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Sodas et alcool trop bon marché : l’OMS pousse les États à augmenter les taxes, ce qui pourrait changer sur vos tickets de caisse

Illustration montrant des bouteilles de soda et d'alcool avec des symboles de prix décroissants et des icônes de santé dégradée, symbolisant l'accessibilité croissante de ces produits nocifs.

Face à des boissons sucrées et alcoolisées toujours moins chères dans le monde, l’OMS presse les États, dont la France, de revoir la fiscalité.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de lancer un signal clair : selon les rapports qu’elle a publiés, les sodas et l’alcool deviennent trop abordables au regard de leurs effets sur la santé. Comme le rapporte le site de Franceinfo, l’agence onusienne demande aux gouvernements d’augmenter fortement les taxes sur ces produits d’ici 2035, afin de freiner leur consommation et de dégager de nouvelles recettes pour les systèmes de santé.

Des boissons toujours plus accessibles, une facture sanitaire qui explose

Dans ses deux rapports rendus publics le 13 janvier 2026, l’OMS part d’un constat simple : les boissons sucrées et l’alcool n’ont jamais été aussi faciles à acheter, dans un grand nombre de pays, alors même qu’ils sont directement liés à de graves maladies.

L’organisation relie cette accessibilité à une hausse de l’obésité, du diabète, des maladies cardiovasculaires et de certains cancers. L’alcool est aussi associé à des accidents de la route, des violences, des traumatismes et des addictions. Pour l’OMS, laisser ces produits à bas prix revient à transférer la charge sur les systèmes de santé et, in fine, sur les finances publiques.

Selon l’OMS, la faiblesse des taxes « permet à des produits nocifs de rester bon marché, tandis que les systèmes de santé subissent une pression financière croissante due aux maladies non transmissibles et aux traumatismes évitables ».

Les maladies dites non transmissibles (maladies cardiovasculaires, cancers, diabète, maladies respiratoires chroniques) représentent déjà la majorité des décès dans le monde. Une partie importante pourrait être évitée en limitant la consommation de produits nocifs, parmi lesquels l’alcool et les boissons sucrées occupent une place centrale.

« Un des outils les plus efficaces » pour faire baisser la consommation

L’OMS rappelle que la fiscalité dite « comportementale » fait partie des leviers les plus éprouvés en santé publique. Interrogé par Franceinfo, Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’organisation, insiste sur le rôle de ces taxes.

« Les taxes sur les produits nocifs pour la santé sont l’un des outils les plus efficaces dont nous disposons pour promouvoir la santé et prévenir les maladies », affirme Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Selon lui, lorsqu’un gouvernement augmente les taxes sur le tabac, l’alcool ou les boissons sucrées, deux effets se cumulent : les consommations nocives reculent, et l’État dispose de marges supplémentaires pour financer des services de santé jugés essentiels, à un moment où les budgets publics se tendent.

Les études économiques montrent en général que les boissons et l’alcool sont sensibles aux variations de prix, surtout chez les jeunes et les ménages les plus modestes. Un renchérissement significatif peut réduire la consommation de manière durable, sans pour autant interdire ces produits.

Alcool : des taxes faibles, mal calibrées et loin de couvrir les dégâts

Sur l’alcool, l’OMS dresse un bilan mondial très contrasté. Au moins 167 pays appliquent des taxes spécifiques, dites « droits d’accise », sur la bière, le vin ou les spiritueux. Mais ces prélèvements restent souvent trop bas et mal conçus pour peser réellement sur les ventes.

Entre 2022 et 2024, l’organisation constate que la bière est devenue plus abordable dans 56 pays, et moins dans seulement 37. Autrement dit, dans une majorité d’États, l’alcool s’est rapproché du prix de produits du quotidien, voire de l’eau en bouteille pour certaines bières.

D’après l’OMS, la part médiane mondiale des droits d’accise dans le prix de vente atteint seulement 14 % pour la bière et 22,5 % pour les spiritueux, des niveaux jugés insuffisants pour compenser les coûts sanitaires et sociaux de l’alcool.

Le vin dispose même d’un traitement de faveur dans plusieurs régions du globe. Il reste totalement exonéré de ces taxes dans au moins 25 pays, pointe le rapport, alors qu’il contient lui aussi de l’alcool éthylique et contribue aux mêmes risques sanitaires.

