RacingZone

En 1935, l’armée américaine a bombardé un volcan d’Hawaï pour dévier la lave : 90 ans plus tard, un randonneur retrouve deux bombes intactes

Deux cylindres métalliques enfouis dans la roche noire du volcan Mauna Loa à Hawaï, bombes larguées en 1935, découvertes intactes dans la réserve forestière.

Sur l’île d’Hawaï, un randonneur est tombé sur de mystérieux cylindres métalliques au pied du Mauna Loa, principal volcan de la région.

Lors d’une randonnée dans la réserve forestière du Mauna Loa, à Hawaï, un animateur télé local a découvert deux bombes larguées en 1935 par l’armée américaine pour tenter de dévier une coulée de lave menaçant la ville de Hilo, rapporte le site d’actualité américain qui évoque le blog de l’Observatoire volcanologique d’Hawaï.

Une randonnée tranquille qui tourne à la découverte de bombes

Kawika Singson, aventurier et animateur de l’émission « Everything Hawaii — Adventures with Kawika Singson », se trouvait sur la Grande Île d’Hawaï pour une sortie qu’il pensait sans histoire. Il marchait dans les champs de lave du Mauna Loa, vaste volcan bouclier qui domine le centre de l’île.

Selon ses propos, il n’avait « aucun objectif particulier, si ce n’est d’être dehors et de randonner ». En observant le sol chaotique de lave figée, il remarque un objet métallique qui dépasse de la roche. En s’approchant, il comprend qu’il ne s’agit pas d’un simple débris.

Devant lui, deux engins cylindriques, partiellement enfouis, portent les traces du temps mais restent manifestement intacts. Singson, qui a déjà travaillé avec des explosifs lors de son service militaire, réalise très vite qu’il se trouve face à des bombes anciennes, potentiellement encore dangereuses.

Sur un ancien champ de lave du Mauna Loa, un randonneur a retrouvé deux bombes de guidage larguées en 1935, restées intactes près de 90 ans.

Le randonneur filme alors la scène et prend plusieurs photos, avant de quitter immédiatement les lieux. « Je suis sorti de là, hors de la zone immédiate, je n’arrivais pas à croire que je venais de tomber sur ça », raconte-t-il.

Pourquoi l’armée américaine a bombardé le Mauna Loa en 1935

Pour comprendre la présence de ces bombes au milieu des roches noires, il faut remonter à la fin de l’année 1935. Le volcan Mauna Loa, l’un des plus imposants du globe, entre en éruption en novembre. La lave s’accumule dans un bassin au nord du cône, puis ce bassin cède.

Une coulée s’engage alors vers l’est-nord-est, en direction de la ville côtière de Hilo, à environ un mile (1,6 km) par jour. Les autorités craignent aussi que la lave ne finisse par atteindre la rivière Wailuku, qui alimente Hilo en eau potable. En pleine Grande Dépression, voir une ville entière menacée par le volcan inquiète les responsables locaux.

Thomas A. Jagger Jr., volcanologue et fondateur de l’Observatoire volcanologique d’Hawaï (Hawaiian Volcano Observatory, HVO), propose alors une idée radicale : faire intervenir l’aviation militaire pour bombarder la zone de la coulée, à proximité de sa source.

Le volcanologue Thomas Jagger voulait « faire repartir la lave depuis la source pour qu’elle emprunte un nouveau trajet » plutôt que d’essayer de l’arrêter.

L’objectif affiché n’est pas de stopper la lave, mais d’ouvrir de nouveaux points de sortie afin de la dévier vers des zones moins habitées. Jagger contacte l’United States Army Air Corps, ancêtre de l’Armée de l’air américaine, qui accepte de tenter l’opération.

Des dizaines de bombes larguées sur la coulée de lave

Le 27 décembre 1935, des avions de l’US Army décollent pour bombarder les coulées du Mauna Loa. La mission comporte deux types de munitions :

  • 20 bombes de démolition MK I, chacune contenant environ 355 livres (161 kg) de TNT ;
  • de petites « bombes pointeurs » (pointer bombs), utilisées pour marquer précisément les cibles au sol.

