelle a été mise hors service et remplacée par un nouveau tronçon de 17,6 kilomètres, construit 1,7 kilomètre plus au sud.

Les automobilistes qui empruntaient jadis cette section ne passent donc plus au même endroit. La chaussée, les glissières et les ponts sont toujours là sur l’ancien tracé, mais ils ne servent plus à la circulation.

Buir rayée de la carte autoroutière, Merzenich et Elsdorf prennent le relais

La fermeture du tronçon a eu une conséquence directe sur l’accessibilité locale. L’échangeur de Buir, qui permettait de rejoindre l’A4, a été purement et simplement supprimé. Pour les habitants, cela signifie un changement d’habitudes et de temps de trajet.

Désormais, les conducteurs doivent se rabattre sur deux autres sorties : Merzenich et Elsdorf, les nouveaux points d’accès à l’autoroute dans ce secteur. La carte routière a ainsi été redessinée autour de la mine, avec une autoroute déplacée et des villages dont la connexion au réseau a été revue.

Sur place, l’ancienne infrastructure ne remplit plus son rôle initial. La chaussée se fissure, l’herbe perce l’asphalte, les glissières se couvrent de rouille. Certaines portions sont strictement interdites au public, d’autres servent à des usages très ciblés.

Une « autoroute solaire » installée sur 620 mètres d’asphalte

Une partie de cette autoroute abandonnée n’est pourtant pas restée totalement inutile. À l’ouest du tronçon désaffecté, près de la commune de Niederzier, une centrale photovoltaïque a été installée en 2017.

Le site, surnommé « autoroute solaire », repose directement sur l’ancien bitume. D’après les données relayées par Chip, l’installation affiche :

  • une puissance d’environ 750 kilowatts ;
  • 2 820 panneaux solaires ;
  • une longueur d’environ 620 mètres de chaussée recouverte de modules.

Cette reconversion montre comment une infrastructure routière peut trouver une seconde vie énergétique après la fin de son usage pour la circulation.

Sur l’ancien ruban de bitume, les voitures ont disparu, remplacées par des milliers de panneaux solaires alignés au milieu d’un paysage minier en mutation.

Ce type de projet évite de consommer de nouvelles terres agricoles ou forestières pour implanter une centrale photovoltaïque. L’emprise existante, déjà artificialisée, sert de support au développement des énergies renouvelables.

Des ponts fantômes et un paysage marqué par l’exploitation minière

La trace de l’ancienne A4 reste visible : chaussées, ponts, panneaux parfois encore en place. Le média local en ligne 24 Rhein, cité par Chip, évoque même une « Geisterbrücke », un pont fantôme, jamais emprunté par une seule voiture. Construit en prévision de l’autoroute, il a été achevé mais n’a finalement jamais servi au trafic.

Autour de l’ancienne autoroute, l’extension du Tagebau Hambach a transformé en profondeur les villages voisins. Plusieurs localités ont été directement concernées par les expropriations et les déplacements de population.

Le quartier de Manheim, rattaché à la ville de Kerpen, est souvent présenté comme un village fantôme : des maisons existent encore, mais la plupart des habitants sont partis, relogés ailleurs en prévision de l’avancée de la mine.

La topographie de la région témoigne de décennies d’exploitation : gigantesques fosses, engins de chantier, zones interdites, routes déplacées. L’ancienne A4, figée et rongée par la végétation, s’inscrit dans ce décor d’entre-deux, entre un passé industriel et une reconversion encore en construction.

Après le charbon, un immense lac artificiel en projet

La fin programmée de la production de charbon dans la mine de Hambach ouvre un nouveau chapitre. Les autorités et l’exploitant travaillent sur l’aménagement de ce qu’on appelle les « paysages post-miniers ».

Pour le Tagebau Hambach, le scénario retenu repose sur la création d’un vaste lac de retenue. Les différentes fosses à ciel ouvert de la région doivent être progressivement mises en eau.

Si tous les bassins miniers interconnectés de la zone sont remplis, l’ensemble formerait le deuxième plus grand lac d’Allemagne après le lac de Constance, avancent les autorités régionales.

Ce futur plan d’eau doit permettre de stabiliser les terrains, de limiter la poussière et, à terme, d’offrir de nouveaux usages : loisirs, protection de la biodiversité, voire certaines activités économiques adaptées.

D’autres pistes sont évoquées pour les anciennes zones minières, comme des parcs paysagers, des espaces de reforestation ou des installations de production d’énergie renouvelable, à l’image de l’autoroute solaire de Niederzier.

Que devient une autoroute désaffectée ?

Une infrastructure autoroutière abandonnée représente un enjeu complexe. La démolir coûte cher et demande du temps. La laisser en l’état implique un entretien minimal pour des raisons de sécurité, même si la circulation est interdite.

Plusieurs options sont généralement étudiées :

  • réutilisation énergétique, comme à Niederzier, avec des panneaux photovoltaïques ou, ailleurs, des éoliennes implantées à proximité ;
  • reconversion en voie verte, piste cyclable ou itinéraire de randonnée, si le contexte local s’y prête ;
  • retour progressif à la nature, avec un démantèlement partiel et une renaturation encadrée.
  • En Allemagne, l’exemple de l’ancienne A4 met en lumière un modèle hybride : une partie exploitée pour produire de l’électricité solaire, d’autres segments laissés à l’abandon ou maintenus pour des usages techniques ponctuels.

    La situation en France : peu d’autoroutes abandonnées, mais des reconversions ciblées

    En France, les cas d’autoroutes totalement fermées et laissées à l’abandon restent très rares. Le réseau est plus dense, et chaque tronçon a un rôle bien identifié pour le trafic national ou régional.

    Lorsqu’un tracé évolue, l’ancien itinéraire est en général rétrogradé au rang de route nationale ou départementale, sous la responsabilité de l’État ou des départements. Il continue alors de servir, avec une fonction moindre.

    En revanche, des reconversions de grandes infrastructures désaffectées existent :

    • anciennes voies ferrées transformées en « voies vertes » réservées aux piétons, cyclistes et cavaliers ;
    • friches industrielles devenues parcs urbains ou zones d’activités ;
    • certains anciens terrains routiers ou ferroviaires utilisés pour installer des centrales photovoltaïques.

    En France, tout projet de fermeture ou de reconversion d’une grande infrastructure passe par des procédures d’enquête publique, avec consultation des riverains. L’équivalent de l’Office fédéral allemand des routes est assuré par la direction générale des infrastructures, des transports et des mobilités, sous la tutelle du ministère chargé des Transports.

    La reconversion énergétique des friches gagne du terrain. Les collectivités cherchent des terrains déjà artificialisés pour installer des panneaux solaires sans consommer de nouvelles terres agricoles, à l’image de ce qui se fait sur l’ancienne A4 allemande.

    Un symbole de transition énergétique et de changement de modèle

    L’histoire de cette autoroute abandonnée au cœur de l’Allemagne résume plusieurs tendances lourdes : recul progressif du charbon, essor des énergies renouvelables, transformation de paysages entiers et adaptation des réseaux de transport.

    Pour un lecteur français, cet exemple illustre très concrètement ce que peut signifier une « transition énergétique » sur le terrain : des villages déplacés, des routes déplacées, puis des routes désertées qui deviennent des centrales solaires. Le bitume, autrefois symbole de mobilité et de croissance industrielle, se retrouve ainsi recyclé pour produire de l’électricité, au milieu d’anciens bassins miniers appelés à se transformer en lacs artificiels.

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