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Calvitie : cette pilule augmente la couverture capillaire jusqu’à 86 % en six mois, et ce n’est pas une molécule inédite

Une nouvelle pilule à base de minoxidil, testée aux États-Unis, promet d’augmenter nettement la densité de cheveux chez les hommes.

Une formulation orale à libération prolongée de minoxidil, l’un des traitements les plus anciens contre la chute de cheveux, vient de réussir un essai clinique de phase avancée aux États-Unis. Selon les premiers résultats dévoilés par la société américaine Veradermics, cette pilule baptisée VDPHL01 améliorerait la couverture capillaire chez une large majorité de patients, sans qu’aucun nouveau principe actif ne soit inventé, rapporte le média scientifique américain qui publie ces données préliminaires.

Un ancien médicament réinventé dans une nouvelle pilule

Le minoxidil mène depuis longtemps une double vie médicale. Historiquement, il a d’abord été utilisé par voie orale comme puissant antihypertenseur, réservé aux formes de tension artérielle difficiles à contrôler. Les médecins ont alors remarqué un effet secondaire inattendu : une pousse de cheveux accentuée chez certains patients.

Cette observation a conduit au développement de solutions et mousses de minoxidil appliquées directement sur le cuir chevelu. Ce traitement topique est devenu l’un des standards contre la calvitie dite « androgénétique ». Il reste pourtant contraignant : application quotidienne, risque d’oubli, résultats variables, et bénéfices qui diminuent lorsque le patient arrête le traitement.

Depuis quelques années, certains dermatologues prescrivent aussi du minoxidil oral à faible dose pour la chute de cheveux. Mais cette utilisation reste délicate : la forme classique à libération immédiate provoque des pics de concentration dans le sang, associés à des effets indésirables possibles comme des œdèmes, des vertiges, un rythme cardiaque rapide ou d’autres troubles cardiovasculaires.

VDPHL01 reprend la même molécule, le minoxidil, mais sous forme de comprimé à libération prolongée, pensé dès le départ pour la calvitie et non pour l’hypertension.

Veradermics explique que son comprimé repose sur une matrice gélifiée qui libère le minoxidil de manière plus régulière au fil du temps. L’objectif : maintenir une concentration suffisante pour stimuler la pousse des cheveux, tout en évitant les pics sanguins associés aux effets cardiaques indésirables.

Un essai clinique sur 519 hommes, avec des résultats chiffrés

L’étude principale, baptisée Study 302, a inclus 519 hommes âgés de 18 à 65 ans présentant une calvitie masculine légère à modérée. Tous souffraient de calvitie androgénétique, la forme la plus fréquente de chute de cheveux masculine.

Les participants ont été répartis aléatoirement en trois groupes :

  • VDPHL01, 8,5 mg une fois par jour ;
  • VDPHL01, 8,5 mg deux fois par jour ;
  • placebo (comprimé sans principe actif).

L’essai était randomisé, en double aveugle et contrôlé par placebo, ce qui signifie que ni les patients ni les investigateurs ne savaient qui recevait le vrai traitement ou le placebo.

Jusqu’à quatre fois plus de nouveaux cheveux épais

Après six mois, les chercheurs ont comptabilisé le nombre de « cheveux non duveteux » (non-vellus) par centimètre carré, c’est-à-dire les cheveux plus épais et visibles, ceux qui importent réellement pour l’aspect de la chevelure.

Groupe Gain moyen de cheveux non duveteux par cm² après 6 mois
Placebo + 7,3 cheveux/cm²
VDPHL01 8,5 mg 1 fois/jour + 30,3 cheveux/cm²
VDPHL01 8,5 mg 2 fois/jour + 33,0 cheveux/cm²

Les hommes traités avec la pilule à libération prolongée ont donc gagné environ quatre fois plus de nouveaux cheveux épais que ceux sous placebo. La différence avec le placebo était déjà visible au bout de deux mois, selon Veradermics, premier délai évalué dans cet essai.