Les deux engins retrouvés par Kawika Singson appartiennent à cette seconde catégorie. Elles devaient guider les bombes principales sur les tunnels de lave, ces conduits souterrains par lesquels la lave circule avant de réapparaître plus bas sur les pentes.

À l’époque, la mission aérienne est déclarée « réussite ». Dans la semaine qui suit le bombardement, la coulée ralentit fortement, puis l’éruption s’arrête. Thomas Jagger affirme alors que sa stratégie a sauvé Hilo.

Les scientifiques de l’Observatoire volcanologique d’Hawaï, cités dans le blog évoqué par le média américain, restent toutefois prudents : la coïncidence entre l’arrêt de la coulée et les bombardements ne suffit pas à prouver le lien de cause à effet.

Une efficacité encore débattue par les scientifiques

L’Observatoire volcanologique d’Hawaï rappelle que des tentatives similaires ont eu lieu en 1942 sur le même volcan. Là encore, la lave finit par ralentir après les bombardements. Pourtant, nombre de volcanologues estiment aujourd’hui que ces résultats tiennent davantage au comportement naturel de l’éruption qu’à l’action des bombes.

Une explication avancée par les spécialistes est que les bombes, en perçant les toits de certains tunnels de lave, ont exposé la lave souterraine à l’air. Cette lave se serait alors refroidie en surface, formant une sorte de bouchon qui peut ralentir la coulée. Reste que ce mécanisme n’est pas systématique, et dépend de nombreux paramètres (viscosité de la lave, débit, topographie).

Près d’un siècle plus tard, la stratégie « bombarder le volcan » continue de diviser les volcanologues, entre coïncidence et réelle influence sur la coulée.

Quoi qu’il en soit, les deux bombes pointeurs retrouvées en 2020 dans la réserve forestière du Mauna Loa sont directement issues de cette campagne de 1935. Elles n’ont pas explosé, mais contenaient tout de même une charge, même modeste.

Une découverte prise très au sérieux par les autorités hawaïennes

Après avoir pris ses images, Kawika Singson contacte le Department of Land and Natural Resources (DLNR), le département des Terres et des Ressources naturelles de l’État d’Hawaï, qui gère notamment les forêts et les réserves.

Il remet aux agents les coordonnées GPS exactes des bombes. Un porte-parole du DLNR confirme ensuite que les engins se trouvent bien dans une zone reculée de la réserve forestière du Mauna Loa.

Les services de la Division of Forestry (l’équivalent local de l’Office national des forêts), du DLNR et de la Division of Conservation and Resources Enforcement, qui assure la police de l’environnement, coopèrent pour déterminer la marche à suivre. L’enjeu est à la fois de sécuriser les lieux pour les randonneurs et de préserver d’éventuelles pièces d’histoire liées à l’éruption de 1935.

De son côté, Kawika Singson prévoit de consacrer un épisode de son émission à cette découverte. Il veut y raconter à la fois les circonstances de sa randonnée, la stratégie imaginée par Jagger et le débat scientifique qui entoure encore ces bombardements.

Comment la France gère le risque volcanique, sans bombarder les cratères

En France, aucun dispositif similaire de bombardement de coulées de lave n’existe, même dans les territoires ultramarins exposés au volcanisme, comme la Réunion ou la Martinique.

Le risque volcanique est suivi par des observatoires spécialisés, regroupés au sein de l’Institut de physique du globe de Paris (IPGP) pour la plupart des volcans actifs français. Par exemple :

  • l’Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise à la Réunion suit en continu ce volcan très actif ;
  • l’Observatoire de la montagne Pelée et de la Soufrière à la Martinique surveille les édifices volcaniques antillais.

Ces observatoires installent des réseaux de sismomètres, de capteurs de gaz, de stations GPS et utilisent la télédétection pour anticiper les signes d’une éruption. En cas de menace pour les populations, la priorité reste l’alerte et l’évacuation, en lien avec les préfectures et la sécurité civile.

