RacingZone

Les psychologues sont unanimes : « Les femmes mûrissent généralement plus vite que les hommes dans certains domaines émotionnels et cognitifs durant l’enfance et l’adolescence »

Des travaux de chercheurs, évoqués par un média hispanophone, réaffirment un constat fréquent en psychologie du développement, notamment aux États-Unis.

Un article paru dans un média en ligne de langue espagnole revient sur un thème récurrent en psychologie : la tendance observée à ce que les filles semblent « en avance » sur les garçons dans la maturation de certains aspects émotionnels et cognitifs pendant l’enfance et l’adolescence. À partir de références à la recherche internationale et à un plaidoyer du spécialiste de santé publique Christopher Bergland, le texte insiste sur le rôle central du cerveau, des hormones, mais aussi – et surtout – de l’éducation parentale et grand-parentale.

Un cerveau en réorganisation permanente pendant l’enfance

Le point de départ de l’article est simple : le cerveau humain est décrit comme « unique » et ses connexions comme « imprévisibles », mais la science permet tout de même de mieux comprendre certaines tendances générales. Chez les enfants, filles comme garçons, les chercheurs observent une phase intense de réorganisation cérébrale, particulièrement marquée entre l’enfance et l’adolescence.

Selon le média, les psychologues soulignent que les filles ont tendance, en moyenne, à optimiser plus tôt certaines connexions neuronales que les garçons. Cette optimisation précoce serait liée à deux grands facteurs :

  • une programmation neurobiologique différente,
  • une influence hormonale qui accélère la plasticité cérébrale, c’est‑à‑dire la capacité du cerveau à modifier sa structure.

La plasticité cérébrale pendant l’enfance permet au cerveau de se remodeler en profondeur, mais ce remodelage n’évolue pas au même rythme chez tous les enfants, ni dans les mêmes domaines.

Les chercheurs cités expliquent que cette plasticité se manifeste par une « grande restructuration » du cerveau. Les connexions neuronales se créent, se renforcent ou disparaissent en fonction de ce qui est utilisé au quotidien, des émotions vécues et des interactions sociales.

Le « darwinisme neuronal » : ce qui ne sert pas disparaît

L’article évoque une notion souvent appelée « darwinisme neuronal ». L’idée s’inspire de la sélection naturelle : les connexions neuronales peu sollicitées ont tendance à s’« éteindre », alors que celles qui sont régulièrement activées se consolident.

Formulé autrement, les expériences répétées – positives ou négatives – sculptent littéralement le cerveau de l’enfant. Les réseaux neuronaux associés à certaines compétences, émotions ou réactions se renforcent s’ils sont fréquemment sollicités.

Les connexions qui ne se mettent jamais en marche ont plus de chances de disparaître, tandis que celles qui servent souvent sont celles qui survivent.

Dans ce cadre, le média hispanophone rappelle que les différences observées entre filles et garçons ne se résument pas à la biologie. Selon les spécialistes cités, la manière dont les adultes accompagnent les enfants dans l’expression et la gestion de leurs émotions influe fortement sur la manière dont leur cerveau se réorganise.

Pourquoi les filles semblent-elles « mûrir » plus vite ?

Pour les psychologues présentés par l’article, la fameuse idée selon laquelle les filles « mûrissent » plus vite que les garçons ne signifie pas qu’elles seraient globalement plus intelligentes ou plus capables. Elle renvoie plutôt à certains domaines précis :

  • la gestion des émotions et des conflits,
  • la capacité à verbaliser ce qu’elles ressentent,
  • une anticipation un peu plus marquée des conséquences de leurs actes,
  • une meilleure organisation dans certaines tâches scolaires.

Les travaux mentionnés suggèrent que, chez beaucoup de filles, les circuits cérébraux impliqués dans ces capacités se stabilisent un peu plus tôt, ce qui donne l’impression d’une maturité émotionnelle avancée par rapport aux garçons du même âge.

Les psychologues cités s’accordent sur un point : les différences de rythme de maturation ne doivent pas servir de justification aux stéréotypes, mais comme un repère pour adapter l’accompagnement éducatif.

Le contexte social reste, selon les chercheurs, décisif. Les attentes de la famille et de l’école, les modèles proposés aux enfants et la manière dont les adultes réagissent à leurs émotions peuvent accentuer ou réduire ces différences moyennes entre filles et garçons.

Le rôle décisif des parents et des grands-parents

Une grande partie de l’article est consacrée à l’intervention de Christopher Bergland, présenté comme un défenseur de la santé publique, qui s’appuie sur une intervention de l’actrice Jane Fonda dans un institut nord-américain appelé Omega. Cette intervention, intitulée « Nos enfants », insiste sur la façon dont parents et grands-parents façonnent les connexions émotionnelles des plus jeunes.

Selon ce qui est rapporté, Jane Fonda y défend l’idée que les adultes proches de l’enfant forment un environnement affectif fondateur. Bergland reprend cette analyse pour insister sur la responsabilité des familles dans la manière dont l’enfant apprend à construire des relations de confiance et des « connexions intimes » saines.

