À 80 ans, l’acteur américain Sylvester Stallone raconte avoir développé un trouble alimentaire en préparant « Rambo », bien au-delà d’un simple régime intensif.
Dans un entretien avec le New York Times relayé par le média américain Fox News Digital, Sylvester Stallone revient sur l’envers du décor de ses rôles cultes. L’acteur de « Rambo » et « Rocky » décrit un rapport extrême à son corps, qui l’a conduit à la boulimie, à l’usage de stéroïdes et à des blessures lourdes accumulées sur plusieurs décennies. Un témoignage rare venant d’une star masculine d’Hollywood, aux États-Unis.
Un physique « animal » pour « Rambo » qui tourne à l’obsession
Pour le premier « Rambo », sorti en 1982, Sylvester Stallone explique avoir voulu apparaître presque sauvage à l’écran. Il raconte s’être inspiré de félins comme les jaguars et les chats pour façonner son apparence et ses mouvements.
L’acteur décrit une transformation physique « obsessionnelle » pour « Rambo », jusqu’à déclencher un trouble alimentaire sévère.
Selon ses propos rapportés par Fox News Digital, ce travail sur le corps a rapidement dépassé le cadre d’une préparation de rôle. « Puis c’est devenu une obsession. Vraiment grave. C’est allé jusqu’au point où je suis devenu boulimique », confie-t-il au New York Times.
Il explique qu’il ne parvenait plus à garder les aliments, ou ne voulait plus les garder, tant il était focalisé sur l’idée de rester à un niveau de forme extrême. Il parle d’une forme de « culte du corps » poussé à l’excès, dans lequel chaque écart alimentaire devenait insupportable.
La boulimie, un trouble bien précis
Fox News Digital rappelle la définition de la boulimie nerveuse donnée par le National Institute of Mental Health (NIMH), un organisme de santé publique américain. Il s’agit d’un trouble alimentaire caractérisé par :
des épisodes récurrents d’hyperphagie (ingestion de grandes quantités de nourriture avec une sensation de perte de contrôle) ;
suivis de comportements compensatoires : vomissements provoqués, usage excessif de laxatifs ou de diurétiques, jeûne extrême ou exercice physique excessif.
Dans le cas de Sylvester Stallone, l’obsession pour un corps « parfait » l’aurait conduit à ces conduites de purge, afin de maintenir une silhouette très sèche, conforme à ce qu’il pensait que le public attendait de lui.
Un taux de masse grasse « dangereusement bas » pour « Rocky III »
L’acteur évoque aussi sa transformation pour « Rocky III ». À cette période, il affirme avoir atteint un taux de masse grasse de 2,6 %, un chiffre extrêmement bas pour un homme adulte.
Selon l’Académie nationale de médecine du sport aux États-Unis, un taux de masse grasse inférieur à 8 % chez un homme de 20 à 69 ans est considéré comme « dangereusement bas ».
Se maintenir à un tel niveau de maigreur suppose un contrôle alimentaire drastique et un entraînement intensif, souvent difficilement tenables sur la durée. Stallone sous-entend que cette quête permanente d’un physique ultra-sculpté a nourri son trouble alimentaire et ses conduites extrêmes.
Stéroïdes, cascades et corps « abîmé »
Dans cet entretien, Sylvester Stallone admet aussi avoir eu recours aux stéroïdes anabolisants à certaines périodes de sa carrière. « Il faut en prendre », lâche-t-il, tout en précisant qu’il les utilisait « de façon sensible » : six semaines de prise, six semaines d’arrêt.
Il reconnaît que cette pratique a également laissé des traces : « ça a aussi eu un effet terrible », résume-t-il. L’usage de stéroïdes peut en effet entraîner de nombreux effets secondaires, notamment cardiovasculaires et hormonaux, même si l’article ne détaille pas ceux dont l’acteur aurait souffert.
Stallone revient aussi sur les nombreuses blessures provoquées par ses propres cascades, qu’il juge aujourd’hui « très masochistes ». Il dit avoir subi plusieurs opérations au dos, à l’épaule et au cou.
« J’ai maltraité mon corps », affirme l’acteur, estimant que tout est désormais « tenu avec du fil de fer », tout en disant vouloir rester en forme.
Des attaques de panique récurrentes et une anxiété persistante
L’aspect psychologique occupe aussi une place importante dans son témoignage. Sylvester Stallone raconte avoir connu des crises d’angoisse à partir de 36 ans. La première survient alors qu’il regarde les images de l’un de ses films.
« Tout à coup, je me suis levé, les poils de ma nuque se sont hérissés, j’ai commencé à avoir chaud et je me suis dit : “Je meurs, ça y est, c’est fini, je m’en vais” », se souvient-il dans l’entretien.
Ces attaques de panique se seraient répétées « encore et encore », notamment avant des apparitions médiatiques très exposées. Avec l’âge, l’acteur dit continuer à ressentir de l’anxiété, au point de devoir parfois quitter des pièces bondées.
Les experts saluent un témoignage rare pour un homme
Fox News Digital a recueilli l’analyse de deux spécialistes américains des troubles alimentaires. Pour Brian Pollack, travailleur social clinicien et spécialiste certifié des troubles alimentaires à Hilltop Behavioral Health, dans le New Jersey, le fait que Sylvester Stallone parle ainsi de son expérience est « incroyablement admirable ».