Jusqu’à 86 % des patients rapportent une amélioration

Les impressions des patients vont dans le même sens que les mesures objectives. Toujours après six mois :

  • Environ 79 % des hommes prenant VDPHL01 une fois par jour ont déclaré une amélioration de la couverture capillaire.
  • Environ 86 % de ceux prenant VDPHL01 deux fois par jour ont signalé une amélioration.
  • En comparaison, seulement environ 36 % des hommes sous placebo ont perçu un mieux.

Avec un critère plus exigeant, ne comptant que ceux jugeant leurs cheveux « améliorés » ou « beaucoup améliorés », l’écart persiste : près de 63 % des hommes sous VDPHL01 deux fois par jour se classaient dans ces catégories, contre 13,4 % pour le placebo.

Selon Veradermics, aucune complication cardiaque jugée préoccupante et aucun effet indésirable grave lié au traitement n’ont été rapportés sur les six premiers mois, avec un taux d’effets secondaires global comparable au placebo.

Le dermatologue américain Michael Gold, co-investigateur de l’essai, souligne dans ce contexte la spécificité de cette pilule : la dermatologie utilisait jusqu’ici un médicament « emprunté » à la cardiologie, avec des formes galéniques et des doses adaptées de manière empirique. VDPHL01 se présente comme la première formulation orale de minoxidil développée dès l’origine pour la calvitie, avec des données de phase 3 à l’appui.

Calvitie androgénétique : un problème esthétique aux conséquences bien réelles

La calvitie androgénétique, ou alopécie androgénétique, résulte de la combinaison de facteurs génétiques et hormonaux. Chez les personnes prédisposées, les follicules pileux rétrécissent progressivement. Les cheveux deviennent plus fins, plus courts, et finissent par se raréfier, laissant apparaître des zones clairsemées ou dégarnies.

Cette condition ne met pas la vie en danger. Elle peut toutefois peser lourdement sur l’estime de soi, la vie sociale ou professionnelle et la santé mentale. Beaucoup de patients se plaignent de la lenteur des traitements classiques, de leur manque de régularité, ou des contraintes quotidiennes qu’ils imposent.

Une pilule efficace, facile à prendre et mieux tolérée que les solutions improvisées actuelles, représenterait un changement notable dans la prise en charge de la calvitie masculine.

Le minoxidil topique souffre de problèmes d’adhésion au traitement : application parfois jugée fastidieuse, résidus sur les cheveux, contraintes de coiffage. Les tentatives d’utilisation orale, elles, se heurtent aux risques cardiovasculaires potentiels des formes à libération immédiate, même à faible dose.

VDPHL01 vise précisément ce créneau : une prise orale, mais avec un profil pharmacologique plus lissé, pour concilier efficacité sur les cheveux et sécurité cardiovasculaire acceptable.

Prudence scientifique : des résultats annoncés, pas encore publiés

Les données actuellement disponibles proviennent d’un communiqué de la société Veradermics. Il ne s’agit pas encore d’un article scientifique détaillé publié dans une revue à comité de lecture. Les chercheurs indépendants attendront la publication complète.

Plusieurs points devront être scrutés :

  • la tolérance du médicament au-delà de six mois ;
  • les taux d’abandon dans les différents groupes ;
  • le suivi cardiovasculaire détaillé ;
  • la comparaison avec des traitements existants moins coûteux, comme le minoxidil topique ou les faibles doses orales actuelles.

Un deuxième essai masculin, Study 304, est déjà entièrement recruté. Veradermics prévoit des résultats de tête de série à six mois pour la seconde moitié de l’année 2026. Si cette nouvelle étude confirme les données de Study 302, et si les autorités sanitaires américaines jugent que le bénéfice l’emporte sur les risques, VDPHL01 pourrait devenir le premier traitement oral non hormonal contre la calvitie masculine à obtenir une autorisation de mise sur le marché par l’agence fédérale américaine, l’équivalent de l’Agence nationale de sécurité du médicament en France.

Qu’est-ce que cela change pour un patient en France ?