Pour Christopher Bergland, les parents et les grands-parents participent directement à la construction des circuits cérébraux liés à l’attachement, à la confiance et à la gestion des émotions.

Le spécialiste recommande aux adultes de se former à la parentalité et à l’éducation bienveillante. D’après lui, des programmes de soutien à la parentalité pourraient :

  • permettre une attention plus personnalisée à chaque enfant, fille ou garçon,
  • aider à rompre avec les clichés sur les rôles de genre,
  • réduire les risques de comportements problématiques à l’adolescence.

L’article mentionne plusieurs conséquences possibles d’un accompagnement inadapté durant cette période clé : dépression, troubles alimentaires, anxiété, difficultés persistantes de santé mentale. Les auteurs rappellent que ces troubles peuvent marquer durablement la vie d’un adolescent s’ils ne sont pas repérés et pris en charge à temps.

Pourquoi les programmes de parentalité sont mis en avant

Selon les arguments relayés, les programmes de parentalité ont deux objectifs majeurs. D’abord, offrir aux parents des outils concrets pour répondre aux besoins de leurs enfants selon leur âge et leur personnalité. Ensuite, les aider à ajuster leurs attentes, en évitant les comparaisons systématiques entre filles et garçons.

Ces approches cherchent à limiter les phrases toutes faites du type « les garçons ne pleurent pas » ou « les filles sont plus raisonnables », qui peuvent figer l’enfant dans un rôle au lieu de l’aider à grandir à son propre rythme.

Que dit la recherche sur ces différences de maturation ?

À partir de la littérature scientifique évoquée, l’article rappelle que la recherche internationale tend à confirmer quelques grandes tendances :

  • Certains circuits émotionnels et exécutifs (planification, contrôle de soi) arrivent à maturité un peu plus tôt chez les filles.
  • Les variations individuelles restent très importantes : beaucoup de garçons sont en avance sur certaines filles, et inversement.
  • Le contexte éducatif peut renforcer ou atténuer ces écarts moyens.
  • Les psychologues mettent donc en garde contre une lecture simpliste des résultats. Parler de « maturité » plus ou moins rapide ne doit pas servir à catégoriser les enfants, mais plutôt à comprendre pourquoi certains profils ont besoin d’un soutien différent à chaque étape de leur développement.

    Ce que cela change pour les familles en France

    Pour un lecteur français, ces travaux rejoignent les réflexions déjà présentes dans les milieux de la pédopsychiatrie, de la psychologie de l’enfance et de l’éducation nationale en France. Les professionnels de santé et les enseignants soulignent eux aussi que l’enfance et l’adolescence sont des périodes de forte plasticité cérébrale.

    En France, plusieurs types de dispositifs s’inscrivent dans la même logique que les programmes de parentalité évoqués par Christopher Bergland :

    • les réseaux d’aides à la parentalité, souvent portés par les caisses d’allocations familiales ou les collectivités locales ;
    • les consultations en centres médico-psychologiques pour enfants et adolescents ;
    • les séances d’accompagnement à la parentalité animées par des psychologues, éducateurs ou associations spécialisées.

    Ces dispositifs n’ont pas vocation à « uniformiser » le développement des enfants, mais à aider les parents à repérer les besoins spécifiques de leur fils ou de leur fille, notamment lorsque les différences de maturité émotionnelle créent des tensions au sein de la fratrie ou à l’école.

    En France comme ailleurs, les spécialistes rappellent que comparer systématiquement les enfants entre eux, y compris sur une base fille/garçon, risque d’accentuer l’angoisse et les conflits plutôt que d’encourager chacun à progresser.

    Les psychologues français insistent régulièrement sur le fait que la maturation du cerveau se poursuit bien au-delà de l’adolescence, jusqu’au début de l’âge adulte. La fameuse impression de « retard » chez certains adolescents, souvent des garçons, ne signifie pas une incapacité, mais un rythme différent dans la consolidation de certains circuits cérébraux.

    Un enjeu concret : adapter l’éducation aux rythmes de chacun

    Les informations relayées par le média hispanophone invitent les familles à un changement de regard. Plutôt que de se demander si un enfant est « en retard » ou « en avance », les psychologues recommandent de s’interroger sur :

    • les émotions qu’il arrive à nommer,
    • la qualité de ses relations avec les autres,
    • la manière dont il gère la frustration,
    • le type de soutien émotionnel qu’il reçoit au quotidien.

    Un exemple concret souvent cité par les praticiens : une adolescente qui paraît très mature dans ses échanges peut encore avoir des réactions impulsives dans des situations de stress intense, car certains circuits cérébraux restent en construction. À l’inverse, un garçon qui semble désorganisé sur le plan scolaire peut être très avancé dans un domaine précis, comme la créativité, la logique ou la résolution de problèmes techniques.

    Pour les parents, l’enjeu consiste à accompagner ces profils nuancés en évitant les étiquettes. Les spécialistes recommandent de valoriser les progrès, de dialoguer régulièrement avec l’enfant sur ses émotions et, si nécessaire, de s’appuyer sur des professionnels (psychologues, médecins, éducateurs) pour ajuster les réponses éducatives à chaque étape du développement.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Défiler vers le haut