L’organisation recommande que des droits d’accise s’appliquent à toutes les boissons alcoolisées, sans exception, et que leur niveau soit adapté au degré d’alcool. L’idée : rendre les produits les plus forts nettement plus coûteux, afin de décourager leur consommation excessive.

Boissons sucrées : un impôt souvent symbolique, concentré sur les sodas

Les boissons sucrées suivent une trajectoire proche, mais avec des montants encore plus faibles. L’OMS recense au moins 116 pays qui les taxent, le plus souvent à travers une majoration sur les sodas. Pourtant, ce champ reste très restreint et le niveau des prélèvements apparaît minimal.

En médiane, les taxes ne représentent qu’environ 2 % du prix d’un soda courant, un niveau trop bas pour modifier les habitudes de consommation à grande échelle.

L’organisation souligne aussi que de nombreux produits riches en sucre passent sous les radars fiscaux :

  • les jus de fruits 100 % pur jus, malgré leur forte teneur en sucre naturellement présent ;
  • les boissons lactées sucrées (chocolats à boire, laits aromatisés) ;
  • les cafés et thés prêts à boire, souvent très sucrés.

Dans beaucoup de pays, ces boissons ne sont pas soumises à des taxes spécifiques malgré leur contribution à la surconsommation de sucre. Par ailleurs, peu d’États indexent ces taxes sur l’inflation ou la progression des revenus. Résultat : même lorsque les taux restent inchangés, les produits deviennent progressivement plus abordables au fil des années.

Ce que l’OMS demande concrètement aux États d’ici 2035

Cette offensive s’inscrit dans une stratégie plus large baptisée « 3 d’ici 35 ». L’objectif : rendre moins abordables, d’ici 2035, trois catégories de produits jugés nocifs pour la santé publique : le tabac, l’alcool et les boissons sucrées.

Pour y parvenir, l’OMS adresse plusieurs recommandations précises aux gouvernements :

  • Augmenter fortement les taux de taxation sur les boissons sucrées et l’alcool, pour provoquer une vraie hausse des prix réels.
  • Élargir l’assiette des taxes à toutes les formes de boissons riches en sucre et à l’ensemble des alcools, y compris le vin.
  • Indexér systématiquement ces taxes sur l’inflation et, si possible, sur la croissance des revenus, afin que les boissons ne se renchérissent pas seulement sur le papier.

Pour l’organisation, il s’agit à la fois d’un levier sanitaire et d’un choix de justice sociale. Les bénéfices financiers profitent à l’ensemble de la société, alors que les profits de l’industrie restent concentrés.

« Tandis que l’industrie réalise des bénéfices, c’est la société qui en assume souvent les conséquences sanitaires et les coûts économiques », souligne le Dr Etienne Krug, directeur du Département Déterminants de la santé, promotion et prévention à l’OMS.

L’OMS met en avant le double dividende potentiel : moins de maladies liées à l’alcool et au sucre, et des recettes publiques supplémentaires, qui peuvent servir à renforcer les hôpitaux, la prévention ou encore la prise en charge des addictions.

Quelle traduction pour les consommateurs français ?

Les rapports publiés par l’OMS ont une portée mondiale, mais ils concernent aussi les pays européens, dont la France. Le message adressé aux gouvernements est clair : les taxes actuelles ne suffisent pas à compenser les coûts sanitaires des sodas et de l’alcool, et une nouvelle impulsion fiscale pourrait être nécessaire.

En France, les boissons contenant des sucres ajoutés font déjà l’objet d’une taxe spécifique, souvent appelée « taxe soda ». Elle s’ajoute à la TVA classique et vise à décourager les produits les plus sucrés. Le taux est progressif selon la teneur en sucre : plus la boisson est sucrée, plus la taxation est élevée. Cette logique rejoint une partie des recommandations de l’OMS.

Pour l’alcool, plusieurs dispositifs existent également : accises sur la bière, les vins, les spiritueux, taxe sur les boissons dites prémixées, etc. Le principe est similaire à celui décrit dans le rapport : un impôt indirect, intégré au prix final et perçu par l’État, qui vise à la fois à rapporter des recettes et à limiter la consommation excessive.

Si la France souhaitait suivre à la lettre la stratégie « 3 d’ici 35 », cela pourrait se traduire par :

  • une hausse des montants de taxe sur les boissons les plus sucrées ;
  • une extension possible à des catégories encore peu ou pas ciblées (certains cafés et thés sucrés prêts à boire, par exemple) ;
  • un relèvement ou une indexation plus systématique des accises sur l’alcool pour éviter que les produits deviennent plus abordables au fil du temps.