Un expert américain estime que la pression pour rester conforme à son image publique a pu nourrir les routines extrêmes de Sylvester Stallone.
Brian Pollack, qui n’a jamais pris en charge l’acteur, avance plusieurs pistes : la volonté de maintenir son succès, la peur de l’échec, des attentes de performance très élevées et les pressions propres à l’industrie du divertissement.
Selon lui, un homme prêt à modifier son apparence pour rester aligné avec l’image que le public a de lui et avec son propre confort interne, cela remonte à des décennies. Stallone « n’est pas le premier et ne sera pas le dernier », souligne-t-il.
Il ajoute que l’acteur doit presque se maintenir dans un état « homéostatique » où le public attend de voir en lui Rocky, ce rôle emblématique qui a marqué sa carrière. Tout au long de sa vie, il aurait ainsi cherché à concilier ce personnage, son corps qui vieillit et son cerveau qui mûrit.
Giulia Suro, psychologue clinicienne et experte certifiée des troubles alimentaires à Monte Nido, à Washington D.C., parle quant à elle d’un « tournant » à propos de la révélation de Stallone.
« Les troubles alimentaires continuent d’être mal perçus comme des maladies principalement féminines », rappelle la psychologue américaine.
Pour cette spécialiste, le témoignage d’une figure masculine mondialement connue met en lumière une réalité souvent ignorée : les hommes sont eux aussi concernés par la boulimie, l’anorexie ou d’autres troubles alimentaires, mais consultent moins et se reconnaissent moins dans les discours de prévention.
Quelle réalité pour les hommes en France face aux troubles alimentaires ?
En France, les troubles du comportement alimentaire (TCA) comme la boulimie, l’anorexie ou l’hyperphagie concernent aussi bien les hommes que les femmes, même si les femmes restent majoritaires parmi les diagnostics. Les spécialistes français rappellent que ces troubles touchent toutes les catégories sociales, y compris les sportifs de haut niveau, les artistes ou les personnes très exposées médiatiquement.
Des structures spécialisées, souvent hospitalières ou associatives, prennent en charge ces pathologies. Les patients peuvent être suivis par des équipes pluridisciplinaires : psychiatres, psychologues, nutritionnistes, infirmiers, éducateurs. Le médecin traitant reste la porte d’entrée principale vers ces dispositifs.
La pression sur l’apparence ne se limite pas aux actrices ou aux mannequins. Des hommes français, notamment dans les milieux du sport, du spectacle ou des réseaux sociaux, peuvent ressentir le besoin de conserver des muscles dessinés, une silhouette très sèche ou un certain « look » perçu comme viril. Cette pression peut favoriser des restrictions alimentaires excessives, un recours abusif aux compléments ou à l’exercice physique intense, voire à des substances dopantes.
Aspect
États-Unis (cas Stallone)
France (principe général)
Figure médiatique
Acteur culte de films d’action
Sportifs, chanteurs, acteurs, influenceurs
Pression principale
Rester fidèle à l’image de Rocky/Rambo
Maintenir une silhouette « idéale » et photogénique
Prise en charge
Centres spécialisés et thérapeutes privés
Parcours via médecin traitant et structures TCA
Quand la performance physique devient un risque pour la santé
Le récit de Sylvester Stallone illustre les dérives possibles d’une quête de performance physique totale. En cherchant à coller à l’image d’un héros d’action invincible, l’acteur s’expose à plusieurs risques : troubles alimentaires, usage de stéroïdes, blessures à répétition, crises d’angoisse.
Ce type de trajectoire se retrouve chez certains sportifs de haut niveau ou pratiquants intensifs de musculation, en France comme ailleurs. L’obsession du « corps parfait » peut mener à :
des régimes extrêmes et déséquilibrés ;
des séances de sport courtes mais très violentes, ou au contraire interminables ;
un isolement social lié au contrôle permanent de la nourriture ;
un risque de blessures, de surmenage ou de complications médicales.
Le trouble peut rester longtemps invisible, surtout chez les hommes, souvent moins enclins à verbaliser leur mal-être. Le fait qu’un acteur comme Stallone parle aujourd’hui de boulimie et d’attaques de panique contribue à rendre ce sujet plus visible, y compris pour un public masculin qui se reconnaît dans ses rôles.
Un rappel sur la boulimie et les signaux d’alerte
La boulimie ne se limite pas à « trop manger ». Elle combine des crises incontrôlables et des comportements de compensation qui peuvent avoir de graves conséquences sur la santé (troubles digestifs, dentaires, cardiaques, carences, fatigue extrême, détresse psychologique).
Certains signes doivent alerter l’entourage :
repas pris en cachette ou en très grande quantité ;
passages fréquents aux toilettes juste après avoir mangé ;
variations de poids importantes ;
discours très dur sur son propre corps ou sa silhouette ;
pratique sportive uniquement axée sur la « compensation » des repas.
Les professionnels rappellent qu’un trouble alimentaire n’est pas une question de volonté ou de caractère. Il s’agit d’une maladie qui nécessite une prise en charge adaptée, médicale et psychologique.
Le témoignage de Sylvester Stallone éclaire une facette souvent cachée de la culture de la performance physique, en particulier chez les hommes. Pour un lecteur français, il met en perspective la manière dont l’image du corps, les attentes du public et la pression professionnelle peuvent se transformer, progressivement, en véritable problème de santé mentale et physique.