Pour l’instant, VDPHL01 reste un médicament en développement clinique aux États-Unis. Il n’est pas disponible en France et ne peut pas être prescrit. Les hommes français atteints de calvitie androgénétique disposent aujourd’hui essentiellement :

  • du minoxidil topique (solutions et mousses appliquées sur le cuir chevelu) sur ordonnance ou en accès officinal ;
  • de traitements hormonaux spécifiques comme la finastéride, sur prescription, avec discussion des risques et bénéfices ;
  • d’options non médicamenteuses comme les greffes de cheveux, les techniques de microgreffe ou certains procédés de camouflage (dermopigmentation, volumateurs capillaires).

Certains dermatologues en France prescrivent déjà, dans des situations sélectionnées, du minoxidil oral à faible dose en s’appuyant sur les données existantes. Cette pratique reste encadrée, avec une évaluation du terrain cardiovasculaire et une surveillance adaptée. Une tablette à libération prolongée conçue spécifiquement pour limiter les pics de concentration pourrait, si les données le confirment, constituer une nouvelle option dans les années à venir.

Pour un patient français, l’enjeu sera double : la démonstration d’un rapport bénéfice/risque solide dans les publications scientifiques, puis une éventuelle demande d’autorisation de mise sur le marché auprès des autorités européennes et françaises. Ces étapes prennent du temps, souvent plusieurs années après les premiers résultats de phase 3.

Comment agit le minoxidil sur le cheveu ?

Le mécanisme précis d’action du minoxidil sur les follicules pileux n’est pas totalement élucidé. Ce médicament est connu comme un vasodilatateur, c’est-à-dire qu’il élargit les vaisseaux sanguins, d’où son utilisation initiale en cardiologie pour faire baisser la tension artérielle.

Concernant les cheveux, plusieurs hypothèses coexistent :

  • augmentation du flux sanguin au niveau du cuir chevelu, ce qui pourrait mieux nourrir les follicules ;
  • prolongation de la phase de croissance du cheveu (phase anagène), retardant la miniaturisation ;
  • action sur certains canaux ioniques des cellules du follicule pileux, favorisant leur activité.

Dans la pratique, le minoxidil ne fait pas repousser des cheveux sur un cuir chevelu totalement lisse et dépourvu de follicules. Il agit surtout là où des follicules miniaturisés subsistent encore, en épaississant et densifiant la chevelure.

Quels risques et quels bénéfices potentiels à long terme ?

Les six premiers mois de l’essai Study 302 n’ont pas mis en évidence de signal cardiaque notable avec VDPHL01 ni d’effets indésirables graves liés au traitement. Cette absence de signal préoccupant constitue un élément rassurant, mais elle ne suffit pas à elle seule à juger de la sécurité d’un médicament destiné à être pris sur le long terme pour une affection chronique et non vitale.

Les études à venir devront préciser :

  • si les effets indésirables cardiovasculaires restent rares au-delà de six mois ;
  • si des effets secondaires plus discrets (rétention d’eau, hyperpilosité sur d’autres zones, troubles cutanés) apparaissent avec le temps ;
  • si la prise doit être poursuivie indéfiniment pour conserver les gains capillaires, ce qui est souvent le cas avec le minoxidil ;
  • comment la pilule se compare à d’autres options, notamment en termes de coût pour les systèmes de santé.

Pour un patient, l’intérêt principal serait un traitement oral simple, potentiellement plus prévisible et contrôlé que les usages actuels de minoxidil oral à libération immédiate. Le risque théorique reste lié à l’action cardiovasculaire de la molécule, même si la formulation prolongée vise précisément à atténuer ce point.

En attendant des confirmations indépendantes et une éventuelle arrivée sur le marché européen, la meilleure approche pour les personnes concernées en France reste de discuter avec un dermatologue des options déjà validées, de leurs contraintes et des bénéfices attendus, en gardant en tête que les progrès thérapeutiques continuent d’avancer sur ce terrain très scruté qu’est la calvitie androgénétique.

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