Des aménagements peuvent parfois canaliser ou ralentir certains phénomènes (digues contre les lahars, zones interdites autour des cratères), mais l’usage d’explosifs pour modifier la trajectoire d’une coulée n’est pas envisagé en France. Les autorités considèrent que le comportement d’un volcan reste trop complexe et que l’intervention directe comporte des risques importants.

Bombes anciennes et randonneurs : quels risques concrets ?

Le cas du Mauna Loa rappelle que des engins explosifs anciens peuvent subsister très longtemps, surtout dans des zones peu fréquentées. Aux États-Unis comme en Europe, des munitions de la Seconde Guerre mondiale sont encore régulièrement découvertes, parfois sous des villes, comme près du site archéologique de Pompéi en Italie.

Pour un randonneur, tomber sur un objet métallique suspect dans un ancien théâtre d’opérations militaires n’est pas anodin. Les réflexes recommandés sont similaires à ceux appliqués en France en cas de découverte d’obus :

  • ne pas toucher ni tenter de déplacer l’objet ;
  • s’éloigner calmement, en notant un repère géographique ;
  • prévenir les autorités locales (gendarmerie, mairie, service des forêts) en décrivant le lieu et l’objet.
  • Dans l’Hexagone, les démineurs de la sécurité civile ou de la gendarmerie interviennent régulièrement pour neutraliser ces engins. À Hawaï, ce rôle est assumé par les autorités de l’État et, si besoin, par des équipes spécialisées de l’armée américaine.

    Quand la science expérimente aux limites face aux volcans

    L’histoire de Mauna Loa illustre les tentatives parfois audacieuses pour limiter les effets des éruptions. Des expériences ont été menées ailleurs dans le monde avec d’autres moyens : digues pour contenir des coulées, arrosage à grande échelle, voire déviation de coulées lentes grâce à des travaux de terrassement.

    Le cas hawaïen ajoute une dimension particulière : l’usage de bombes aériennes, en pleine période où l’aviation militaire se développe rapidement. Sur le plan scientifique, cette expérience reste étudiée comme un exemple des limites de l’intervention humaine sur des phénomènes géologiques d’ampleur.

    Pour les passionnés de volcanisme comme pour les habitants de régions exposées, ces épisodes rappellent deux réalités : la difficulté à contrôler une éruption, et la persistance, parfois silencieuse, des traces laissées par les choix faits il y a près d’un siècle, qu’il s’agisse de coulées figées… ou de bombes intactes sous les pieds des randonneurs.

    Questions fréquentes

    Pourquoi l'armée américaine a-t-elle bombardé le Mauna Loa en 1935 ?

    Pour tenter de dévier une coulée de lave qui menaçait la ville côtière de Hilo et ses réserves d'eau potable. L'objectif n'était pas d'arrêter la lave, mais d'ouvrir de nouveaux points de sortie afin de la diriger vers des zones moins habitées.

    Qui a eu l'idée de bombarder le volcan ?

    Thomas A. Jagger Jr., volcanologue et fondateur de l'Observatoire volcanologique d'Hawaï, a proposé cette stratégie radicale aux autorités locales inquiètes pendant la Grande Dépression.

    Les bombes retrouvées en 2020 ont-elles explosé ?

    Non, les deux bombes pointeurs découvertes par Kawika Singson n'ont pas explosé. Elles contenaient une charge modeste mais restaient potentiellement dangereuses.

    Le bombardement a-t-il réellement stoppé la coulée de lave ?

    C'est encore débattu par les volcanologues. Si la lave a ralenti dans la semaine suivant les bombardements, beaucoup d'experts pensent aujourd'hui que ce résultat tient davantage au comportement naturel de l'éruption qu'à l'action des bombes.

    Comment la France gère-t-elle les risques volcaniques ?

    La France n'utilise pas de dispositif de bombardement. Elle suit le risque volcanique par des observatoires spécialisés, notamment dans les territoires ultramarins comme la Réunion ou la Martinique, regroupés au sein de l'Institut de physique du globe de Paris.

    Laisser un commentaire

    Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Défiler vers le haut