Concrètement, pour un consommateur, cela pourrait signifier des prix plus élevés en rayon pour certaines canettes de soda, des boissons énergisantes ou des alcools forts. Les produits d’entrée de gamme, bon marché, seraient probablement les premiers concernés, car ce sont eux qui deviennent aujourd’hui les plus accessibles.

Ce que recouvrent les « taxes sanitaires » mises en avant par l’OMS

L’expression « taxes sanitaires » utilisée par l’OMS ne désigne pas un impôt unique, mais un ensemble d’outils fiscaux appliqués à des produits considérés comme néfastes pour la santé. Elles regroupent :

Type de produit Taxe principale Objectif affiché
Tabac Droits d’accise sur les cigarettes et le tabac à rouler Réduire le tabagisme et financer la santé
Alcool Accises sur la bière, le vin, les spiritueux Limiter les consommations nocives et compenser les coûts sociaux
Boissons sucrées Taxes spécifiques sur les sodas et autres boissons sucrées Réduire les apports en sucre et lutter contre l’obésité

À la différence d’un simple impôt de rendement, ces taxes ont une finalité affichée de santé publique. Elles cherchent à modifier les comportements par le prix, tout en participant au financement des politiques de santé.

Pourquoi ces hausses de prix visent surtout les consommations à risque

Un point central des arguments de l’OMS concerne l’élasticité au prix, c’est-à-dire la réaction de la consommation à une variation du coût. Lorsque les prix augmentent sensiblement, ce sont souvent les consommations les plus excessives et les plus sensibles au budget qui reculent en premier.

Pour l’alcool, les grandes études internationales montrent que : plus l’alcool est bon marché par unité d’alcool pur, plus les consommations à risque augmentent, surtout chez les jeunes adultes. Pour les boissons sucrées, la logique est proche : des sodas très peu chers encouragent une consommation régulière et importante, sans réflexion sur la teneur en sucre.

En renchérissant ces produits, notamment les premières gammes et les grands conditionnements, les États espèrent ralentir les consommations quotidiennes et limiter les excès. L’OMS insiste sur le fait que ces mesures doivent s’accompagner de politiques plus larges : prévention, information nutritionnelle, prise en charge des addictions, soutien aux populations les plus fragiles.

Pour un lecteur français, le débat lancé par l’OMS laisse entrevoir une possible recomposition des prix en supermarché dans les années à venir, si le gouvernement décidait de s’aligner sur ses recommandations. L’issue dépendra des arbitrages entre impératifs de santé publique, contraintes budgétaires et résistance des filières concernées.

Questions fréquentes

Pourquoi l'OMS demande-t-elle d'augmenter les taxes sur les sodas et l'alcool ?

Parce que ces produits n'ont jamais été aussi abordables malgré leurs effets sanitaires nocifs (obésité, diabète, maladies cardiovasculaires, cancers, accidents de la route). Les gouvernements en subissent les coûts à travers une pression croissante sur les systèmes de santé.

Quels produits sucrés échappent actuellement à la taxation ?

Les jus de fruits 100 % pur jus, les boissons lactées sucrées (chocolats à boire, laits aromatisés), et les cafés et thés prêts à boire ne sont pas soumis à des taxes spécifiques dans de nombreux pays, malgré leur forte teneur en sucre.

Quel traitement particulier le vin reçoit-il actuellement ?

Le vin reste totalement exonéré de droits d'accise dans au moins 25 pays, bien qu'il contienne de l'alcool éthylique et contribue aux mêmes risques sanitaires que la bière ou les spiritueux.

L'augmentation des taxes fonctionne-t-elle vraiment pour réduire la consommation ?

Oui, selon les études économiques, les boissons alcoolisées et sucrées sont sensibles aux variations de prix, particulièrement chez les jeunes et les ménages modestes, un renchérissement significatif pouvant réduire la consommation de manière durable.

Qu'est-ce que la stratégie '3 d'ici 35' de l'OMS ?

Il s'agit d'un objectif de rendre moins abordables d'ici 2035 trois catégories de produits nocifs : le tabac, l'alcool et les boissons sucrées, en augmentant fortement la fiscalité.

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